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Enfants refoulés à l'entrée du Canada : « aberration » dénoncée et « humanité » réclamée

Les mesures restrictives à la frontière sont mises en place pour « protéger la sécurité et la santé de tous les Canadiens », répond le ministre de l'Immigration.

Une famille, une jeune fille assise sur une valise, une mère qui porte un jeune enfant dans ses bras, et un père qui consulte une carte routière se trouve devant les vitres d’un aéroport alors qu’un avion décolle dehors.

Pour revenir au Canada après un séjour à l'étranger, les enfants des résidents temporaires doivent obtenir une autorisation écrite de la part d'Immigration Canada.

Photo : iStock

« C'est une aberration », clame la députée du Bloc québécois Christine Normandin.

L'élue fédérale reste incrédule. Elle ne comprend pas les raisons d'Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), qui empêche des enfants de résidents temporaires de revenir au pays après un séjour à l'étranger.

Considérés comme des visiteurs s'ils ne sont pas nés au Canada, ces jeunes – contrairement à leurs parents – doivent obtenir une autorisation écrite de la part du gouvernement pour remettre les pieds au Canada. Or cette mesure est méconnue et de nombreuses familles d'immigrants ont débuté un séjour, principalement pour voir des proches, sans avoir demandé un tel document.

Cette autorisation a néanmoins été refusée, à plusieurs reprises, tel que l'a raconté Radio-Canada. Selon IRCC, l'arrivée de ces enfants, même s'ils sont scolarisés et vivent au Canada depuis plusieurs années, est de nature facultative ou discrétionnaire.

Lorsqu’il s’agit de revenir à l’école et de revoir ses parents, c’est tout sauf un voyage discrétionnaire. Permettre aux enfants de revenir ici, c’est juste le gros bon sens. Leur vie est ici, il n’y a aucune raison qu’ils ne reviennent pas ici, déplore Christine Normandin.

« On a l'impression que le gouvernement traite toujours les résidents issus de l'immigration comme des gens de seconde zone. »

— Une citation de  Christine Normandin, députée du Bloc québécois

C’est absurde et c’est absolument sans queue ni tête, dénonce de son côté le député du Nouveau Parti démocratique (NPD) Alexandre Boulerice, qui ne mâche pas ses mots contre le ministère de l'Immigration.

Quand on répond à des parents que la venue de leur enfant est non essentielle et facultative, c’est de la bureaucratie idiote, lâche-t-il.

« Comment ça se fait qu’on ne soit pas capable de greffer un cerveau aux gens qui travaillent à IRCC et leur faire comprendre ce qu'est la vraie vie, la vie de famille? »

— Une citation de  Alexandre Boulerice, député du NPD
Le ministre parle devant un micro

Marco Mendicino est le ministre de l'Immigration du gouvernement de Justin Trudeau.

Photo : Radio-Canada

Pour protéger les Canadiens, répond le ministre

Interrogé par Radio-Canada en marge d'une conférence de presse pour faire la promotion, au Nouveau-Brunswick, de l'immigration francophone, le ministre de l'Immigration, Marco Mendicino, a justifié ces décisions en mettant de l'avant la situation sanitaire.

J’ai beaucoup de sympathie pour les familles dont les voyages ont été interrompus par la pandémie, mais en même temps, nous avons introduit des mesures à la frontière pour protéger la sécurité et la santé de tous les Canadiens, soutient-il.

Pourquoi séparer des familles ou interdire le retour des enfants? Le ministre Mendicino n'a pas directement répondu à ces questions.

« La pandémie n’est pas terminée encore. il faut prendre des mesures pour protéger tout le monde. »

— Une citation de  Marco Mendicino, ministre de l'Immigration

Alors que le Bloc québécois veut carrément abolir cette exigence d'une autorisation écrite pour les enfants, le NPD demande au ministre Mendicino de faire son travail.

Il peut donner une directive claire et il pourrait régler le dossier en cinq minutes. Mais, malheureusement, on a un ministre de l’Immigration qui est absolument inefficace et qui ne sert à rien, juge Alexandre Boulerice.

Laurence et sa fille dans un avion.

Laurence Lacroix est allée en France avec sa fille pour voir son père malade. Elle n'a pas eu l'autorisation de revenir au Canada la semaine dernière.

Photo : Gracieuseté : Laurence Lacroix

L'ambassade canadienne à Paris contactée par le gouvernement français

Contacté par Radio-Canada, le député des Français vivant en Amérique du Nord, Roland Lescure, a lui aussi fait part de son étonnemment.

Son équipe, a-t-il indiqué, a contacté l'ambassade canadienne à Paris pour tenter de régler cette situation jugée surprenante

Cette situation inquiète également le conseiller consulaire français Yan Chantrel, basé à Montréal.

Malgré la pandémie, il faudrait faire preuve d'humanité. Les autorités devraient mettre fin à ce type de situation, assure l'élu français.

« Il y a beaucoup d'inquiétude. Certains sont éloignés de leurs proches depuis un très long moment. Le gros bon sens serait que les enfants puissent revenir et qu'on facilite la vie des familles plutôt que de la compliquer. »

— Une citation de  Yan Chantrel, conseiller consulaire français

Ce dernier a eu vent d'une grande anxiété de la part de nombreux parents français résidents temporaires qui, selon les règles actuelles canadiennes, n'ont pas le droit de faire venir leur famille proche au Canada.

Ils ne peuvent pas recevoir leur famille, mais maintenant, ils ne peuvent même pas aller la voir, car ils ont peur de ne pas pouvoir revenir. Il faut trouver une solution, lance Yan Chantrel.

Une solution, rapide, c'est justement ce que réclame Laurence Lacroix, coincée avec sa fille de 14 ans en Franche-Comté. Fin juin, cette restauratrice du Saguenay–Lac-Saint-Jean, présente au Québec depuis quatre ans, est rentrée en France voir son père malade.

Début juillet, l'embarquement pour revenir à Montréal lui est refusé. Sa fille n'avait pas l'autorisation écrite d'IRCC. Je n'étais pas au courant, se défend-elle. Sa demande a été envoyée, mais la procédure prend, selon Ottawa, 14 jours ouvrables.

Ces derniers jours, Laurence Lacroix a créé un groupe Facebook pour partager son expérience et prévenir les parents et résidents temporaires. Plus de 200 familles y font part, désormais, de leurs craintes et angoisses.

Je ne m'y attendais pas du tout, raconte Laurence Lacroix. Il faut rappeler que nous, on ne part pas faire du tourisme. On va voir un parent malade, un père, un grand-parent. On ne parle pas de vacances au soleil.

Avec la collaboration de Nancy Caouette et Alix Villeneuve

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