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Pandémie : Chantale Giguère aux commandes de la cellule de crise depuis 500 jours

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Chantale Giguère est aux commandes de la cellule de crise de la Ville de Québec en temps de pandémie (archives).

Photo : Radio-Canada / Guillaume Croteau-Langevin

La directrice générale adjointe de la Ville de Québec a déclaré la « situation d'exception potentielle » 18 jours avant que le gouvernement Legault annonce l'état d'urgence sanitaire, l'an dernier.

Le dimanche 23 février 2020, Chantale Giguère discute au téléphone avec la directrice du Bureau de la sécurité civile, Caroline Larouche. En tenant compte des critères établis dans le plan des mesures d'urgence de la Ville de Québec, elles constatent que le nouveau coronavirus, connu depuis quelques semaines seulement, pourrait forcer la direction de la Ville à déclarer une situation d'exception potentielle. Il s'agit d'une veille d'état d'urgence, une procédure exceptionnelle en temps de crise.

La directrice générale adjointe de la Ville de Québec accorde une entrevue 16 mois après le début de la pandémie.

La directrice générale adjointe de la Ville de Québec a accordé une entrevue 16 mois après le début de la pandémie.

Photo : Radio-Canada

On ne voyait pas pourquoi nous, ça ne nous atteindrait pas, explique-t-elle dans une rare entrevue accordée 16 mois après le début de la crise. Les semaines qui ont suivi ont servi à remettre au goût du jour le plan des mesures d'urgence. Cet exercice se fait tous les trois ans, mais plus souvent pour des situations plus prévisibles, comme les inondations.

Les événements de santé publique, il n'y en a eu peu à la Ville de Québec : la crise de la légionellose en 2012; le H1N1 en 2009...

On s'est imaginé si on perdait 50 % de nos employés, par exemple. Ou encore si tous ces employés-là s'adonnaient à travailler au même endroit; des policiers, des pompiers, des gens qui font la collecte des matières résiduelles, le déneigement... On fait quoi?

Je lui ai dit : je pense qu'on se dirige vers quelque chose de plus important. On n'a pas utilisé le mot "pandémie", mais on s'est dit : on se prépare-tu?

Une citation de :Chantale Giguère à sa collègue Caroline Larouche

Il est de sa responsabilité de le déclarer lorsqu'une situation d'exception est imminente. Le lendemain, elle prévient le maire et sa garde rapprochée. Peu de gens l'ont su. Je me disais que peut-être mon pire scénario était un peu exagéré, reconnaît-elle. Sa mise en garde est reçue avec un peu de scepticisme. Le travail a tout de même commencé pour bien préparer l'appareil municipal à toute éventualité.

Trois semaines plus tard, le gouvernement annonce l'état d'urgence. En l'espace de quelques jours, tout le Québec est confiné.

La Ville de Québec n'est plus en situation d'exception potentielle. Elle passe alors en situation d'exception avérée. Là, je ne me suis pas gênée pour [le faire savoir] partout dans la Ville, dit-elle, sourire aux lèvres.

La cellule de crise s'est réunie 114 jours consécutifs au début de la crise sanitaire.

La cellule de crise s'est réunie 114 jours consécutifs au début de la crise sanitaire.

Photo : Radio-Canada / Guillaume Croteau-Langevin

Durant 114 jours consécutifs, du 12 mars au 3 juillet 2020, le maire Labeaume, le directeur général de la Ville, les deux vice-présidents du comité exécutif, l'élu responsable de la sécurité civile, le directeur du cabinet, l'attaché politique et la directrice générale adjointe se réunissent à midi pour faire le point sur la pandémie. C'est la cellule de crise.

Ça allait vite, avoue celle qui a piloté, dans les premiers jours, la réorganisation des services, les fermetures des installations de sports et de loisirs, le télétravail et les mises à pied temporaires.

Réunion de la cellule de crise durant la pandémie.

Réunion de la cellule de crise durant la pandémie

Photo : Radio-Canada / Guillaume Croteau-Langevin

Comme plusieurs Québécois, ils ne ratent jamais le point de presse du premier ministre, François Legault, et du directeur national de santé publique, Horacio Arruda, tous les jours, à 13 h : On les écoutait bien comme il faut, on "débriefait" et on se demandait comment ce qui venait d'être annoncé allait avoir un impact sur la Ville et sur les citoyens.

Activités réconfortantes

En plus de superviser la Ville et ses employés, le maire veut en faire davantage pour les plus vulnérables. Tout est fermé à Québec, mais il faut prévoir des toilettes et des douches pour les itinérants.

La Ville offre de l'aide, de l'argent et des employés aux groupes communautaires, qui doivent composer avec moins d'effectifs; les personnes plus âgées doivent rester confinées, et avec des mesures sanitaires contraignantes.

Les Jardins de Noël allemands.

Les Jardins de Noël allemands en préparation

Photo : Radio-Canada / Guillaume Croteau-Langevin

Chantale Giguère doit aussi mettre en place des activités réconfortantes. Elle mobilise ses équipes qui reviennent avec 150 propositions. Je leur ai dit : ''Payez-vous la traite, pensez à quelque chose''.

Ainsi sont nés le bingo du maire, le Noël allemand modifié, des parcours déambulatoires et une foule d'activités interactives.

On s'est vraiment fait prendre; le maire les a toutes prises. Il aimait tout.

Fierté

Chantale Giguère est l'architecte du plan d'urgence à la Ville de Québec. Dans les dernières années, elle a obtenu une maîtrise à l'École nationale d'administration publique (ENAP). C'était son sujet d'étude.

Il y a 10 ans, j'étais toute seule à parler d'un plan d'urgence. Puis j'ai eu des alliés. Le maire Labeaume au premier chef, puis du côté des policiers. Aujourd'hui, quand je dis qu'on est en situation d'exception, tout le monde sait ce qu'il a à faire, affirme-t-elle avec beaucoup de fierté.

Conférence de presse à l'hôtel de ville de Québec pour parler des mesures d'urgence au pont Pierre-Laporte.

Conférence de presse à l'hôtel de ville de Québec pour parler des mesures d'urgence au pont Pierre-Laporte.

Photo : Radio-Canada / Guillaume Croteau-Langevin

Son plan vise à réduire le nombre d'intervenants dans la hiérarchie pour favoriser la communication au maximum. Elle doit parler directement aux bonnes personnes pour prendre les meilleures décisions. Si on veut faire face, il faut y aller rondement.

J'aurais trouvé cela difficile si on n'avait pas été structurés! C'est la troisième génération du plan. Quand on arrive en action, les gens ne se demandent pas ce que je fais; ils le savent.

Une citation de :Chantale Giguère, directrice générale adjointe de la Ville de Québec

Si ce modèle répond à merveille en temps de crise, Chantale Giguère est la première à reconnaître qu'il ne serait pas aussi efficace en temps normal. Ça ne fonctionnerait pas bien pour une organisation publique qui doit faire des consultations et des analyses pour rendre les décisions permanentes.

Chantale Giguère souligne au passage l'étroite collaboration des employés et des syndicats durant les derniers mois : On a des employés qui se dévouent beaucoup. C'est une grande fierté.

Retraite

La pandémie aura permis au grand public de découvrir la femme aux commandes de la cellule de crise de la Ville de Québec. Chantale Giguère fait partie des gestionnaires de haut niveau, mais elle préfère travailler dans l'ombre. Je me suis toujours vue comme une bonne deuxième, dit-elle humblement.

La situation sanitaire lui a donné une bonne marge de manœuvre. Elle travaillait encore plus étroitement avec Régis Labeaume. Le maire me dit que j'ai droit à l'erreur, indique-t-elle. Ça, ça donne confiance. Régis Labeaume n'a d'ailleurs jamais caché son appréciation pour elle. Il a souvent fait référence publiquement à leur duo comme du couple pandémique ou de Bonnie and Clyde.

Le maire de Québec et la directrice générale adjointe ont travaillé en étroite collaboration dans la dernière année.

Le maire de Québec et la directrice générale adjointe ont travaillé en étroite collaboration dans la dernière année.

Photo : Radio-Canada / Guillaume Croteau-Langevin

Les conférences de presse ne sont pas sa tasse de thé. Chantale Giguère ne cherche pas l'attention des médias.

Son mandat à la Ville de Québec achève. S'il n'en tenait qu'à elle, elle aurait pris sa retraite le 1er mai dernier. Je suis encore en négociation, dit-elle en s'esclaffant. Le maire le lui refuse gentiment depuis des mois. Il souhaite terminer cette aventure pandémique avec elle.

Chantale Giguère n'exclut pas une possible quatrième vague à l'automne, mais elle assure que la Ville peut désormais s'adapter facilement et rapidement aux changements. Elle ne se consacre dorénavant qu'à la crise sanitaire. Les rencontres de la cellule de crise n'ont lieu qu'une seule fois par semaine.

Son plan des mesures d'urgence était clair, précis et efficace, à son image. Malgré la lourdeur de la tâche, Chantale Giguère garde le sourire.

Elle promet de s'accorder un peu de repos une fois le travail terminé. Elle veut prendre soin de sa famille, qui lui a permis d'être entièrement vouée à sa mission depuis mars 2020.

Son mandat dure depuis près de 500 jours. Du jamais vu pour une situation d'exception.

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