•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Restauration : « un cauchemar » pour recruter à Ottawa avec l'assouplissement des règles

Une serveuse portant le masque discute avec deux clientes sur la terrasse.

Des propriétaires de restaurants d'Ottawa peinent à trouver la main-d'œuvre nécessaire à la reprise des activités (archives).

Photo : Radio-Canada / Mathieu Theriault

Radio-Canada

De plus en plus d'emplois deviennent disponibles alors que l'Ontario se prépare vendredi à passer à la troisième étape de son plan de réouverture. De nombreux propriétaires de restaurants affirment toutefois que l'embauche de personnel s'avère difficile.

À la fin de la semaine, les restaurants pourront accueillir autant de clients qu'ils le peuvent à l'intérieur, à condition que ces derniers respectent la distanciation physique.

Ce qui aurait dû être une bonne nouvelle, pour une industrie qui n’offrait plus le service en salle à manger depuis des mois, a révélé des problèmes de dotation en personnel.

C'est un cauchemar, affirme Gord Gifford, directeur général de la Brasserie Savoy, à Ottawa, qui cherche désespérément du personnel pour pourvoir tous les postes de son restaurant.

Les gens passeront et verront des tables vides et se demanderont pourquoi ils ne peuvent pas s'asseoir là, et c'est [parce que] nous n'avons pas de personnel.

Une citation de :Gord Gifford, directeur général, Brasserie Savoy

Pour inciter les gens à travailler dans son restaurant, M. Gifford a augmenté les salaires, mis en place des avantages sociaux et même offert des horaires à temps partiel aux employés qui souhaitent continuer à recevoir de l'aide gouvernementale.

Tout le monde essaie d'embaucher en même temps

Donna Chevrier fait face au même obstacle. Tout le monde essaie d'embaucher en même temps! C’est ça, le vrai problème, soutient la propriétaire et cheffe de l'Ola Cocina Taqueria, à Vanier.

Son restaurant était autrefois ouvert six jours par semaine, mais en raison d'un manque de personnel, il ne peut fonctionner que quatre jours par semaine.

Bien qu'elle n'ait pas instauré d'avantages sociaux comme Gord Gifford l'a fait, Donna Chevrier précise que les salaires offerts vont de 15 à 20 $ l'heure, selon l'expérience, en plus des pourboires.

Portrait de la femme devant l'entrée de son commerce.

Donna Chevrier, propriétaire du restaurant Ola Cocina Taqueria, à Vanier, dit qu'elle ne peut fonctionner que quatre jours par semaine en raison d'un manque de personnel.

Photo : Radio-Canada / Matthew Kupfer

Les restaurateurs invoquent tous la même raison pour expliquer pourquoi les employés ne veulent pas retourner au travail : le programme de soutien au revenu du gouvernement fédéral. La Prestation canadienne de la relance économique (PCRE) accorde 1000 $ aux deux semaines à ceux qui ne sont pas admissibles à l'assurance-emploi.

Avec tous les programmes gouvernementaux disponibles, presque tout le monde prend l'été de congé, alors nous avons des difficultés, soutient Bassel Khalil, copropriétaire du Napoli's Café, à Stittsville.

Les hôtels ont aussi des problèmes de recrutement

En hôtellerie, la lenteur de la reprise se fait encore sentir dans la région de la capitale nationale, de telle sorte que très peu d’emplois sont de nouveau offerts.

Le directeur général de l'Hôtel Marriott Ottawa et représentant de l’Association des hôtels d’Ottawa-Gatineau, Stéphane Pelletier, explique que la reprise se fait encore attendre, puisque les touristes sont peu nombreux.

L'homme est devant le comptoir de réception d'un hôtel.

Le directeur général du Marriott Ottawa, Stéphane Pelletier, aussi représentant de l’Association des hôtels d’Ottawa-Gatineau (archives)

Photo : Radio-Canada

Selon lui, tous les congrès à Ottawa ont été annulés pour 2021 et pour les trois premiers mois de 2022.

Dans la ville d’Ottawa, il y a un taux d’occupation de tous les hôtels combinés de 25 %. Normalement, au mois de juillet, l'industrie touristique hôtelière va avoir un taux d’occupation de 80 %.

Une citation de :Stéphane Pelletier, directeur général de l'Hôtel Marriott Ottawa et représentant de l’Association des hôtels d’Ottawa-Gatineau

Les hôteliers doivent donc ajuster leur main-d’œuvre, soulève-t-il. Quatre-vingts pour cent des emplois ont été perdus. Les hôtels fonctionnent présentement avec 10 à 20 % de la main-d'œuvre d’avant la pandémie.

Lorsque les touristes recommenceront à fréquenter les hôtels de la région, M. Pelletier croit que la main-d'œuvre sera disponible, grâce aux programmes offertes dans les institutions postsecondaires, tels le collège La Cité ou le Collège Algonquin.

Employés en quête de sécurité

Certains experts soulignent par ailleurs qu'il existe plus d’un facteur pouvant expliquer le resserrement du marché du travail au Canada.

Liam Daly, économiste au Conference Board du Canada, estime que les pénuries de main-d'œuvre ne sont pas nouvelles au pays, mais que la situation actuelle est exacerbée par la pandémie.

Certaines industries sont vraiment dans un cycle d'ouverture et de fermeture depuis plus de 12 mois et commencent seulement à voir la perspective d'une réouverture plus soutenue, précise-t-il.

Il semble probable que de nombreux travailleurs auraient choisi de se réorienter [vers] différents secteurs et d'essayer de chercher du travail dans des secteurs où l'emploi est un peu moins volatil.

Une citation de :Liam Daly, économiste au Conference Board du Canada

Le professeur au Département d’études urbaines et touristiques de l’UQAM Benoit Duguay est du même avis. La seule explication plausible, c’est qu’il y a eu des mises à pied importantes dans toute l’industrie touristique, explique-t-il. Devant ce phénomène [...] les gens se sont dit : "Je vais changer d’industrie, je vais aller dans une industrie considérée plus essentielle et s’il y a d'autres vagues, je ne serai pas pris dans un licenciement".

Selon le professeur Duguay, la fermeture de la frontière explique en grande partie le manque de touristes partout au pays.

Une affiche annonçant l'arrivée au contrôle frontalier du Canada à la frontière avec les États-Unis.

Le professeur Benoit Duguay croit que le gouvernement fédéral a raison de ne pas rouvrir les frontières trop rapidement, puisque les variants de la COVID-19 représentent un risque pour la santé publique.

Photo : Getty Images / Lars Hagberg

Il ne faut pas aller trop vite. Ce virus-là, on ne le connaît pas assez encore, surtout le variant Delta, fait valoir Benoit Duguay. On ne sait pas ce qui va se passer, on ne peut pas baisser notre garde. Je donne raison à M. Trudeau : on ne peut pas rouvrir tout de suite.

Ce n'est pas seulement l'industrie hôtelière qui a du mal à recruter de nouveaux employés, comme l'ajoute Liam Daly. Les enquêtes sur la population active montrent que les entreprises de vente au détail, de fabrication et de production de ressources sont également confrontées à des défis.

Bien que M. Daly ne pense pas qu'il y ait une réticence inhérente à travailler auprès de la clientèle, il estime que les employeurs des secteurs où les salaires sont bas pourraient continuer à être aux prises avec des problèmes de recrutement, ce qui pourrait les inciter à payer davantage leurs employés.

Avec les informations d’Antoine Trépanier et de Nicole Williams

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !