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Dans l’Arctique, des oiseaux souffrent de la chaleur

Des guillemots de Brünnich sur une falaise.

Les guillemots de Brünnich ont «la plus faible efficacité de refroidissement par évaporation de tous les oiseaux», selon Emily Choy.

Photo : Douglas Noblet

Les guillemots de Brünnich, une espèce d’oiseaux très présente dans l’Arctique, sont très sensibles à la chaleur et sont donc plus à même d’être touchés par les changements climatiques, selon une nouvelle étude de l’Université McGill.

L’Arctique se réchauffe en moyenne entre deux et trois fois plus rapidement que le reste de la planète. Certaines espèces d’oiseaux pourraient en ressentir les conséquences plus que d’autres. C’est le cas des guillemots de Brünnich (Uria lomvia), selon des chercheurs de l’Université McGill qui ont étudié l’espèce à l’été 2019 à Hudson Bay, au Nunavut.

Ce sont des oiseaux incroyables pour observer les changements environnementaux dans l’Arctique, abonde Emily Choy, une étudiante en postdoctorat et coautrice de l’étude, publiée dans la revue Journal of Experimental Biology. Cette espèce est en effet présente en grande quantité partout dans le cercle circumpolaire.

L’idée de la recherche a germé dans la tête des scientifiques après des observations de décès de spécimens certains jours où la température était modérée.

Emily Choy sur une falaise avec des oiseaux volant autour.

Emily Choy a étudié les guillemots de Brünnich à l'été 2019 au Nunavut. L'espèce est particulièrement sensible aux changements climatiques.

Photo : Douglas Noblet

Ces oiseaux ont pour habitude de nicher sur les falaises; les parents se relaient pour couver sur des périodes de 12 à 24 heures, et on s’est aperçu que des jours où ils faisaient aussi peu que 21 degrés Celsius, des oiseaux mouraient sur leur nid à cause du stress causé par la chaleur.

Des oiseaux victimes du stress thermique

Pour vérifier ces observations, les scientifiques ont donc exposé certains guillemots de Brünnich de la colonie de Coates Island à différentes températures pour voir leur réaction. Ils ont constaté que les oiseaux subissaient un stress dû à la chaleur, ou stress thermique, à des températures bien inférieures à celle qui est nécessaire pour incommoder d’autres espèces.

Ils tentaient d’influer sur leur métabolisme de base; ils essayaient davantage de se refroidir; ils essayaient davantage de dissiper la chaleur; ils haletaient, témoigne Emily Choy au sujet de l’expérimentation.

Si la colonie étudiée se porte bien pour l’instant, la scientifique affirme que d’autres ne sont pas si chanceuses, notamment en Islande et en Europe.

Des scientifiques sur une falaise étudient des oiseaux.

Les guillemots de Brünnich nichent à flanc de falaise, sans protection contre le soleil.

Photo : Douglas Noblet

Parce que ces oiseaux ont de longues périodes d’incubation, ils sont exposés directement au soleil, sans protection, donc on s’inquiète qu’ils soient particulièrement à risque des hautes températures, explique la chercheuse.

Autre facteur : le plumage dorsal de ces oiseaux est noir, ce qui fait qu'il retient davantage la chaleur. Un des collègues d’Emily Choy s’est d’ailleurs intéressé à cet aspect. Il a trouvé que quand il faisait 21 degrés Celsius, leur dos pouvait atteindre une température aussi élevée que 46 degrés, explique-t-elle.

Une espèce qui ne va pas s’adapter à la chaleur tout de suite

Si, de manière générale, les espèces s’adaptent à leur environnement, elles le font à long terme; c’est pourquoi Emily Choy avoue s'inquiéter. Selon elle, les guillemots de Brünnich reviennent couver chaque année au même endroit, et rien ne montre pour l'instant qu'ils ont l’intention de se diriger plus au nord pour chercher des températures plus fraîches.

Un guillemot Brünnich nourrit son oisillon.

Les résultats de l’étude montrent aussi que les oiseaux de plus grande taille sont plus sensibles au stress thermique, ce qui pourrait donc signifier qu’à l’avenir, les oiseaux plus petits auront un avantage pour faire face à l’augmentation des températures.

Photo : Douglas Noblet

La postdoctorante et ses collègues ne comptent pas s’arrêter à ces observations. Si tout va bien, ils retourneront au Nunavut l’été prochain pour étudier les effets de la chaleur sur le comportement des oiseaux lorsqu’ils couvent, volent et cherchent de la nourriture.

Une étude d'autant plus importante, croit Emily Choy, qu'une vague de chaleur a frappé l’ouest du Canada dernièrement. L’Arctique est comme un système d’avertissement en amont pour le changement climatique dans le sud, souligne-t-elle.

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