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Démantèlement d’un autre campement de fortune sur la rue Notre-Dame

Des employés démantèlent un campement de fortune à Montréal.

Évacuation, destruction et nettoyage d’un campement pour itinérants ce matin au coin des rues Notre-Dame et D'Iberville.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Radio-Canada

Les autorités municipales ont démantelé mardi matin un campement érigé par des sans-abri sur des terrains vagues à l’intersection des rues Notre-Dame et D'Iberville, dans le quartier Centre-Sud, à Montréal.

Tôt ce matin, des cols bleus, assistés d’une pelle mécanique, des pompiers et de policiers ont entrepris la destruction des abris improvisés qui se multipliaient ces derniers jours sur ces terrains, propriété du ministère des Transports du Québec, qui jouxtent la voie ferrée desservant le port de Montréal.

Une demi-douzaine de personnes qui vivaient sur le site devront se trouver un autre endroit pour vivre. Mais où vont-ils aller? a demandé Guylain Levasseur, militant pour les droits des personnes itinérantes qui assistait à l'opération nettoyage.

Présentement, on peut voir la valeur d’un itinérant, a expliqué M. Levasseur en regardant les cols bleus démanteler des abris construits à partir de bâches et de matériaux abandonnés. On sort le bulldozer, on met tout dans le truck et on s’en va porter ça à la dompe. […] Il y en a même un à l’oasis Steinberg dont les photos de ses enfants ont été jetées, a déploré le militant.

Il n’y a aucune escouade psychosociale qui est ici présentement aujourd’hui, a souligné par ailleurs M. Levasseur en montrant l'un des campeurs assis plus loin sur un amoncellement de planches, la tête basse.

Un homme assis sur un tas de planches.

L'homme dont l'abri a été démantelé contemple, perplexe, ce qui reste du campement et de ses biens.

Photo : Ivanoh Demers

La Ville assure avoir agi de façon responsable

À la Ville de Montréal, on explique que ces campements ne sont pas une solution sécuritaire ni durable pour les personnes en situation d’itinérance.

Ils ne peuvent pas être tolérés lorsque des risques sont connus, notamment en matière d’incendie, ajoute Mélanie Gagné, chargée de communication à la Ville de Montréal.

La présence de feux de camp sur le site et l'incendie de deux tentes survenu le 1er juillet dernier ont poussé la MTQ à publier un avis d'éviction. Les campeurs ont été prévenus qu'ils devraient partir le 8 juillet dernier, explique Mme Gagné.

Entre le 8 et 13 juillet 2021, des intervenants et des policiers ont assuré un suivi auprès de la dizaine de personnes présente sur les lieux afin de favoriser son référencement et sa relocalisation vers des services. Cette opération s’est donc effectuée de façon graduelle et humaine, assure la responsable des communications­.

Désormais un mode de vie pour plusieurs

Le problème ne date pas d’hier. Et il est permis de penser qu’avec la crise du logement abordable qui sévit à Montréal, les cols bleus n’ont pas fini de démonter des abris aménagés sur des terrains vagues.

Depuis plusieurs années, les terrains qui longent le port de Montréal, en bordure de la rue Notre-Dame, sont des lieux prisés des personnes sans-abri qui y érigent des tentes et des abris de fortune. Certains y campent même jusque tard à l’automne, parfois même jusqu’aux premières neiges.

L’an dernier, des dizaines de tentes longeaient la rue Notre-Dame entre les rues Frontenac et Viau. La Ville, d’abord tolérante, avait finalement dû intervenir début décembre pour inciter les campeurs à lever le camp à l’arrivée de l’hiver. Des services de soutien, de logement temporaire dans des hôtels et d’entreposage étaient même proposés aux campeurs.

La décision des autorités avait été prise à la suite d'incendies dans des tentes provoqués par des systèmes de chauffage improvisés.

Tolérance zéro

Or, cette année, aucun campement n’est toléré dans l'espace public et sur les terrains vagues en bordure de la rue Notre-Dame. Ils sont en général rapidement démantelés par les autorités municipales. Une solution temporaire qui ne fait que repousser le problème, a indiqué Guylain Levasseur.

Guylain Levasseur regarde le démantèlement du campement par des policiers et employés de la Ville de Montréal.

Guylain Levasseur regarde le démantèlement du campement par des policiers et employés de la Ville de Montréal.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

« Ça ne réglera pas les problèmes. S’ils démantèlent ici, où est-ce qu’ils vont aller dormir, les gars? Dans les portiques de commerce? […] Il y en a qui ne veulent pas aller dans les shelters. »

— Une citation de  Guylain Levasseur, militant pour les droits des personnes itinérantes

Pour le militant, aider ces gens commence par la construction de logements sociaux. Des logements sociaux, ça, on n’en aura jamais assez. Il y en a plein qui sont fermés. Ça prend une formule, les "shelters" ce n’est pas pour tout le monde. C’est triste, mais c’est ça.

Pour le député d’Hochelaga-Maisonneuve et responsable pour Québec solidaire de la lutte contre l’itinérance Alexandre Leduc, ce campement ne sera pas le dernier.

Il faut selon lui développer un nouveau pacte social afin d’assurer à court terme la sécurité des personnes itinérantes et d’éviter les démantèlements à répétition, explique-t-il dans un communiqué.

Des travailleurs déplacent des meubles dans des abris.

Des cols bleus assistés de policiers et de pompiers ont commencé à démanteler le campement tôt mardi matin.

Photo : Ivanoh Demers

« Les campements existent, aussi bien les encadrer, accompagner les usagers et limiter le niveau de risque de chacun d’eux. Ce n’est pas viable de chasser les campeurs vers un autre campement jusqu'au prochain démantèlement. »

— Une citation de  Alexandre Leduc, député solidaire d’Hochelaga-Maisonneuve

Nouveau « pacte social »

Pour Québec solidaire, plutôt que de balayer les campements à répétition, la Ville doit trouver, avec la participation de Québec, des groupes communautaires et des campeurs eux-mêmes une façon d’encadrer ce mode de vie pour qu’il soit sécuritaire.

Québec solidaire propose entre autres de fixer un nombre maximum de tentes par campements, de désigner des sites précis où ces gens peuvent camper et y établir des règles de sécurité incendie. Les services sociaux pourraient également y planifier des visites régulières pour apporter du soutien et des services aux campeurs, propose la formation politique.

À long terme, explique Alexandre Leduc, Québec devra un jour au l’autre reconnaître la crise du logement et prendre les mesures qui s’imposent, comme mettre en place un registre des loyers, interdire les rénovictions ou encore investir dans le logement social et abordable pour garantir un toit à tout le monde.

Avec les informations de Pascal Robidas

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