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Envoyé spécial

Haïti, une économie de violence

Des femmes dans un marché haïtien

Quatre millions d'Haïtiens se trouvent en situation de vulnérabilité alimentaire.

Photo : Reuters / Andres Martinez Casares

Jean-Michel Leprince

Une économie de violence, c'est le titre du livre de Fritz Alphonse Jean, économiste, président de l’Institut haïtien d’observatoire de politiques publiques (INHOPP). L’économie du pays a été capturée par une petite clique de privilégiés qui ont institué une « violence économique caractérisée », y écrit-il.

On spécule ainsi sur la valeur de la gourde par rapport au dollar, cela provoque de l’inflation et des fluctuations des taux de change, l’officiel et le parallèle.

Les plus touchés sont ceux qui n’ont pas accès au dollar, donc les plus défavorisés. Quatre millions d’Haïtiens sont en situation de vulnérabilité alimentaire et deux millions et demie en situation d’urgence alimentaire.

Selon Fritz Alphonse Jean, le commerce de l’argent devient extrêmement important parce que nous ne produisons rien, et donc les Haïtiens sont assistés et dépendants de la diaspora. Les 3 milliards de dollars qu’on reçoit de la diaspora, c’est ce qui fait fonctionner l’économie haïtienne, maintenant.

L’aide étrangère fait pâle figure à côté de l’argent de la diaspora. Elle se monte à 400 ou 500 millions par an seulement.

Le pays importe de 65 à 70 % de ce qu’il consomme.

Exclusion historique de la majorité

Autrefois ,c’étaient les grandes familles anciennes qui contrôlaient toute l’économie. Puis, dans les années 1990 sous le président Jean-Bertrand Aristide, sont nés ce que Fritz Alphonse Jean appelle des entrepreneurs politiques.

Ceux d’Aristide ont disparu et ont été remplacés dès 2011 par ceux du président Michel Martelly, le chanteur populaire, surnommé Tèt Kale (tête rasée), d’où le nom de son parti : Parti haïtien tèt kale, PHTK.

Des projets ont démarré et restent en chantier : des ponts, des routes, des stades, le nouveau parlement. Ceux qui ont protesté contre cet énorme scandale de corruption ont été réprimés.

Des dizaines de personnes sont assises sur des matelas posés par terre.

Le peuple haïtien victime de la crise économique

Photo : afp via getty images / Robenson Geffrard

Sortir des cercles vicieux

Même les gangs profitent de la manne de la corruption, affirme Fritz Alphonse Jean. Ils contrôlent près du tiers du territoire de Port-au-Prince.

Un membre du gang G9 a même été mis à la tête du fonds d’assistance sociale, une vraie vache à lait, dit l’économiste, dont les fonds ont été pillés, comme ceux du fonds de pension national. Il y a eu ce mélange mafieux entre l’état haïtien et les gangs, des activités criminelles. Donc, c’est ce qui nous donne cette déliquescence de l’État haïtien, mais surtout de peur généralisée de la population par rapport à la conduite de l’État, ajoute M. Alphonse Jean.

L’économiste soutient que, pour sortir des cercles vicieux de l’instabilité politique et de la violence économique, il faut sortir de cet écosystème en déconstruction, ces relations de causalité qui entretiennent le système d’exclusion généralisé et la violence ambiante.

Les solutions d’espérance ne sortiront pas d’un simple rééquilibrage économique, mais plutôt d’une rupture avec cet état de chaos, et une emprise sur la violence qui s’est installée. C’est à partir de cette déconstruction que l’on pourra définir une politique fiscale qui ne pénalise pas les vulnérables de la société et surtout une politique monétaire qui encourage la mise en place d’un écosystème plus inclusif, conclut-il.

Lourde tâche pour les successeurs de Jovenel Moïse.

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