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Hamilton, une triste réputation de haine qui colle à la peau

La haine envers des groupes religieux est le deuxième motif de crimes haineux au Canada, après les motifs raciaux.

La haine envers des groupes religieux est le deuxième motif de crime haineux au Canada, après les motifs raciaux.

Photo : iStock

Les actes de haine se multiplient en Ontario à l'encontre de musulmans. Lundi, une mère et sa fille portant le voile ont été victimes de menaces de mort à Hamilton. Jeudi, une mosquée a été vandalisée à Cambridge. Cette montée des crimes haineux inquiète et effraie la communauté, quelques semaines après l'attaque de London.

La communauté musulmane est sous le choc.

C’est encore un événement de violence contre la communauté musulmane au Canada. On manque de mots. Vraiment, on manque de mots.

Une citation de :Yusuf Faqiri, directeur des affaires québécoises, Conseil national des musulmans canadiens

Si Yusuf Faqiri n'a plus les mots pour décrire sa torpeur, il n'est pas le seul.

Je suis dévastée, tout simplement, dit pour sa part Yasmeen Mirza, de l’Association musulmane de Hamilton.

Lundi soir, une mère et sa fille portant le voile marchaient dans un stationnement à Hamilton lorsqu'un véhicule a failli happer l'une d'elles. Mère et fille ont fui vers les buissons pour trouver refuge, un homme à leurs trousses, menaçant de les tuer et lançant des insultes islamophobes.

Yusuf Faqiri en entrevue à l'émission The Fifth Estate de CBC.

Yusuf Faqiri

Photo : CBC/Fifth Estate

Des passants sont intervenus, faisant fuir le suspect, qui a été arrêté mardi par la police. Heureusement que ces personnes sont intervenues, je leur en suis reconnaissante, ça montre aussi que nous ne sommes pas seuls, estime Yasmeen Mirza.

L'homme de 40 ans est notamment accusé d'agression armée et de menaces de mort. La police enquête sur un possible crime haineux.

Maintenant, les gens ont vraiment peur, peur d’aller dehors, de se promener, raconte Yasmeen Mirza.

Elle ajoute qu’après l’attaque de London, au cours de laquelle quatre membres d’une famille musulmane ont été tués, la communauté avait déjà peur, surtout les femmes, principales cibles de ces attaques haineuses.

Une mosquée du centre-ville de Hamilton.

Les membres de la Mosquée du centre-ville de Hamilton s'inquiètent de la sécurité de la famille de l'imam Kamal Gurgi.

Photo : Radio-Canada / (Bobby Hristova/CBC)

On a peur pour nos filles, quand elles vont se promener, elles aussi ont peur, dit-elle.

Imaginez, être une fière Canadienne et avoir peur de se promener dans la rue, parce qu’on porte un voile et qu’on se demande si on sera la prochaine?, se désole Yusuf Faqiri.

Hamilton a un problème de haine

Selon la conseillère municipale Nrinder Nann, Hamilton a un problème de haine, et ne peut plus le nier.

C’est triste, mais nous ne sommes pas surpris, dit d’emblée le directeur par intérim du Centre pour l'inclusion civique de Hamilton, Kojo Damptey.

Cette réputation de haine colle à la peau de cette municipalité. Le taux de crime haineux par habitant à Hamilton était le plus élevé au pays entre 2015 et 2019. L'an dernier, la majorité des événements signalés étaient directement liés à des préjugés raciaux, puis à la religion et à l'orientation sexuelle.

Le taux de crime haineux est deux fois plus élevé à Hamilton qu'à Toronto. Donc, ce n'est pas la présence des immigrants et des musulmans qui provoque cela, c'est local. Hamilton, je pense, a été particulièrement touchée par la mondialisation et la désindustrialisation; donc, il y a certainement beaucoup de petits Blancs qui ont perdu leur statut, explique la chercheuse à l'Institut national de la recherche scientifique Denise Helly.

Selon elle, c'est cette perte de statut qui explique en partie cette augmentation de crimes haineux, mais aussi la montée des courants d'idées d'extrême droite en Occident et particulièrement aux États-Unis. Cela a une influence depuis les années 20 au Canada anglais, dit-elle.

Les participants aux célébrations de la Fierté forment un cercle autour des manifestants anti-LGBTQ+.

Les participants aux célébrations forment un cercle autour des manifestants anti-LGBTQ+ lors de la Fierté à Hamilton en 2019.

Photo : Radio-Canada / Natasha Macdonald-Dupuis

Il ne faut pas oublier non plus que le Canada a connu une violence coloniale et raciale, comme de nombreux autres pays.[Cette histoire] est passée sous silence, mais a existé. Ça veut dire qu'il y a des facteurs et une tradition de violence aussi dans la population canadienne, rappelle la chercheuse.

Il faut ajouter à cela une évolution économique et démographique. Toute l'histoire de la mondialisation, la perte des emplois, c'est surtout la perte de statut socio-économique ou la perte de ce qu'on appelle le statut symbolique, c'est-à-dire la manière dont on s'identifiait à un groupe.

Hamilton a un taux de pauvreté élevé par rapport au reste de l'Ontario, rendant cette ville plus vulnérable à la montée des extrémismes. Des facteurs individuels vont également jouer un rôle pour expliquer qu'un individu passe à l'acte.

Les médias sociaux, le nerf de la guerre

C'est sur les médias sociaux que les propos xénophobes prennent leurs racines. N'importe quoi peut être dit sur les médias sociaux sans aucun contrôle, rappelle Mme Helly.

Au cours des dernières années, certaines organisations se sont formées et se rassemblaient lors de manifestations ponctuelles. En 2019, une dizaine de manifestants avaient ainsi perturbé les célébrations de la Fierté à Hamilton. En 2018, des groupes extrémistes avaient aussi manifesté à la suite d'une série d'actes de vandalisme dans une rue de la ville.

Des manifestants.

Quelques personnes se déclarant des « patriotes canadiens » se disputent avec des membres du groupe antifasciste qu’ils accusent de commettre des actes de vandalisme sur la rue Locke lors d'une manifestation en 2018.

Photo : Radio-Canada / Camille Feireisen

Pour Joko Damptey, il faut que les villes soient plus proactives pour recenser tous les événements à caractère haineux. Et que chaque fois ce soit vérifié : quels règlements existent pour lutter contre ces formes de violence et, si aucun n'existe, il faut en créer un, affirme-t-il.

Son centre est en train de créer sa propre plateforme où les gens pourront signaler les crimes haineux dont ils ont été victimes ou témoins. Cette plateforme devrait voir le jour en 2022.

La police, elle, veut créer une équipe spécialisée pour répondre à ces crimes. En 2020, elle a mis en place une option supplémentaire pour permettre aux individus de signaler des épisodes haineux qui se déroulent en ligne.

Un sommet sur l'islamophobie très attendu

Yusuf Faqiri attend avec impatience le sommet national d'urgence sur l'islamophobie du 22 juillet. Les dénonciations de nos dirigeants doivent être suivies par une action politique, dit-il.

Il y a un peu plus de quatre ans, la Chambre des communes a adopté une loi controversée qui condamne la haine contre les musulmans, mais les mesures pour la combattre tardent à être mises en place.

On aimerait voir du concret, une loi qui condamne l'islamophobie, martèle de son côté Yasmeen Mirza.

Joko Damptey, lui, aimerait qu'une loi plus claire, qui condamne davantage les insultes racistes, soit adoptée.

Mais, surtout, tous espèrent que cela permettra un réel dialogue entre les communautés et les dirigeants politiques, pour aboutir à des actions concrètes.

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