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Langues officielles : des plaintes après la nomination de la gouverneure générale

Mary Simon s'adresse aux médias.

La nouvelle gouverneure générale du Canada, Mary Simon (archives)

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Le Commissariat aux langues officielles du Canada a reçu 59 plaintes portant sur la nomination de Mary Simon au poste de gouverneure générale, une semaine seulement après l'annonce.

À ce jour, nous avons reçu 59 plaintes portant sur la nomination de la nouvelle gouverneure générale. Nous analysons présentement la recevabilité de ces plaintes, a indiqué lundi le Commissariat aux langues officielles du Canada dans un échange de courriels.

Dans la journée de mardi, le Commissariat a précisé que lorsque nous déterminons la recevabilité des plaintes, nous devons tenir compte de plusieurs facteurs. Cette étape varie, en temps, d’une plainte à l’autre, mais aussi en fonction du volume de plaintes reçu. Les parties concernées seront informées si une enquête est ouverte ou pas, dans les meilleurs délais.

Nommée 30e gouverneure générale du Canada le 6 juillet, la première Autochtone à représenter la monarchie britannique en 154 ans d’histoire a suscité des réactions contrastées.

Si le parcours de Mme Simon – Inuk originaire de Kangiqsualujjuaq, au Nunavik – a été souligné, le fait que l’ancienne ambassadrice du Canada au Danemark parle l'inuktitut et l'anglais, mais pas le français, a créé un certain malaise chez plusieurs francophones du pays.

La Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada, ainsi que l’Alliance des femmes de la francophonie canadienne (AFFC), ont applaudi cette nomination, saluant une avancée incroyable sur le chemin de la réconciliation, selon la présidente de l’AFFC, Lily Crist.

Mais la FCFA a aussi timidement souligné ses craintes sur Twitter.

La FCFA tient à réaffirmer la nécessité que le gouvernement du Canada nomme des personnes capables de s’exprimer dans les deux langues officielles pour tous les postes d’importance nationale, a gazouillé l’organisme porte-parole des francophones en milieu minoritaire.

D'après Stéphanie Chouinard, politologue au Collège militaire royal du Canada, le gouvernement Trudeau a mis les organismes et les communautés francophones dans une position impossible.

Actuellement au Canada, évidemment personne ne veut être contre la réconciliation. Les communautés francophones en tant que minorité comprennent probablement plus que la majorité, au Canada, l’importance d’une plus grande reconnaissance des communautés et des langues autochtones au pays, souligne-t-elle. Mais ça ne veut pas dire pour autant que les luttes durement gagnées, comme celle de reconnaître la nécessité d’avoir des représentants du gouvernement canadien qui sont bilingues, disparaissent du jour au lendemain.

Les critiques formulées par certains quant à cette nomination n’ont pas toujours été bien perçues.

Pourtant, Mme Chouinard estime que le Canada n’aurait jamais accepté une gouverneure générale qui parlait l’anishinaabemowin et le français, mais pas l’anglais.

Des sénateurs partagés sur cette nomination

Le sénateur acadien René Cormier reconnaît que cette décision apporte certaines préoccupations.

Lui et sa collègue du Comité sénatorial permanent des langues officielles, la sénatrice franco-ontarienne Lucie Moncion, s’entendent pour dire que cette nomination est un geste extrêmement important.

Pour l’époque, pour le temps où on est, je pense que c’était important que Mme Simon soit choisie. Je pense que c’est un très bon choix, malgré le fait qu’elle ne parle pas le français.

Une citation de :Lucie Moncion, sénatrice

Alors que Mme Moncion estime que le fait que Mary Simon ne parle pas français soit regrettable, mais excusable – compte tenu des circonstances actuelles –, le sénateur Cormier lance une piqûre de rappel au fédéral.

Il faut donc rappeler au gouvernement, dont c’est la responsabilité, qu’il est possible de conjuguer les principes d’inclusion, de diversité et de dualité linguistique et qu’une nomination comme celle de Mme Simon, si c’est un pas extrêmement positif dans la démarche de réconciliation [...] il ne faut pas oublier que ces postes-là ont des dimensions symboliques extrêmement fortes, soutient-il.

Le sénateur René Cormier au micro à Moncton le 25 octobre 2018.

Le sénateur René Cormier, président du Comité sénatorial permanent des langues officielles (archives)

Photo : Radio-Canada

Même si Mme Simon s’est engagée à apprendre le français, la sénatrice Moncion se montre réaliste.

À 73 ans, c’est quand même assez difficile d’assimiler une troisième langue, et surtout le français qui est une langue difficile à apprendre, reconnaît-elle.

Selon Stéphanie Chouinard, des critiques doivent être dirigées vers le ministère des Affaires étrangères, où Mme Simon a œuvré pendant près de 20 ans.

Ça signifie qu’au ministère des Affaires étrangères, on considère que c’est acceptable que des représentants canadiens [...] ne parlent qu’une des deux langues officielles. Ce ministère a failli à sa tâche, avance-t-elle. Dans une carrière de près de deux décennies, un diplomate devrait nécessairement avoir acquis les connaissances dans les deux langues officielles.

Une décision gouvernementale difficile à comprendre

Ces derniers mois, le gouvernement de Justin Trudeau a insisté sur sa volonté de protéger et de promouvoir le français, notamment en proposant une refonte de la Loi sur les langues officielles.

Cette nomination, qui succède à celle de la lieutenante-gouverneure unilingue anglophone Brenda Murphy, au Nouveau-Brunswick, en 2019, vient brouiller les cartes, estime la professeure Chouinard.

Ça se comprend très mal dans la foulée de toutes les grandes annonces faites par le gouvernement fédéral, estime-t-elle. J’ai l’impression qu’il y avait un certain calcul de la part du gouvernement Trudeau qui avait besoin, cette fois-ci, d’avoir une candidate qui comprendrait très bien son rôle et qui ne ferait pas de vague.

La sénatrice Lucie Moncion est debout dans la Chambre du Sénat.

La sénatrice Lucie Moncion (archives)

Photo : Sénat du Canada

La sénatrice Moncion avance une autre hypothèse. Je pense qu’il a été difficile pour le premier ministre de trouver [une candidature], expose-t-elle. Probablement que les gens à qui il a demandé n’ont pas voulu avoir le poste, vu la situation et le travail actuel sur le dossier de la réconciliation.

Car, lorsque ces gens-là tombent dans des postes comme celui de gouverneur général, ils sont très limités dans les choses qu’ils peuvent faire. Donc, si ce sont des gens qui sont militants pour les affaires autochtones, le poste ne leur permet pas de faire ça, conclut-elle.

La cérémonie d’installation de Mme Simon comme gouverneure générale du Canada aura lieu le 26 juillet. L’installation marquera officiellement son entrée en fonction.

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