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Assassinat de Jovenel Moïse : son chef de la sécurité serait détenu

Dimitri Hérard devait être entendu par la justice mercredi, mais il ne s'est pas présenté en cour, en faisant valoir qu'il était retenu par l'inspecteur général de la police.

Dimitri Hérard, assis, portant un uniforme militaire et un fusil.

Le chef de l'Unité de sécurité générale du Palais national, Dimitri Hérard

Photo : Radio-Canada / Capture d'écran

Radio-Canada

Le chef de la sécurité du Palais national haïtien, Dimitri Hérard, est détenu par la police nationale dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat du président Jovenel Moïse, rapportent jeudi le Washington Post et CNN.

Le Post dit en avoir obtenu la confirmation du chef du parquet de Port-au-Prince, Bed-ford Claude, d’un porte-parole du premier ministre Claude Joseph, Israël Jacky Cantave, et d’un proche de Hérard, Carl Martin.

Ce dernier a aussi confirmé la nouvelle à CNN.

Le motif précis de la détention de Dimitri Hérard n’est pas connu. La justice veut qu’il réponde à des questions, s’est borné à dire Bed-ford Claude au Post.

Depuis le meurtre de Jovenel Moïse, le 7 juillet, les Haïtiens s’interrogent ouvertement sur le rôle joué par les responsables de la sécurité du président, qui ne semblent pas avoir échangé le moindre coup de feu avec les assaillants.

M. Hérard, chef de l'Unité de sécurité générale du Palais national, et Jean Laguel Civil, coordonnateur de la sécurité du président, avaient été convoqués par le parquet cette semaine, mais n’ont finalement pas encore été entendus.

Selon CNN et le Miami Herald, M. Hérard a fait savoir par lettre qu’il ne pouvait comparaître mercredi, comme prévu, parce qu’il était retenu par l’inspecteur général de la Police nationale haïtienne, responsable des affaires internes.

:Léon Charles, en uniforme, sort d'un local. Un homme armé d'un fusil automatique monte la garde.

Le chef de la Police nationale haïtienne, Léon Charles, au terme de la conférence de presse donnée mercredi soir, dans le quartier général du corps policier, à Port-au-Prince.

Photo : La Presse canadienne / AP/Fernando Llano

Le quotidien haïtien Le Nouvelliste cite une source au parquet selon laquelle M. Civil a aussi justifié son absence, mardi, en disant être frappé par une mesure conservatoire de l’Inspection générale de la Police nationale d’Haïti .

La police nationale colombienne a révélé plus tôt cette semaine qu’elle enquête sur de multiples voyages effectués dans leur pays par M. Hérard.

Ils cherchent à déterminer s’il y a un lien entre ces visites et le fait que l’essentiel des membres du commando accusé d’avoir assassiné le président dans sa résidence privée sont d’ex-militaires colombiens.

Le chef de la Police nationale d’Haïti (PNH), Léon Charles, demeure très discret au sujet des responsables de la sécurité du président.

Il s’est borné à dire mercredi soir que 4 d’entre eux étaient en isolement et que 24 policiers étaient frappés par des mesures conservatoires.

Deux arrestations supplémentaires

Le chef de la PNH Léon Charles a annoncé mercredi soir l’arrestation de deux autres suspects dans l’enquête sur l’assassinat du président.

Il s’agit de Reynaldo Corvington, dirigeant d’une firme de sécurité haïtienne, et Gilbert Dragon, un ancien chef rebelle ayant participé à un soulèvement contre l’ex-président haïtien Jean-Bertrand Aristide, en 2004.

Photomontage montrant Reynaldo Corvington, ainsi que des fusils, des munitions et des chargeurs.

La police haïtienne a diffusé mercredi cette photo de Reynaldo Corvington, avec d'autres photos montrant l'arsenal qu'elle dit avoir saisi chez lui.

Photo : Police nationale d'Haïti

Un défenseur des droits de la personne en Haïti, Pierre Espérance, a déclaré au Washington Post que Dragon est un proche de Dimitri Hérard.

Le quotidien américain et le Miami Herald affirment en outre qu’il était un bras droit de Guy Philippe, chef de la rébellion contre l’ex-président Aristide, aujourd’hui incarcéré aux États-Unis après avoir plaidé coupable à une accusation de blanchiment d’argent.

Les deux hommes ont planifié des rencontres à plusieurs niveaux depuis l’arrivée des assaillants, les ont logés, leur ont loué des véhicules, leur ont fourni des armes, a indiqué Léon Charles selon le compte-rendu du Nouvelliste.

Selon lui, des perquisitions effectuées aux résidences des deux hommes ont permis aux policiers de mettre la main sur de nombreuses armes et des munitions.

Photomontage de Gilbert Dragon et des items trouvés chez lui, dont des armes.

