•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Après la COVID, les RPA affrontent un autre défi : leurs assureurs

Les mains d'un homme âgé appuyées sur une canne.

Le Regroupement québécois des résidences pour aînés croit que les hausses imposées par les assureurs se feront tôt ou tard sentir sur le loyer payé par les aînés.

Photo : iStock

Après avoir affronté la COVID, composé avec le manque de personnel et surmonté les frais engendrés par une année et demie de pandémie, les RPA du Québec doivent maintenant faire face à des hausses « vertigineuses » de leurs primes d’assurance. Ces majorations, qui atteignent jusqu’à 900 %, dérangent jusqu’au sommet de l’État.

Manon Vallière, codirectrice des Résidences Kirouac, trouve la facture salée. En 2020, l’assurance habitation qui couvrait ses 96 unités situées en Basse-Ville de Québec, coûtait 15 000 $. Cette année, la prime a plus que doublé : 33 450 $.

J’ai tenté de changer mon assureur, mais il n’y a plus aucune entreprise qui veut assurer les RPA!

Une citation de :Manon Vallière, codirectrice, Les résidences Kirouac

Le fardeau financier des assurances pèse un peu plus lourd à Lévis aussi.

Amélie Lemieux, directrice du Manoir de l’arbre argenté, a réussi à limiter l’augmentation de son assurance habitation à 25 %.

La surprise est venue de la couverture qui protège les administrateurs et les dirigeants. Sa prime, qui avoisinait les 1000 $ en 2020, atteint maintenant presque 10 000 $.

Une augmentation de 1000 % en un an.

Ni Les résidences Kirouac ni le Manoir de l’arbre argenté n’ont fait de réclamation au cours de la dernière année, assurent les deux établissements.

Les résidences Kirouac ont vu leur prime d'assurance plus que doubler au cours de la dernière année.

Les résidences Kirouac ont vu leur prime d'assurance plus que doubler au cours de la dernière année.

Photo : Radio-Canada / Hadi Hassin

Un phénomène généralisé

Plusieurs établissements ont manifesté leur ahurissement à la Fédération régionale des OBNL d’habitation de Québec-Chaudière-Appalaches (FROHQC).

Plusieurs de nos résidences, surtout celles qui hébergent des aînés, ont connu des hausses vertigineuses, explique le directeur général André Castonguay. Le marché de l’assurance, ces temps-ci, est complètement fou.

Le Réseau québécois des OSBL d'habitation, dont la FROHQC fait partie, a réussi à limiter la hausse à 7 % pour les RPA à but non lucratif qu'elle représente. Il a néanmoins embauché un actuaire pour lui fournir des munitions face à sa compagnie d’assurance.

Ç’a quand même coûté 70 000 $, souligne André Castonguay. À un moment donné, c’est l’argent des gens qu’on dépense pour éviter ces hausses-là.

Aide d'urgence de Québec

Le gouvernement Legault annonçait, le 29 juin, un programme d’aide financière temporaire sur deux ans pour aider les petits milieux de vie et les RPA à but non lucratif à éponger la hausse des frais d’assurance.

Dans un courriel, le cabinet de la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, ne cache pas son agacement.

L’attitude des assureurs fragilise nos partenaires que sont les RPA, spécialement les plus petites.

Une citation de :Cabinet de la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais
Marguerite Blais en conférence de presse.

La ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

À peine annoncé, ce programme est déjà décrié. Les résidences de plus de 100 unités n’y sont pas admissibles, une exclusion que le Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA) digère mal.

Ce qu'on appelle les déductibles [les franchises, NDLR] sont passés, dans certains cas, de 25 000 à 500 000 $, explique le PDG du RQRA, Yves Desjardins. Alors, imaginez une résidence pour aînés qui fait face à un dégât d'eau et qui doit assumer les premiers 500 000 $ de dépenses. C'est certain que ça met en péril la survie des résidences pour aînés, peu importe la taille.

Yves Desjardins est président-directeur général du Regroupement québécois des résidences pour aînés.

