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Un nouveau site pour rapporter les interpellations policières à Montréal voit le jour

Un policier.

Les données rendues publiques par le SPVM sont insuffisantes selon la chercheuse principale et professeure en études urbaines à l'INRS, Carolyn Côté-Lussier. (archives).

Photo : Radio-Canada / Jean-Claude Taliana

Radio-Canada

L'Institut national de la recherche scientifique (INRS) entend remédier au manque de données sur les interactions avec les forces de l'ordre à Montréal en recueillant des témoignages sur le nouveau site web STOPMTL.ca (Nouvelle fenêtre).

Selon l’INRS, il existe très peu de données fiables, indépendantes et complètement accessibles à tous, qui tiennent compte des interpellations policières à Montréal. Les organismes communautaires qui réclament des changements dans le traitement des personnes issues des communautés ethnoculturelles disent ne pas être pris au sérieux faute de statistiques tangibles.

Le projet lancé mercredi servira à colliger de l'information sur la nature des interpellations avec le plus de détails possible comme l'endroit et le moment des faits, le mode de transport utilisé, l'âge, le sexe ainsi que l'origine ethnique de la personne.

Les personnes âgées de 15 ans et plus sont invitées à rapporter une expérience d'interpellation policière qui a eu lieu le jour même ou jusqu'à 20 ans en arrière, par l'entremise d'un formulaire anonyme.

C’est vraiment une intervention ou une interaction avec un policier qui a mené à l’identification ou l’obtention des renseignements, sans que l’incident se soit soldé par une sanction, a expliqué la chercheuse principale et professeure en études urbaines à l'INRS, Carolyn Côté-Lussier, au micro de Tout un matin mercredi.

L'objectif est de dresser un portrait précis des interpellations policières dans la métropole, qu'elles soient positives ou négatives, en intégrant le point de vue du citoyen.

Mme Lussier dit que les organismes communautaires n'ont pas accès aux microdonnées statistiques du Service de Police de la Ville de Montréal (SPVM). Elle-même s'est butée à des difficultés en tentant de les obtenir.

De plus, elle estime que les quelques données rendues publiques par le SPVM ne représentent pas la réalité puisque seulement 5 % à 15 % des interpellations effectuées sont enregistrées. La Commission de la sécurité publique de la Ville de Montréal recommande d'ailleurs dans son rapport publié en février que ces interactions soient systématiquement notées.

Le but de cette plateforme est de documenter un enjeu de société important et de façon démocratique afin d'outiller les organismes, les citoyens, les décideurs politiques de même que le SPVM.

Méthodologie

L'INRS s'est tourné vers une méthode de recherche qui comprend un système d'information géographique volontaire. Cette méthodologie est déjà utilisée couramment par plusieurs applications et sites web tels que Trip Advisor, Google Maps et Waze. Elle sert notamment à cartographier des habitudes ou des comportements, dans des endroits spécifiques.

Afin de s'assurer de la validité des données, tous les renseignements compilés seront ensuite revus par une équipe de chercheurs et comparés à la lumière des informations existantes sur la population montréalaise, comme celles divulguées par Statistique Canada.

Les formulaires contenant des informations manquantes ou frauduleuses seront retirés du lot. Mme Côté-Lussier précise que seul un échantillon des données les plus rigoureuses sera conservé. La cartographie des interpellations permettra de déterminer une multitude de facteurs comme les zones où ces interpellations sont plus fréquentes, ajoute-t-elle.

Biais systémiques

Le cabinet de la mairesse Valérie Plante a salué mercredi cette initiative d’experts et de chercheurs qui travaillent à avoir des données représentatives ainsi que la transparence qu'amène le format.

Le SPVM, pour sa part, s'est montré beaucoup plus prudent en affirmant ne pas connaître les fondements méthodologiques à l’origine de la conception de cette carte interactive. Par conséquent, nous ne sommes pas à même de la commenter, a-t-il fait savoir dans un courriel transmis à Radio-Canada.

La police de Montréal avait reconnu l'existence de « biais systémiques » menant au profilage racial à la suite d'une étude indépendante en 2019 (Nouvelle fenêtre), dont les recherches avaient indiqué que les Noirs, les Autochtones et les Arabes étaient quatre à cinq fois plus susceptibles d'être interpellés que les citoyens blancs.

Cette étude a d'ailleurs mené le SPVM à adopter une nouvelle politique sur les interpellations policières, a-t-elle expliqué mercredi. Celle-ci est entrée en vigueur le 1er mars dernier.

Les recommandations des chercheurs indépendants – dont Victor Armony, qui sera candidat pour Projet Montréal aux prochaines élections – ont également mené au développement de fiches d’interpellation informatisées qui sont saisies et documentées par les policiers du SPVM, a souligné le corps de police dans son courriel.

Le projet STOPMTL.ca est en accès libre, ce qui signifie que les données du site web sont ouvertes donc accessibles et téléchargeables par tous ceux qui le souhaitent. Mme Lussier espère aussi que d'autres villes à travers le monde vont récupérer le modèle pour rendre compte de leur propre réalité.

Avec Diana Gonzalez

Avec les informations de La Presse canadienne

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