Gilbert Dragon a été arrêté par la police haïtienne en lien avec l'assassinat de Jovenel Moïse. La police a montré sa photo et l'Arsenal qu'elle dit avoir saisi chez lui.

Photo : Police nationale d'Haïti

Quatre avis de recherche lancés

La PNH a aussi lancé mercredi quatre avis de recherche visant Joseph Félix Badio, John Joël Joseph, Rodolph (Dodof) Jaar et Gordon Phenil Désir. Ils sont tous recherchés pour assassinat, tentative d’assassinat et vol à main armée, selon les avis de recherche diffusés par la PNH.

Selon le compte-rendu du Nouvelliste, Léon Charles a présenté MM. Badio et Jaar comme des coordonnateurs de l’opération sur le terrain et M. Joseph, un ancien sénateur opposé à M. Moïse, comme le trésorier de l’opération.

MM. Joseph et Jaar auraient aussi été chargés de la coordination des rencontres avec les mercenaires et auraient loué des véhicules utilisés dans l’opération.

M. Badio aurait en outre loué une maison située près de celle du président, tandis que M. Jaar aurait aussi hébergé des mercenaires.

Une femme masquée est accroupie devant quelques chandelles au milieu d'une rue. Plusieurs photographes croquent la scène.

Une Haïtienne se recueille devant un mémorial de fortune à la mémoire de Jovenel Moïse qui a été érigé devant le Palais présidentiel d'Haïti.

Photo : La Presse canadienne / AP/VALERIE BAERISWYL

Selon Associated Press, M. Jaar a été accusé en Floride en 2013 d’avoir comploté en vue d’importer de la cocaïne provenant de la Colombie et du Venezuela vers les États-Unis, après avoir transité par Haïti. Il a plaidé coupable et a été condamné à quatre ans de prison.

L’agence présente aussi M. Badio comme un ancien fonctionnaire du ministère de la Justice qui s’est joint à l’Unité de lutte contre la corruption d’Haïti en 2013.

L’agence en question a fait savoir qu’il avait été congédié en mai pour des manquements graves à des règles éthiques qui n’ont pas été précisées, et qu’une plainte avait été déposée contre lui.

La PNH a aussi lancé un avis de recherche visant Gordon Phenil Désir présenté comme un responsable de la location des véhicules, de la coordination des rencontres avec les mercenaires et du paiement des matériels.

Outre 21 ex-militaires colombiens, la police haïtienne a aussi arrêté trois Haïtiens depuis le début de son enquête, soit James Solages, Joseph Vincent et Christian Emmanuel Sanon.

Cinq autres ex-militaires colombiens sont en fuite, et trois ont été tués dans les heures suivant le meurtre de Jovenel Moïse.

Selon la PNH, M. Sanon aurait recruté les 26 ex-militaires colombiens via les services d'une entreprise de sécurité nommée CTU, dirigée par un Vénézuélien basé en Floride, Antonio Emmanuel Intriago Valera.

Une photo présentée en preuve

Léon Charles a également présenté mercredi une photo, déjà virale sur les réseaux sociaux depuis quelques jours, montrant selon lui plusieurs des suspects réunis à Saint-Domingue, en République dominicaine pour planifier l'assassinat de Jovenel Moïse.

Ils s'étaient réunis dans un hôtel à Saint-Domingue. Autour de la table, il y a les auteurs intellectuels, un groupe technique de recrutement et un groupe de financement, a déclaré M. Charles à la presse.

Certains sur la photo ont déjà été appréhendés. C'est le cas du Dr Christian Emmanuel Sanon (et de) James Solages. Ce dernier a effectué les coordinations avec la firme de sécurité vénézuélienne CTU, basée à Miami, a-t-il ajouté.

Photomontage montrant plusieurs hommes réunis autour d'une table. Les visages de certains sont encerclés pour mieux les identifier.

Selon la Police nationale, cette photo montre plusieurs des personnes soupçonnées d'avoir trempé dans le complot visant à assassiner le président Moïse.

Photo : Police nationale d'Haïti

Le responsable de la firme, Antonio Emmanuel Intriago Valera, est sur la photo. Il est entré plusieurs fois en Haïti pour planifier l'assassinat, a poursuivi Léon Charles.

Il y a aussi sur le cliché le responsable de la compagnie Worldwide Capital Lending Group, Walter Veintemilla. Nous sommes en train d'enquêter sur cette entreprise qui aurait collecté des fonds pour financer l'exécution de l'acte criminel.

Il y avait un groupe de quatre (mercenaires) qui étaient déjà présents au pays. Les autres sont entrés le 6 juin. Ils sont passés par la République dominicaine. Nous avons retracé la carte de crédit qui a été utilisée pour acheter les billets d'avion, a indiqué le patron de la PNH.

Avec les informations de Washington Post, CNN, Le Nouvelliste, Associated Press, et Agence France-Presse

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