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La haine en ligne présente au sein de communautés culturelles

Un dessin d'une personne de couleur tenant un téléphone dans sa main. Des têtes émergent du téléphone et semblent insulter la personne, qui affiche un air triste.

Près de 80 % des Canadiens sont préoccupés par la propagation en ligne des propos haineux, selon un rapport publié en janvier par Fondation canadienne des relations raciales et Abacus Data.

Photo : iStock / Anna Drozdova

Des membres de certains groupes ethnoculturels mettent en garde contre la diffusion de messages haineux dans les réseaux sociaux au sein même de leur communauté.

Ils sont de plus en plus nombreux, les membres de certaines diasporas établies au Canada, à dénoncer la publication des messages haineux au sein de leur communauté.

Le rôle joué par les médias sociaux dans la propagation de ces messages inquiète Destiny Tchehouali, professeur au département de communication à l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

Destiny Tchehouali, fixe son regard vers la caméra.

Destiny Tchehouali, professeur au département de communication de l'UQAM

Photo : Fournie par Destiny Tchehouali

On assiste à une prolifération des messages qui incitent de plus en plus à la haine tribale ou à la xénophobie notamment au niveau des communautés ethnoculturelles africaines, par exemple, a constaté l’expert en communication interculturelle.

Il y a un ensemble d’informations qui sont relayées en particulier à travers Facebook et aussi l’application WhatsApp qui est très utilisée par ces communautés.

Une citation de :Destiny Tchehouali, professeur au département de communication de l'UQAM

D'après Destiny Tchehouali, des messages sur l’agression d’une tribu [ou d’une ethnie] par une autre sont souvent illustrés par des vidéos ou des photos très idéologiques qui peuvent avoir des répercussions très négatives.

Tribu : groupe social et politique fondé sur une parenté ethnique réelle ou supposée.

Source: Le Petit Dictionnaire de la langue française

Les communautés africaines les plus touchées sont celles originaires des pays où cohabitent une pluralité de communautés ethniques comme le Soudan du Sud, le Cameroun, la Côte d’Ivoire et la République démocratique du Congo, précise le professeur.

Une femme sourit.

Sandra Sasa estime que le fait que son pays d'origine compte plus de 200 tribus est une richesse à exploiter.

Photo : Radio-Canada

D'origine congolaise, Sandra Sasa, qui habite le Grand Toronto, dénonce ce comportement. C’est une problématique que nous vivons maintenant. Malheureusement, les réseaux sociaux commencent à devenir un outil pour faire passer un certain tribalisme , confirme-t-elle.

Mme Sasa affirme discuter de la question depuis un moment avec quelques membres de sa communauté. Elle pense que la diffusion des messages haineux les fragilise.

En tant que Franco-Ontariens, nous faisons déjà face à plusieurs barrières et chercher à se diviser fragilise la communauté, car au-delà des barrières que nous impose le système ici, on crée encore nos propres barrières.

Une citation de :Sandra Sasa

Des groupes auxquels sont abonnés certains immigrants sont créés et modérés depuis leurs pays d’origine ou en dehors du Canada, explique Destiny Tchehouali.

Nicaise Mouafi souriante regarde la caméra.

La Torontoise Nicaise Mouafi

Photo : Fournie par Nicaise Mouafi

La Torontoise d’origine camerounaise Nicaise Mouafi dit constater aussi des dérapages dans certains groupes tenus par ses compatriotes depuis le Cameroun.

En tant que ressortissante originaire du Cameroun et présente dans les réseaux sociaux, il y a beaucoup d'échanges à caractère tribal qui s’y passent […] Heureusement que dans notre communauté en Ontario, et à Toronto en particulier, on ne vit pas ce tribalisme, précise-t-elle.

Dans la plupart des cas, les messages qui propagent la haine à caractère ethnique et tribal sont influencés par les contextes sociopolitiques des pays d’origine des immigrants, indique Nicaise Mouafi.

Les diasporas appelées à jouer leur rôle

Le professeur Destiny Tchehouali appelle les membres des diasporas à ne pas relayer des messages haineux diffusés dans des groupes sur WhatsApp ou Facebook auxquels ils sont abonnés.

Il prévient qu’avec WhatsApp, par exemple, les messages vont à une telle vitesse que des fois on ne peut pas remonter à la source . Destiny Tchehouali ajoute que l’influence qu’ont certaines diasporas peut crédibiliser des messages pour certaines personnes non averties.

Le danger, c’est surtout quand on agit comme relais de certains messages sans en mesurer la pertinence et surtout quand on est en position d'influenceur ou de leader dans certaines communautés. Cela [ le message partagé ] peut-être très viral et aller influencer plusieurs personnes qui n’ont pas forcément de recul , dit-il.

Les communautés ethnoculturelles africaines au Canada ont un rôle à jouer vis-à-vis de leur communauté d'origine en contribuant non pas à raviver les tensions, mais en jouant un rôle d'apaisement.

Une citation de :Destiny Tchehouali, professeur à l'UQAM

Plus de modération et sensibilisation

Pour freiner la propagation des messages à caractère tribal, Destiny Tchehouali préconise le renforcement des mécanismes de contrôle par les réseaux sociaux.

Il faut davantage de réglementation pour avoir une politique de modération plus importante sur les réseaux sociaux. Facebook a commencé à faire le nettoyage en mettant en place des dispositifs pour identifier des contenus malveillants et haineux , explique-t-il.

Les logos de WhatsApp et Facebook sur un écran .

Destiny Tchehouali pense aussi que la mise en place d'observatoires de la haine en ligne peut être utile.

Photo : Associated Press / Patrick Sison

Entre octobre et décembre 2020, Facebook avait modéré près de 27 millions de contenus. Environ 0,10 % était à caractère haineux selon un rapport trimestriel de transparence du géant du web.

En outre, Destiny Tchehouali suggère la sensibilisation des Canadiens sur la question du dialogue interculturel et du vivre ensemble.

On a souvent tendance à tenir pour acquis qu’il y a la cohésion sociale dans un contexte où plusieurs cultures cohabitent et que les gens sont ouverts à être tolérants, sans forcément permettre à l’autre de découvrir ce qu’il est, ses valeurs et ses repères culturels , renchérit-il.

Enfin, le professeur Tchehouali pense qu’il faut sanctionner les auteurs des messages à caractères haineux, sans tomber dans la dérive liée à la censure que certains États peuvent appliquer aux médias sociaux.

Pour mieux réprimer la haine en ligne, le Canada est en voie de modifier son Code criminel, la Loi canadienne sur les droits de la personne et la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents. Un projet de loi a été déposé le mois passé au Parlement, indiquait un communiqué du ministère de la Justice.

La haine en ligne peut se transformer en haine hors ligne et avoir des effets dévastateurs sur des communautés et des familles , mentionnait le communiqué.

Au Cameroun, la diffusion des messages haineux est prise au sérieux par le gouvernement, qui organise depuis mars une campagne nationale de sensibilisation contre les discours haineux et la xénophobie.

En mai, Kibwe Ngoie-Ntombe, un homme vivant à Kelowna, en Colombie-Britannique, a été accusé d’avoir fomenté la haine contre des personnes vivant en République démocratique du Congo (RDC), son pays d’origine.

La plainte contre Kibwe Ngoie-Ntombe concernait des vidéos diffusées en ligne, dans lesquelles un homme proférait des menaces contre des habitants de la région du Katanga en RDC. Kibwe Ngoie-Ntombe disait toutefois à Radio-Canada, être victime d'abus de pouvoir de la part du Canada et être la cible d’attaques contre la liberté d’expression.

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