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Après un voyage à l'étranger, des enfants privés de retour au Canada

De nombreux parents, résidents temporaires au Canada, s’inquiètent du sort de leurs enfants mineurs, qui n’obtiennent pas l’autorisation de revenir au pays.

La famille dans sa voiture.

Actuellement en voyage au Mexique en famille, Aylin Akbulut, qui travaille à Montréal depuis plusieurs années, n'a pas obtenu l'autorisation du gouvernement fédéral pour ramener sa fille au Canada, à l'issue de son séjour.

Photo : Gracieuseté : Aylin Akbulut

Revoir un grand-parent ou profiter, enfin, de quelques semaines l’esprit tranquille, en famille. Ce rêve, qui semblait impossible avec cette pandémie, devient réalité pour des milliers d’immigrants, installés au Canada, privés de leurs proches en raison de la fermeture des frontières.

Mais c’était sans compter sur une mesure administrative, méconnue par de nombreux parents, qui travaillent au pays. La tranquillité, tant espérée, a finalement fait place à de l’angoisse et du stress.

Fin juin, les deux jeunes enfants de Justine Ganseman, qui vit et travaille à Montréal depuis plusieurs années, ont pris l’avion pour rejoindre leurs grands-parents en France. Ils ne les ont pas vus depuis longtemps, et [les grands-parents] vieillissent, raconte cette résidente temporaire. Elle ne se doutait pas qu’un tel séjour familial allait causer moult problèmes.

Par hasard, sur des forums, elle apprend que ses enfants doivent obtenir une exemption des restrictions de voyage pour rentrer au Canada. En effet, les enfants des résidents temporaires qui ne sont pas nés au Canada sont considérés officiellement comme des visiteurs, même s’ils sont scolarisés au pays.

Or, la demande de Justine Ganseman a été refusée par le ministère fédéral de l’Immigration (IRCC). La raison? Ce retour au Canada, pour les enfants, est de nature facultative ou discrétionnaire. Les restrictions de voyage s’appliquent à tous les voyages à des fins facultatives ou discrétionnaires, comme pour le tourisme, le divertissement ou les loisirs, écrit IRCC, dans sa lettre de refus.

C’est un peu la panique. On habite ici, on a une vie normale au Canada, mais nos enfants pourraient ne pas avoir le droit de revenir avec nous.

Une citation de :Justine Ganseman

C'est un fouillis, reprend la mère de famille. J'ai pourtant envoyé tous les documents qui prouvent que mes enfants vivent ici. Ils ne peuvent quand même pas ne pas nous rendre nos enfants.

Des parents désespérés

Justine Ganseman est loin d’être la seule à vivre une telle mésaventure. Radio-Canada a obtenu, ces derniers jours, des dizaines de témoignages de parents vivant la même situation.

Comme tant d’autres, Aylin Akbulut, son conjoint et leur fille de six ans voulaient profiter des récents allégements de quarantaine prévus pour les personnes doublement vaccinées.

Résidents temporaires en attente de leur résidence permanente, ils viennent de partir deux semaines au Mexique. On s’est renseignés sur tout, on a tout prévu pour les tests, pour la quarantaine de notre fille au retour. Et on vient de découvrir qu’il lui fallait une autorisation pour revenir, raconte Aylin Akbulut.

Or, cette autorisation a été refusée par Ottawa.

On sait que la frontière est fermée aux touristes, mais on parle de notre fille. Elle ne va pas partir visiter le Québec avec son sac à dos. C’est fou!

Une citation de :Aylin Akbulut

Déjà en France, Sandra attend quant à elle la décision d’IRCC. Avec ses deux enfants, cette infirmière, doublement vaccinée, pensait pouvoir souffler et revoir sa famille en toute quiétude.

Comme tous les expatriés, on a été privés de notre famille et on est partis pour la revoir. On a pris nos dispositions, mais on ne s'attendait pas à ça. C’est la petite surprise qui donne un goût amer aux vacances et amène un stress supplémentaire, soutient-elle.

Autorisation écrite obligatoire, répond Ottawa

Pourquoi IRCC refuse-t-il ces demandes d’exemption de restrictions de voyage, visant des enfants mineurs de résidents temporaires? Le ministère fédéral a refusé de commenter un cas particulier.

Dans une réponse, floue, Ottawa souligne que les membres de la famille immédiate, comme les enfants à charge de résidents temporaires, pourraient être admissibles à venir au Canada, à condition qu’ils viennent à des fins essentielles ou non discrétionnaires.

Pour être exemptés, [les enfants] doivent également obtenir une autorisation écrite d’IRCC s’ils viennent d’un pays autre que les États-Unis.

Une citation de :Sonia Lesage, porte-parole Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada

Cette procédure, indique le ministère de l’Immigration, peut prendre 14 jours ouvrables.

Aux yeux de l’avocat en immigration Maxime Lapointe, c’est aberrant.

Déjà contacté par plusieurs familles immigrantes, cet expert déplore les faiblesses du gouvernement fédéral. On n’a pas pensé aux enfants et à la réalité de ces familles, regrette-t-il.

Va-t-on vraiment demander à des parents de revenir au Canada sans leurs enfants? C’est un nœud juridique qui doit se régler rapidement.

Une citation de :Maxime Lapointe, avocat en immigration

Avec l’été qui débute et le départ de milliers de résidents allant retrouver leurs proches, ces situations devraient se multiplier, craint l'organisme Le Québec c'est nous aussi.

Le gouvernement considère-t-il les résidents temporaires comme des résidents de seconde zone?, s'interroge le porte-parole de ce mouvement, Thibault Camara, qui a reçu de nombreuses questions de parents sous le choc.

C'est déplorable et alarmant. Des gens pensaient enfin voir leur famille, et ça rajoute une couche de stress.

Une citation de :Thibault Camara, porte-parole de l'organisme Québec c'est nous aussi

[Ces familles], affirme-t-il, ont été encore plus affectées par la pandémie, avec l'éloignement des proches. Maintenant, elles sont bloquées, et ça a un impact psychologique important.

Une quarantaine au retour pour les enfants

Une autre mesure dérange également de nombreux parents, qu’ils soient canadiens, résidents permanents ou travailleurs temporaires.

Même s’ils ne peuvent pas être vaccinés – la vaccination est autorisée pour les jeunes d’au moins 12 ans –, les enfants doivent passer 14 jours à la maison, à leur retour de voyage. Ils n’ont, en revanche, pas besoin d’aller à l’hôtel, comme c’est encore le cas pour les personnes qui ne sont pas doublement vaccinées.

Les parents, quant à eux, sont exemptés de ces mesures s’ils ont obtenu deux doses d’un vaccin approuvé par Santé Canada.

Cette situation, vue comme une discrimination par l’Association internationale du transport aérien (IATA), n’est pas près de changer, affirme le gouvernement Trudeau.

Les personnes qui ne sont pas en mesure de recevoir le vaccin, pour des raisons d'éligibilité ou d'autres raisons médicales, peuvent toujours être infectées par la COVID-19 et, par conséquent, présentent toujours un risque de transmission du virus et de ses variants à d'autres personnes.

Une citation de :Anne Génier, porte-parole de Santé Canada

Nous voulons éviter une situation où une famille revient d'un voyage international avec les parents entièrement vaccinés, mais où les enfants (de moins de 12 ans) ne sont pas vaccinés et, par exemple, retournent à la garderie ou au camp d'été, explique Anne Génier, porte-parole de Santé Canada.

Ottawa pourrait cependant réajuster le tir lorsque le Canada aura atteint les niveaux de vaccination visés et que la situation épidémiologique nationale continuera de s'améliorer et de se stabiliser.

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