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La jeunesse nigériane cherche son identité sur les réseaux sociaux

Des jeunes crient et agitent des drapeaux.

Des jeunes du Nigeria agitent le drapeau de leur pays devant une foule lors d'une manifestation contre la brutalité de la SARS à Lagos le 13 octobre 2020.

Photo : Getty Images / BENSON IBEABUCHI

Agence France-Presse

Difficile de trouver son identité au Nigeria, un pays de 210 millions de personnes, ancienne colonie britannique avec plus de 500 langues, autant d'ethnies et de croyances ainsi que divisée entre deux religions et 36 États.

C'est le questionnement quotidien des 45 000 personnes abonnées au groupe The New Nigerian sur la nouvelle plateforme Clubhouse, réseau social où les internautes se retrouvent pour des conversations audio.

Dans les espaces de discussion virtuelle du groupe, des jeunes dissertent et débattent sur l'actualité du géant d'Afrique de l'Ouest.

On y donne des cours d'histoire ou de langues vernaculaires, on y découvre des philosophes ou des personnalités nigérianes et on y aborde les mythes de la culture yorouba.

Un mouvement pour l’unité du pays

Bien que la majorité des personnes qui y participent appartiennent davantage aux groupes du sud du pays, le mouvement prône l'unité du Nigeria, dans un contexte de très fortes tensions communautaires et d'appels sécessionnistes.

Nous désirons un nouveau Nigeria progressiste sur les valeurs que nous défendons – le féminisme, les orientations sexuelles, les droits de la personne – mais nous ne serons jamais dans la confrontation ethnique ou religieuse, expose d'emblée Eniola Mafe, 37 ans, cofondatrice du mouvement.

Tout a commencé pendant les manifestations d'octobre 2020, lorsque la jeunesse nigériane s'est réunie sous le slogan #endSARS (du nom d'une unité de police) contre les violences policières et pour défendre ses droits.

Des manifestations qui unissent

Pendant que des dizaines de milliers de personnes manifestaient jour et nuit dans les rues, la diaspora s'informait par le biais des réseaux sociaux.

J'avais les yeux rivés sur Twitter, et les oreilles collées sur Clubhouse, se souvient Eniola Mafe, alors à Genève pour Lead 2030 Vision, un organisme sur le développement durable. On essayait de savoir ce qui se passait en direct, d'organiser des collectes de dons, de vérifier les fausses nouvelles.

En quelques jours, The New Nigerian a rassemblé des milliers de personnes, mais lorsque l'armée a tiré à balles réelles sur les personnes qui manifestaient au péage de Lekki le 20 octobre, la contestation populaire d'#endSARS s’est arrêtée brutalement, tant dans la rue que sur Internet.

Toutefois, c’est à ce moment qu’Eniola Mafe et son amie Lola Adele-Oso, 42 ans, femme d'affaires et activiste, ont commencé le travail d'éveil des consciences pour un engagement civique et politique.

Ce n'est plus possible de ne pas nous intéresser à la politique ni aux personnes qui nous dirigent, martèle Eniola Mafe. Si notre mentalité de personnes opprimées ne change pas, alors on changera juste les personnes qui nous oppressent.

Se regrouper

Les jeunes femmes misent sur les milliers de personnes abonnées à leur groupe sur Clubhouse et établissent ensemble tout un programme pour réapprendre la citoyenneté nigérienne autour de cinq piliers : les langues et la culture, la politique et la citoyenneté, la culture populaire, les technologies et le bien-être.

Comme dans de nombreux pays africains ou de personnes afro-descendantes, on connaît peu notre histoire, notre culture, note Lola Adele-Oso, récemment revenue vivre à Lagos après des années à Washington.

Qui sommes-nous? Qui sont nos héros? On ne peut pas devenir de meilleurs citoyens et citoyennes si nous ne connaissons pas notre histoire, affirme-t-elle.

Savoir d'où l'on vient pour savoir où l'on va : l'adage résonne encore plus fort au Nigeria, où l'histoire n'est plus enseignée à l'école.

Basil Abia, jeune chercheur en politique et membre du groupe, organise chaque mardi et jeudi des chambres de discussion sur un thème d'actualité, et chaque samedi soir, des cours d'histoire.

Avec des spécialistes, les gens dissertent sur la traite négrière, la décolonisation, mais aussi sur l'héritage des grands royaumes Edo (Sud) ou des sultans de Sokoto (Nord), avec l'oreille attentive de quelque 100 à 200 personnes.

Les gens du Nigeria ont faim de connaissances. Parfois, on commence à 23 h et on finit à 7 h du matin, souligne-t-il avec une certaine fierté.

Pour lui aussi, #endSARS a marqué un tournant et a contribué à forger une conscience politique parmi la jeunesse. Mais encore faut-il connaître les principes de la politique, du contrat social et de la responsabilité du gouvernement pour savoir pour qui nous voulons voter, croit Basil Abia.

Depuis les manifestations, la terrible crise économique qui s'abat sur le pays depuis le début de la pandémie de la COVID-19 a été un obstacle pour beaucoup de jeunes de la classe moyenne et supérieure, qui ont déménagé à Dubaï, au Ghana, en Grande-Bretagne, aux États-Unis ou au Canada.

La récente interdiction de Twitter par les autorités a également porté un grave coup à la liberté d'expression et à l'accès à l'information, décourageant un peu plus une jeunesse hyperconnectée et engagée contre le régime autoritaire du président Muhammadu Buhari, âgé de 78 ans.

Basil Abia, lui, a décidé de rester au Nigeria. Je veux consacrer ma vie entière, mon éducation et mes talents à mon pays, conclut-il.

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