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Métier : gardien de phare

Ralph Eldridge, 73 ans, est gardien de phare depuis 50 ans.

Ralph Eldridge photographie un phare plus loin dans la brume.

Au fil de sa carrière, Ralph Eldridge a développé une passion pour la photographie.

Photo : Maude Montembeault

Le métier de gardien de phare se fait de plus en plus rare. Dans les Maritimes, il n'en reste que quatre, tous basés au même endroit : sur l'île Machias, au Nouveau-Brunswick.

Le travail d’un gardien de phare est probablement l'un des métiers les moins bien compris, croit Ralph Eldridge. Pourtant, il est parmi les plus simples, selon lui, qui l’exerce depuis 50 ans.

L’emploi est romancé. Les vieux pirates avec des jambes de bois en haut du phare au beau milieu de la tempête, c'est tiré de Hollywood, dit-il, le sourire aux lèvres. Il est maintenant très rare que l’homme se rende dans le phare et, encore plus rare, en haut de celui-ci comme à l’époque où la lanterne fonctionnait avec une lampe à l’huile.

Ralph Eldridge devant un phare.

Ralph Eldridge est transporté par hélicoptère sur l'île Machias où il travaille pendant 28 jours. Son horaire prévoit ensuite 28 jours de congé.

Photo : Radio-Canada / Maude Montembeault

Ses tâches s'effectuent de la maison des hommes de phare, une petite résidence à côté du phare, et consistent principalement à s'assurer que le feu, la corne de brume et les équipements radio fonctionnent.

Ce qui occupe la majeure partie de son temps : la bureaucratie. Il passe plus de temps à remplir de la paperasse en une semaine qu’il le faisait en un an à une certaine époque, se rappelle-t-il.

Métier : gardien de phare

Gardien d’un refuge migratoire exceptionnel

L’apparition de nouvelles technologies à bord des bateaux explique notamment que le personnel a été réduit au fil des ans. Seulement dans la baie de Fundy, Ralph Eldridge comptait environ 70 gardiens pour une trentaine de phares lorsqu'il a commencé sa carrière, en 1971. Ils ne sont maintenant que quatre gardiens, tous situés sur l'île Machias.

L’île se trouve où la baie de Fundy devient le golfe du Maine. Il s’agit d’un refuge exceptionnel d'oiseaux migrateurs, surtout des alcidés. Parmi eux, les petits pingouins et les macareux. Un vrai bijou biologique, résume Garry Donaldson, biologiste et gestionnaire pour le Service canadien de la faune.

Un macareux posé sur une roche au centre de la photo.

Lors du passage de notre équipe à la fin de juin 2021, les macareux étaient moins nombreux que les petits pingouins sur l'île Machias.

Photo : Maude Montembeault

L’environnement est riche en planctons et poissons, ce qui en fait le meilleur endroit de la région afin que les oiseaux viennent y élever leurs petits chaque année. C’est aussi un lieu de recherche pour plusieurs scientifiques.

Le golfe du Maine est parmi les eaux qui se réchauffent le plus sur la planète en raison des changements climatiques, explique Garry Donaldson. Il est difficile pour les scientifiques de bien comprendre ce qui se passe sous l’eau. En observant les oiseaux, ils comprennent mieux ce qui se déroule dans le golfe.

L'homme marche dans un sentier près d'un plan d'eau, appareil photo à la main. Une cache pour observer les oiseaux est derrière lui.

Garry Donaldson, sur l'île Grand Manan. Comme gestionnaire, il a rarement la chance d'aller sur le terrain. Il profite donc de ses rares sorties pour photographier les espèces d'oiseaux qu'il rencontre.

Photo : Maude Montembeault

Les macareux ne sont pas seulement beaux à regarder avec leur air comique, explique Garry Donaldson. Ils sont des plongeurs de poursuite. Quand ils vont chercher leur nourriture, ils ne font pas que plonger et faire aller leurs pattes comme on croirait. En fait, c’est comme s’ils volaient sous l’eau parce qu’ils déploient aussi leurs ailes. Ainsi, les macareux peuvent atteindre jusqu’à 40 mètres de profondeur tandis que les petits pingouins vont jusqu’à 200 mètres.

Six petits pingouins sur une roche. La mer est en arrière-plan.

Petits pingouins sur l'île Machias, au Nouveau-Brunswick

Photo : Maude Montembeault

Et parce qu’ils peuvent se rendre plus loin sous l’eau, les scientifiques observent que les petits pingouins résistent mieux au réchauffement de l’eau.

Les oiseaux vont et viennent toute l'année, il est donc très important d'avoir des gardiens de phare pour suivre ce qui arrive aux oiseaux quand les étudiants de l'Université du Nouveau-Brunswick ne sont pas là.

Une citation de :Garry Donaldson, biologiste et gestionnaire, évaluation de la faune et aires protégées pour le Service canadien de la faune, région de l’Atlantique

C’est l’été, lors de la période de nidification, qu'un nombre limité de touristes peut les visiter sur l’île. L’observation doit absolument se faire d’une cache pour éviter de perturber les oiseaux.

Louise Duguay a réservé sa visite sur l'île Machias depuis plusieurs mois. C’était vraiment émouvant de les voir si proche, en dedans de, mon dieu, deux pieds, trois pieds. C’était vraiment spécial.


Sur le banc arrière d'un bateau, Claude Lepage enlace sa conjointe. Une chaloupe est attachée derrière eux.

Claude Lepage et Louise Duguay, en vacances sur l'île Grand Manan, ont décidé de se rendre sur l'île Machias pour observer les alcidés.

Photo : Maude Montembeault

Depuis la pandémie, la femme d’Edmundston a entrepris de photographier un oiseau différent par semaine. Les macareux et les petits pingouins seront ses 156e et 157e.

Gardien du territoire canadien

Ce qui rend l’île Machias particulière, selon le biologiste Garry Donaldson, c’est qu’elle est probablement une des seules zones protégées du monde couvertes par la législation de deux pays différents.

La souveraineté de l'île est une source de litige entre le Canada et les États-Unis. Le Canada s’est installé sur le minuscule territoire. Les États-Unis considèrent qu’il est situé à la même hauteur que leur pays. Mais ce sont surtout les eaux riches en homard qui font l’objet de tensions entre pêcheurs.

Malgré ce différend entre pays voisins, Louise Duguay savoure son plaisir. C’est très, très unique, honnêtement, de pouvoir vivre ça. C’est probablement une fois dans notre vie qu’on viendra.


Bateau ayant un drapeau américain naviguant avec des touristes à bord. En avant-plan, de petits pingouins se tiennent debout sur des roches.

Un bateau canadien et un bateau américain seulement ont l'autorisation de s'approcher de l'île Machias chaque jour.

Photo : Maude Montembeault

Tous les jours d'été, un bateau canadien et un bateau américain, avec à bord pas plus de 15 passagers, y accostent. Il est crucial que la limite de visiteurs soit respectée. Les gardiens de phare veillent donc à ce qu’il n’y ait pas d’abus.

Ce n'est pas un secret que le fait d'avoir du personnel sur l'île est une question politique, avoue Ralph Eldridge. Mais peu importe, il est témoin de spectacles que peu de gens ont la chance d'observer tous les jours. Des spectacles auxquels il a l'intention d'assister encore longtemps. Même après 50 ans de carrière, il veut qu'elle se poursuive encore plusieurs années.

Le gardien de phare pourra donc continuer de garnir son impressionnante galerie de photos, qu'il peut prendre lorsque ses tâches administratives sont accomplies.

Ralph Eldridge avec son appareil photo.

Après son séjour sur l'île, Ralph Eldridge rapporte des souvenirs à la maison.

Photo : Maude Montembeault

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