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Immobilier : il y a maintenant des guerres aux enchères pour la location, selon des experts

Le portrait d'un homme sur le balcon d'une maison

Afshin Livar affirme avoir eu beaucoup de difficulté à trouver une maison à louer.

Photo : Radio-Canada / James Dunne/CBC News

Radio-Canada

Si le prix de location d'un appartement dans certaines grandes villes a peut-être baissé pendant la pandémie, les prix de vente élevés sur le marché de l'habitation semblent avoir un effet d'entraînement sur les maisons unifamiliales à louer en Ontario.

La situation a donné lieu à des guerres d'enchères qui, selon certains experts, pourraient faire partie du paysage dans un avenir prévisible.

Je n'ai jamais vu cela auparavant , a déclaré Sue Heddle, une agente immobilière ayant près de 15 ans d'expérience dans les villes de Mississauga, Oakville et Burlington, dans la région du Grand Toronto.

Mme Heddle dit qu'elle voit régulièrement des locataires dépasser le prix de la location et offrir des mois de paiement d’avance. Un de ses clients a récemment loué une maison 700 $ de plus par mois que le prix affiché.

Chaque logement fait l'objet d'une surenchère, dit-elle.

Les agents immobiliers et d'autres experts affirment que la pénurie de logements locatifs est devenue particulièrement aiguë dans certaines régions de l'Ontario, qui, comme une grande partie du Canada, est confrontée à des problèmes d'accessibilité au logement.

Afshin Livar s'est lancé dans de multiples surenchères alors qu'il cherchait une maison à louer pour sa famille de cinq personnes le mois dernier à Richmond Hill, une banlieue au nord de Toronto.

Je me suis senti anéanti et désespéré, a déclaré M. Livar. Je continuais de renchérir et de renchérir, mais je [ne réussissais jamais à obtenir un logement]. Cela a donc rendu la situation extrêmement stressante.

Il n'existe pas de source de données complètes permettant de suivre les prix des maisons à louer, et encore moins de statistiques permettant de suivre les guerres d'enchères.

Mais Dana Senagama, économiste à la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL), affirme que les guerres d'enchères sur les maisons à louer sont un sous-produit de la hausse des prix des logements.

Traditionnellement, chaque fois que le marché de la propriété est en surchauffe, dit-elle, cela se reproduit presque immédiatement sur le marché de la location.

Il n'y a tout simplement pas assez de maisons à louer en ce moment : selon les données de la SCHL, un peu plus de 90 % des maisons unifamiliales au Canada sont occupées par leur propriétaire, ce qui laisse moins de 10 % d'entre elles vacantes ou susceptibles d'être louées.

Les données de la SCHL montrent également que le loyer moyen pour tous les types de logements dans les villes ontariennes d'Ottawa, de Toronto, de Hamilton, de London et de Windsor a augmenté de 4,7 à 8,4 % en 2020 – même si le nombre de logements vacants a augmenté dans presque toutes ces villes, Hamilton représentant l'exception.

L'Association canadienne de l'immeuble (ACI), qui exploite Realtor.ca, affirme qu'elle ne suit pas les données sur les maisons à louer parce qu'elles ne représentent qu'une petite partie de ses inscriptions.

Ralph Ciancio vend des maisons depuis plus de 10 ans à Markham et dans d'autres régions au nord-est de Toronto.

Dans le passé, dit-il, seules les maisons de location très attrayantes suscitaient des offres supérieures au prix affiché. Aujourd'hui, les guerres d'enchères sont monnaie courante, car les gens se battent pour les quelques inscriptions dans leur secteur de prédilection.

La guerre des enchères qui a lieu actuellement est le résultat d'une position de nécessité de la part des locataires , a-t-il déclaré.

Des agents et des locataires de la région d'Ottawa interrogés par CBC News ont également décrit une pénurie de logements locatifs. La situation se répète également dans les petites villes de l'Ontario.

Louer une maison est aussi stressant qu'en acheter une

M. Livar explique avoir déménagé de Hong Kong au Canada en 2019. La maison de cinq chambres à coucher de Richmond Hill où lui, sa femme et ses trois enfants vivaient – pour 3500 $ par mois – a récemment été vendue.

Il affirme avoir tenté de louer une maison dont le prix affiché était de 3800 $ par mois. Elle a finalement été louée à 4600 $ par mois.

