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COVID-19 : rien ne prouve qu’une 3e dose de vaccin soit nécessaire, disent des experts

Des femmes attendent pour se faire vacciner.

Une clinique de vaccination sans rendez-vous en Algérie, dans le district Bab el-Oued d'Alger. L'OMS privilégie la vaccination des pays pauvres avant l'administration d'une troisième dose de vaccin contre la COVID-19 aux habitants des pays riches.

Photo : afp via getty images / Ryad Kramdi

Radio-Canada

De nombreux experts considèrent qu’il n’existe pas pour le moment de preuves irréfutables qu’une troisième dose de vaccin contre la COVID-19 serait nécessaire.

C'est le cas notamment de la scientifique en chef de l'OMS, Soumya Swaminathan, qui insiste sur le fait que les données recueillies jusqu'à maintenant ne sont pas probantes à ce sujet.

Il faut se baser sur la science et les données, et non sur des entreprises déclarant que leurs vaccins doivent être administrés en dose de rappel.

Une citation de :Soumya Swaminathan, scientifique en chef de l'OMS

La semaine dernière, Pfizer a affirmé qu’après l’étude de nouvelles données, une troisième dose pourrait considérablement renforcer l'immunité des personnes déjà vaccinées et peut-être les aider à contrer les nouveaux variants. Pfizer doit d’ailleurs rencontrer de hauts responsables américains lundi pour discuter de sa demande d'autorisation d’une troisième dose de vaccin.

Mais en entrevue à l’émission Période de questions, à ICI RDI, Benoît Barbeau, spécialiste de la virologie, et la Dre Caroline Quach, infectiologue et membre du Comité consultatif national de l'immunisation (CCNI), qui fait des recommandations au gouvernement fédéral, ont donné le même avis que Mme Swaminathan.

M. Barbeau croit qu’il est un peu hâtif pour le moment de déjà penser à l’inoculation d’une troisième dose, sans même avoir pu analyser les nouvelles données dont fait état Pfizer, et soutient que celles-ci ne seront pas suffisantes pour prendre une décision. Je crois que plus de données sur le terrain seront nécessaires pour savoir si on devrait autoriser cette troisième dose, note-t-il.

La Dre Quach explique de son côté que c’est vraiment la surveillance dans les différents pays qui va pouvoir dire si oui ou non ce sera nécessaire et à quel moment.

Les deux experts considèrent que l’enjeu actuel, même au Canada, n’est pas l’administration d’une troisième dose de vaccin, mais plutôt de réussir à vacciner toute la population à travers le monde.

Si on ne vaccine pas suffisamment à l’extérieur du pays, les variants vont continuer à se développer. […] On n’a pas fait assez d’efforts pour fournir des doses vaccinales dans des pays qui ont moins la capacité de vacciner leurs gens. C’est vraiment à l’extérieur qu’on devrait mettre l’accent présentement, soutient Benoît Barbeau.

Si on donne des troisièmes doses dans les pays riches, c’est clair qu’on ne sera pas capables d’immuniser la planète, et que le seul moyen de venir à bout des variants préoccupants, c’est d’être capables de mettre cette immunité-là au niveau planétaire. Pour qu’il n’y ait pas de sous-groupes où il y a de la transmission soutenue et qui pourrait ensuite nous arriver avec un variant encore plus difficile à gérer, ajoute la Dre Quach.

Un manifestant tient une affiche sur laquelle on peut lire «We want a vaccine» («Nous voulons un vaccin»).

Une manifestation a eu lieu à Pretoria, en Afrique du Sud, le 30 juin dernier, pour exiger un meilleur accès au vaccin contre la COVID-19.

Photo : Reuters / SIPHIWE SIBEKO

Tous les deux soulignent que, même si Pfizer affirme qu’une troisième dose permet d’augmenter de façon importante les niveaux d’anticorps dans le sang, cela ne signifie pas pour autant que cette dose de rappel soit nécessaire, car les anticorps ne sont pas la seule composante de la réponse immunitaire, dit Benoît Barbeau.

Ce qui est très difficile à mesurer, c’est notre immunité cellulaire qui ne dépend pas des anticorps et qui est beaucoup plus malléable et beaucoup plus durable dans le temps. La difficulté ici est de savoir si on est toujours protégés malgré la disparition de nos anticorps, en raison de nos cellules mémoire, explique la Dre Quach.

Celle-ci se fait toutefois rassurante et affirme que, en tant que membre du CCNI, si on a un signal qu’une troisième dose est nécessaire, la recommandation sera faite et clairement dite.

Santé Canada indique pour sa part n’avoir pas encore reçu de demande de Pfizer pour l'approbation d'une injection de rappel et affirme que la durée de la protection conférée par une ou deux doses de vaccins COVID-19 est actuellement à l'étude.

L’agence fait savoir que les groupes de personnes dont le système immunitaire est compromis pourraient avoir besoin d’une troisième dose, et que cette dose pourrait aussi être nécessaire pour assurer une protection à long terme, en particulier avec l'émergence de variants préoccupants.

Les données émergentes à ce jour montrent une bonne immunité chez la plupart des personnes jusqu'à neuf mois après avoir reçu deux doses de vaccin.

Une citation de :Santé Canada

Le Canada devrait être amplement en mesure de fournir leur troisième dose de vaccin aux Canadiens, si cela se révélait indispensable. Le Canada a les vaccins et les livraisons de vaccins. Pour cette année et les autres années aussi, a assuré la ministre des Services publics et de l'Approvisionnement, Anita Anand, lundi.

Ottawa a conclu une entente avec Pfizer qui garantit la réception de 35 millions de doses du vaccin de la compagnie l’an prochain et de 30 millions de plus en 2023, avec des options pour obtenir 30 millions de doses de plus en 2022 et en 2023 et 60 millions en 2024.

Pays riches et pays pauvres

Faisant écho aux considérations des experts, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) demande aux pays dont le taux de vaccination contre la COVID-19 est déjà élevé de ne pas commander de vaccins de troisième dose pour le moment, afin de permettre aux pays plus pauvres de recevoir des doses de vaccin et de protéger ainsi leur population.

L'approvisionnement de vaccins contre la COVID-19 est extrêmement inégal et inéquitable. Certains pays et régions commandent actuellement des millions de doses de rappel, avant que d'autres pays aient reçu des stocks pour vacciner leurs travailleurs de la santé et les plus vulnérables, a déclaré lundi le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus.

Le variant Delta sévit dans le monde entier à un rythme effréné, entraînant un nouveau pic de cas et de décès liés à la COVID-19, a-t-il poursuivi, notant que le variant très contagieux détecté pour la première fois en Inde, a été trouvé dans plus de 104 pays.

Le patron de l’OMS blâme les fabricants de vaccins Pfizer et Moderna, lesquels, dit-il, commencent à encourager les pays riches à acheter des vaccins de troisième dose. Il estime que ces pays et les compagnies pharmaceutiques elles-mêmes devraient plutôt diriger leurs doses supplémentaires vers COVAX, le programme de partage de vaccins destiné principalement aux pays pauvres et à revenu moyen.

Pfizer et Moderna ont accepté de fournir de petites quantités de leurs vaccins à COVAX, mais la grande majorité de leurs doses ont été envoyées aux pays riches.

Une distribution déjà entamée

Israël, l’un des premiers pays à lancer une campagne de vaccination massive, a commencé lundi à administrer une troisième dose de vaccins contre la COVID-19 à des patients dotés d'un faible système immunitaire. La Turquie a aussi annoncé vouloir faire de même, d’abord pour le personnel soignant et les personnes âgées de plus de 50 ans.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

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