Yves Desjardins est président-directeur général du Regroupement québécois des résidences pour aînés.

Photo : Radio-Canada

Le RQRA dénonce la hausse astronomique observée dans les primes d’assurance qui concernent la responsabilité des administrateurs de RPA.

Une immunité réclamée pour les bons gestionnaires

La pandémie a malmené les résidences pour personnes âgées, et les assureurs craignent de devoir débourser les frais d’éventuelles poursuites judiciaires, analyse Yves Desjardins.

Son regroupement demandait au gouvernement d’offrir une immunité judiciaire aux RPA ayant agi avec diligence pendant la COVID-19.

Comme ç’a été fait en Colombie-Britannique et en Ontario, souligne-t-il. Au Québec, on a fait la sourde oreille avec, comme résultat, que les compagnies d’assurance se sont retirées du marché.

Présentement, il y a des résidences qui n'ont pas d'assurance au point de vue de la responsabilité des administrateurs. Pourquoi? Parce que leur compagnie a décidé de ne pas renouveler et que les autres compagnies ne prennent pas de nouveaux assurés.

Une citation de :Yves Desjardins, PDG du Regroupement québécois des résidences pour aînés

À son avis, les résidences qui ont agi correctement écopent, en ce moment, en raison de la négligence de quelques-unes.

Le Manoir Liverpool a fait l'objet d'une enquête.

Le Manoir Liverpool a fait l'objet d'une enquête.

Photo : Radio-Canada / Guillaume Croteau-Langevin

Limiter les hausses de prix

La source du problème, selon plusieurs intervenants joints par Radio-Canada, est le manque d’encadrement des compagnies d’assurance. Celles-ci, contrairement à un propriétaire qui doit légalement limiter ses hausses de loyer, n’ont aucune balise à respecter.

Elles n’ont, également, aucune justification à donner à leur clientèle.

À un moment donné, il faut qu’il y ait une limite à la hausse qu’elles peuvent imposer aux résidences, croit Yves Desjardins.

Lorsqu’on voit beaucoup de réclamations, ça coûte plus cher aux assureurs et eux vont resserrer leurs conditions de souscription, explique Pierre Babinsky, directeur des communications et des affaires publiques pour le Bureau d’assurance du Canada, qui porte la voix de l’industrie dans le pays. On doit ajuster les primes à la hausse pour pouvoir payer ces futures réclamations.

On ne s'attendrait pas à ce que notre dépanneur du coin, quand il a fini de nous vendre nos produits, ait perdu de l'argent. Les assureurs, il y a plusieurs années où ils ont eu des pertes. Quand ils le peuvent, ils doivent tenter d'arriver et de générer des bénéfices. Ce sont les lois du marché.

Une citation de :Pierre Babinsky, directeur des communications et des affaires publiques pour le Bureau d’assurance du Canada

Il ajoute que les primes sont assujetties aux risques. Toutefois, même si la pandémie s’atténue et que la vaccination est très largement avancée dans les RPA du Québec, les hausses demeurent.

Avec l’inflation, avec le coût des matériaux et le coût de la main-d'œuvre, les chances qu’il y ait des réductions de prime sont moins bonnes, souligne Pierre Babinsky.

Manon Vallière, des Résidences Kirouac, voit un cul-de-sac se profiler à l’horizon.

Nous, nous sommes une RPA assez modeste, implantée en Basse-Ville de Québec, dans un quartier plus populaire, proche du milieu de vie de nos résidents. Nous avons des services à offrir, nous voulons bien les offrir et les offrir à un prix raisonnable. On veut vraiment. Mais à un moment donné, ce ne sera plus possible de le faire si les factures augmentent sans cesse.

Une citation de :Manon Vallière, codirectrice, Les résidences Kirouac

Rectificatif

Une précédente version de cet article affirmait que la FROHQC avait procédé à l'embauche d'un actuaire au coût de 70 000 $. C'est plutôt le Réseau québécois des OSBL d'habitation, dont la FROHQC fait partie, qui a déboursé ces frais pour l'ensemble de ses membres. Nos excuses.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !