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Crise, pandémie, Internet : les détonateurs des manifestations à Cuba

Des policiers lourdement armés devant des manifestants tenant des bâtons.

Les policiers sont intervenus lors d'une manifestation contre le gouvernement du président Miguel Diaz-Canel dans la municipalité d'Arroyo Naranjo, à La Havane, lundi.

Photo : AFP / YAMIL LAGE

Agence France-Presse

Des manifestations historiques, d'une ampleur inédite depuis la révolution de 1959, ont secoué Cuba dimanche. Derrière cette mobilisation, qui a pris par surprise les autorités, il y a plusieurs facteurs, dont la crise économique, la pandémie et l'effet d'Internet.

Cuba était déjà en crise avant l'arrivée de la pandémie de coronavirus sur l'île, en mars 2020.

Deux raisons principales : le naufrage économique du Venezuela, son principal soutien, et le renforcement de l'embargo par Donald Trump (2017-2021), qui a appliqué 243 sanctions supplémentaires.

Suspension du service Western Union – le plus utilisé par les Cubains pour recevoir de l'argent de l'étranger –, interdiction aux navires de croisière américains de faire escale à l'île, application du titre 3 de la loi Helms-Burton qui a fait fuir nombre d'investisseurs et de banques : les habitants comme le gouvernement ont vite pâti de ces mesures.

Joe Biden n'a pour l'instant pas fait marche arrière sur cette politique.

À cela s'est ajouté l'effet de la pandémie, qui a privé le pays des précieuses devises du tourisme, l'une de ses principales sources de revenus.

L'économie cubaine, déjà handicapée par la lenteur des réformes et les lourdeurs administratives de son système socialiste, a vu son PIB chuter de 10,9 % en 2020, son pire recul depuis 1993.

Pour les Cubains, les files d'attente se sont considérablement allongées, alors que s'aggravaient les pénuries d'aliments et de médicaments.

Des milliers de personnes dans la rue pour une manifestation

Des milliers de personnes ont manifesté dimanche à San Antonio de los Baños.

Photo : AFP / Yamil Lage

Le gouvernement, en manque de devises, a ouvert plusieurs centaines de magasins en dollars américains, une monnaie que les habitants reçoivent de leurs familles à l'étranger ou doivent acheter sur le marché noir, les banques cubaines ne la délivrant pas.

Ses difficultés économiques et plusieurs pannes de centrales l'ont aussi poussé à couper l'électricité plusieurs heures par jour, de quoi irriter la population en plein été tropical.

Autre source de friction : la réforme d'unification monétaire entrée en vigueur le 1er janvier, qui s'est certes accompagnée d'une forte hausse des salaires, mais insuffisante face à l'inflation galopante, attendue entre 400 et 500 % cette année.

La pandémie fait plus de victimes

Pendant un an, Cuba a fait figure de bon élève en Amérique latine, affichant un faible taux de contagions et de décès. Mais ces derniers mois, les chiffres ont augmenté, et même de façon brusque depuis quelques semaines.

L'île compte désormais 244 914 cas, dont 1579 décès, pour 11,2 millions d'habitants.

La bonne nouvelle est que les scientifiques, forts d'une longue expérience en la matière, ont développé cinq candidats-vaccins, dont l'un a reçu le feu vert de l'autorité nationale de régulation des médicaments la semaine dernière.

Face à la hausse des cas, les autorités ont commencé dès mi-mai à vacciner, et déjà 1,7 million d'habitants sont immunisés.

L'arrivée d'Internet mobile fin 2018 a offert à la société civile, surtout les jeunes, une capacité de mobilisation qui a surpris le gouvernement.

Grâce aux réseaux sociaux, les Cubains se sont ainsi organisés pour apporter de l'aide aux sinistrés de la tornade qui a frappé La Havane en janvier 2019.

Internet a aussi permis à plusieurs centaines d'artistes de manifester pendant une dizaine d'heures face au ministère de la Culture, le 27 novembre 2020, pour exiger plus de liberté d'expression.

Les manifestations de dimanche ont ainsi été largement diffusées sur les réseaux sociaux, provoquant un effet de contagion à travers le pays... et poussant les autorités à couper l'accès à l'Internet mobile.

Quatre ans et demi après la mort de Fidel Castro et trois mois après le départ du pouvoir de son frère Raul, beaucoup de Cubains, principalement la jeune génération, veulent quelques changements.

Ils sont ainsi nombreux à réclamer au président et chef du Parti communiste (PCC, unique) Miguel Diaz-Canel un espace pour d'autres formes de pensée et un dialogue entre différentes opinions. Ce qui génère des tensions politiques avec les partisans révolutionnaires, déterminés à défendre à tout prix l'héritage de Fidel.

Au-delà de ces revendications politiques, les Cubains veulent aussi un meilleur quotidien et plus de libertés économiques pour créer des entreprises, dans ce pays où l'ouverture au secteur privé avance à petits pas.

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