Après qu'il eut consulté des dizaines d'annonces, changé d'agent immobilier et perdu huit guerres d'enchères où il proposait un loyer supérieur à celui indiqué, sa neuvième offre a été acceptée.

La nouvelle maison où sa famille et lui habitent est plus petite, plus vieille et, à 3900 $ par mois, elle coûte 400 $ de plus que ce qu'il payait auparavant. En plus d’offrir plus d’argent que le prix affiché, M. Livar a aussi accepté de verser quatre mois de loyer d'avance.

Candice Sheedy, une entrepreneure et mère célibataire de trois garçons, a également eu beaucoup de mal à trouver une maison à louer.

Elle payait 3000 $ par mois pour une maison de trois chambres à Oakville, en Ontario, mais s'est sentie obligée de partir après un différend avec son propriétaire.

Elle dit avoir tenté de louer 20 maisons et avoir perdu plus d'une douzaine de guerres d'enchères, même en offrant 400 $ de plus par mois et six mois d'avance sur le loyer. Elle dit avoir une bonne cote de crédit, des revenus stables et des économies.

Tout ça est insensé, a déclaré Mme Sheedy.

La situation a été extrêmement stressante, d'autant plus qu’on traversait une pandémie, dit-elle.

Mme Sheedy vient d'emménager dans une maison qu'elle a trouvée sur Kijiji sans qu'il y ait eu de surenchère, mais elle est plus petite, dans un quartier moins recherché, et coûte tout de même près de 500 $ de plus par mois que son ancien logis.

Murtaza Haider, qui enseigne la gestion immobilière à l'Université Ryerson de Toronto, estime que la pandémie a fait de l'espace une priorité dans l’esprit de bien des gens, ce qui a aggravé la crise de l'accessibilité au logement au Canada.

Pour beaucoup, dit-il, les mesures de santé publique liées à la COVID-19 ont fait d'une maison plus qu'un endroit où dormir et manger : nos maisons sont maintenant aussi nos bureaux, nos écoles, nos salles d’entraînement et nos églises.

Il voit dans les surenchères de locations le résultat de la pandémie qui a mis en évidence l'importance de l'espace supplémentaire que les maisons peuvent offrir tant aux propriétaires qu'aux locataires.

La valeur de la maison – sa valeur intrinsèque – a augmenté, a déclaré M. Haider.

Le portrait d'un homme.

Murtaza Haider affirme que la pandémie a changé la manière dont les gens perçoivent leur logement.

Photo : Radio-Canada / James Dunne/CBC News

De plus, la construction de maisons unifamiliales, jumelées et en rangée se fait lentement au pays, selon M. Haider. Il ajoute que ce sont les logements privilégiés par bien des familles.

Selon les statistiques de la SCHL, à Toronto, par exemple, 37,7 % des projets de construction résidentielle mis en chantier en 1990 étaient des maisons unifamiliales.

En 2020, celles-ci ne représentaient plus que 15,2 % des mises en chantier.

Au cours de la même période, les mises en chantier de condos et d'appartements sont passées de 51,3 % à 72,7 %.

Les agents immobiliers et les experts craignent que les loyers des maisons ne cessent d'augmenter dans un avenir prévisible, ce qui pourrait alimenter de nouvelles surenchères.

M. Senagama prédit que les maisons individuelles vont devenir des denrées très rares, et que le prix pour en acquérir une ne cessera d'augmenter.

M. Ciancio craint qu'avec la reprise de l'immigration après la pandémie, il y ait un pic énorme dans la demande d'achat et aussi [...] dans la demande de location, ce qui pourrait aggraver le problème.

M. Haider appréhende que la génération des milléniaux, qui auront des enfants au cours de la prochaine décennie, ne soit à l'origine d'une forte demande de maisons, car ces ceux-ci ne seront pas à la recherche d'appartements d'une chambre ou d'un studio.

Dans l'ensemble, M. Haider voit deux solutions à la crise du logement : le gouvernement doit créer plus d'options de logements abordables, y compris des maisons de plain-pied, et il pourrait aussi devoir subventionner les loyers.

Un loyer adapté au revenu est quelque chose dans lequel l'État et la société doivent investir pour avoir un endroit équitable où tous peuvent vivre.

Avec les informations de CBC News

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