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Ruée vers les propriétés rurales en Outaouais

Un chalet sur pilotis avec vue sur le lac.

Les chalets au bord d'un lac sont particulièrement prisés (archives).

Photo : Radio-Canada / Mama Afou

Radio-Canada

La pandémie a changé le visage de plusieurs secteurs ruraux de l’Outaouais où de nombreux Québécois et Ontariens ont déménagé ou ont fait l’acquisition d’une résidence secondaire, prenant part à un véritable boom immobilier.

La possibilité de faire du télétravail a convaincu bon nombre d'acheteurs de s’éloigner des grands centres urbains. Et les endroits prisés se sont diversifiés, note Jonathan Sigouin, trésorier à la Chambre immobilière de l'Outaouais.

On ne parle pas juste des secteurs près de l’Outaouais, comme les typiques Cantley, Chelsea, Val-des-Monts, L’Ange-Gardien. On parle vraiment de plus loin, aussi, résume-t-il, en entrevue avec ICI Ottawa-Gatineau.

Toute propriété située au bord de l’eau et qui se trouve dans un rayon de 90 minutes de route d’Ottawa a la cote, explique-t-il.

La demande surpasse le nombre de propriétés disponibles. Ainsi, en moyenne, les maisons se vendent en moins de 21 jours, selon les calculs de M. Sigouin, et à fort prix.

Auparavant, ça pouvait prendre de trois à quatre fois plus de temps pour vendre à l'extérieur de la ville qu’en ville, affirme-t-il.

Les municipalités doivent s'adapter

Dans la municipalité de Pontiac, ce sont 600 propriétés qui ont été vendues dans les 12 derniers mois, indique la mairesse Johanne Labadie. De plus, une trentaine de permis de construction ont été octroyés.

Quand quelque chose est sur le marché, ça se vend vite, confirme-t-elle. Avec l’arrivée de cette panoplie de nouveaux résidents, les services de proximité à la population devront être revus.

« Notre municipalité a besoin de s’adapter. »

— Une citation de  Johanne Labadie, mairesse de Pontiac

Mais pour le professeur à l'École d'urbanisme et d'architecture de paysage de l'Université de Montréal, Jean-Philippe Meloche, les municipalités doivent rester prudentes en l'absence de données probantes pour confirmer si cette tendance sera durable.

Ce sont des comportements qui sont assez récents. Ça fait une année qu’on parle d’un mouvement plus fort qu’à l’habitude vers des régions périphériques, au-delà des banlieues, en campagne, souligne-t-il. Une partie peut s’expliquer par un phénomène conjoncturel. Pendant la pandémie, on a fermé les frontières, on a empêché les gens de voyager. Certaines personnes ont des budgets voyage assez conséquents chaque année et pour pallier [...] ils vont se ruer vers les chalets ou les maisons de campagne pour avoir un peu d’occasions de sortir de la ville ou d’avoir des vacances.

Toujours est-il qu'avant de savoir si le phénomène est durable, les municipalités doivent faire face à certains enjeux.

La mairesse de la Municipalité de Pontiac, Joanne Labadie.

La mairesse de Pontiac, Joanne Labadie (archives)

Photo : Radio-Canada / Hugo Lavallée

L’un d'eux est le manque de commerces, mais surtout le manque de terrains où il est possible d’en créer en raison de règlements de zonage limitatifs, soutient Mme Labadie.

Il y a de plus en plus d’entreprises qui veulent s’installer chez nous, mais c’est très difficile. On travaille là-dessus et on va faire des demandes, dans le futur, pour peut-être créer un nouveau périmètre urbain dans le secteur de Luskville.

Ne pas aller trop vite, prône un spécialiste

Là encore, le professeur Meloche prône la prudence et recommande plutôt aux municipalités de contrôler le développement selon leurs capacités à voir leur population grandir.

Si on passe de propriétaires qui sont des villégiateurs à des propriétaires qui deviennent des résidents permanents, là ça peut changer la structure des services des municipalités, souligne-t-il. Si ce sont des permis de bâtir, là, c’est encore autre chose. [...] Ça engendre des croissances de population [...] et les municipalités peuvent légiférer pour contrôler l’émission des permis de construire, réglementer les bâtiments acceptés [...] ce qui leur permet de s’ajuster.

« On peut se demander si c’est un phénomène permanent ou temporaire. [...] On peut se retrouver avec des propriétés qui vont être de nouveau en vente d’ici quelques années. »

— Une citation de  Jean-Philippe Meloche, professeur à l'École d'urbanisme et d'architecture de paysage de l'Université de Montréal

Duhamel, un exemple de popularité

La municipalité de Duhamel, située en bordure du lac Simon, connaît aussi une grande popularité. De nombreux chalets s’y trouvaient déjà, mais de plus en plus de personnes veulent s’installer à longueur d'année dans le secteur, remarque le maire David Pharand.

Un réaménagement des routes avait déjà été initié, à coût de trois millions de dollars l’année dernière. Résultat : moins de routes de gravier pour se rendre à sa propriété, rendue plus facile d’accès. Les gens apprécient énormément, surtout s’ils veulent en faire une résidence principale, soutient le maire.

Un des défis qui demeure est la connectivité à Internet à haute vitesse, fort attendue dans la région. Ça va permettre à plus de gens de travailler à partir de leur domicile. C’est un enjeu important, souligne-t-il.

Quant aux propriétés pouvant être louées sur la plateforme AirBnb, elles sont soumises à des règles municipales pour éviter qu’elles accaparent le territoire. Seules deux par zone sont permises, pour un total d’une trentaine de zones.

Un homme en cuisine découpe de la viande avec un couteau.

Martin Carboni, de Carbo Barbecue

Photo : Radio-Canada / Christian Milette

Avec l’arrivée de nouveaux propriétaires de maisons à Duhamel, les commerçants ont fait de bonnes affaires malgré la pandémie. Le restaurateur Martin Carboni, de Carbo Barbecue, a réussi à rendre son entreprise rentable en l’espace de deux ans.

C’est fun! Ça va vite. Ça prend souvent cinq ans pour une entreprise, lance celui qui est situé tout près d’un terrain de la Société des établissements de plein air du Québec.

« Au lieu de ne servir que des touristes, qui étaient mes clients de prédilection, 50 % de la clientèle qu’on sert est semi-résidentielle, [des gens] qui viennent travailler au chalet. »

— Une citation de  Martin Carboni, Carbo Barbecue

Les dépanneurs de la région ont aussi dû s’adapter à la demande de leur nouvelle clientèle grandissante, témoigne Vanessa Vandal-L’Huillier, qui travaille dans un de ces commerces avec ses parents.

Une chose qu’on a dû ajouter, c’est du prêt-à-manger [...] parce qu’au début de la pandémie, les restaurants ont fermé, mentionne-t-elle.

De façon générale, beaucoup plus de produits sont disponibles et en plus grande variété. Deux nouveaux employés ont aussi été embauchés.

Une femme pose dans une épicerie.

Vanessa Vandal-L'Huillier

Photo : Radio-Canada / Christian Milette

Si l’engouement pour élire domicile dans des communautés rurales se confirme, il reste à voir quel sera à plus long terme l’effet sur les taxes foncières.

Avec les informations de Christian Milette et d’Antoine Trépanier

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