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Virage proximité au Village

Des piétons dans une rue piétonne.

La portion de la rue Sainte-Catherine située dans le Village est fermée à la circulation automobile pendant l'été.

Photo : Radio-Canada

Marie-Claude Morin

Le Village, à Montréal, cherche à se transformer. Le quartier souhaite accueillir de plus en plus de commerces de proximité, pour répondre aux besoins des résidents, tout en demeurant une destination touristique pour la communauté LGBTQ+ canadienne et internationale.

L'absence de touristes depuis le début de la pandémie fait mal au Village, qui a retiré le mot gai de son nom récemment. À la boutique de vêtements et accessoires Armada, les visiteurs de l'extérieur du Québec représentent normalement 30 % des ventes.

On a changé un peu nos produits pour avoir plus de linge de tous les jours et de sport, dit Francis Gaudreault, le propriétaire. Ça se vend un peu mieux sans les touristes, les soirées et les festivals. Mais on attend que les touristes reviennent!

En fait, le quartier était en déclin avant même le confinement, reconnaît Gabrielle Rondy, directrice générale adjointe de la Société de développement commercial (SDC) Village Montréal. C'est sûr que les dernières années ont été difficiles, dit-elle. La canopée de boules de Claude Cormier avait amené une énergie nouvelle dans le Village, mais les dernières années, on sentait que les touristes étaient un peu moins au rendez-vous.

L'organisme avait déjà commencé à s'interroger sur l'avenir de son territoire, centré autour de la rue Sainte-Catherine (de Berri à Cartier) et de la rue Atataken (de René-Lévesque à Robin). La pandémie a accéléré le virage vers le commerce de proximité.

On veut continuer d'être une destination pour les communautés 2SLGBTQ+, mais aussi se rapprocher des gens qui vivent ici, résume Gabrielle Rondy.

Répondre aux besoins de la population

Au cours des prochaines années, plus de 15 000 personnes s'installeront aux abords du Village. Les développements immobiliers sont nombreux, de l'ancienne maison de Radio-Canada à l'emplacement de Molson, en passant par les terrains autour du pont Jacques-Cartier. Cette future clientèle s'ajoute à une population déjà en manque de services et de commerces de proximité.

Devanture d'une banque

Il y a un potentiel énorme ici, s'exclame Mathieu Ménard, qui a ouvert l'Aperitivo Village, une épicerie fine italienne sur la rue Atataken en février. Propriétaire du Bar Minéral, juste à côté, le trentenaire passait tous les jours devant le local laissé vacant depuis deux ans. À l'ouverture de l'épicerie, raconte-t-il, des passants entraient pour le remercier de louer l'espace et d'en faire un projet intéressant.

« Les gens sont au rendez-vous. Ils ont envie d'avoir cette vie de quartier qu'on peut leur offrir. »

— Une citation de  Mathieu Ménard, commerçant du Village

D'autres commerces se sont installés, comme l'épicerie Ton quartier, le restaurant africain 30 juin et bientôt la boutique spécialisée en bière de microbrasserie Tite-Frette.

L'association de commerçants souhaite attirer une variété de commerces, comme un café-rencontre pour femmes, un fleuriste, une librairie, un réparateur de vélos et un espace de travail partagé.

C'est sûr qu'il y a un travail à faire avec nos partenaires, notamment la Ville de Montréal, parce que les loyers sont dispendieux, dit Gabrielle Rondy, de la SDC Village Montréal. Elle verrait bien des locaux incubateurs pour les nouveaux commerçants qui ont les reins un peu moins solides.

Même les piliers du Village, comme le propriétaire du bar Aigle noir, ouvert depuis bientôt 30 ans, croient que le quartier n'a pas le choix de se diversifier.

« Maintenant, on peut aller à Saint-Sauveur et se prendre par la main. La clientèle gaie peut consommer à l'extérieur, elle est moins captive du Village. Il s'est créé un vacuum, il n'y a pas eu de remplacement par une clientèle hétérosexuelle ou une clientèle plus diversifiée. »

— Une citation de  Jocelyn Roy, propriétaire du bar Aigle noir

Les touristes toujours dans la mire

Le virage vers les besoins des résidents n'empêche pas le Village d'avoir encore de grandes ambitions touristiques. Le Village de Montréal se trouve parmi les 10 destinations pour la diversité sexuelle et de genre au monde, et on aimerait ça faire le top 3, résume Gabrielle Rondy.

Des commerces, rue Sainte-Catherine.

La rue Sainte-Catherine était en déclin, même avant la pandémie.

Photo : Radio-Canada

Le concept artistique qui remplacera les boules colorées suspendues sera d'ailleurs présenté cet été. Après un faux départ avec une autre firme, le mandat a été confié à ADHOC Architectes, un cabinet de Montréal. Il faudra toutefois attendre l'automne 2022 pour que l'aménagement soit complètement installé.

Pour ramener un peu de vie dans le quartier dès cet été, de l'animation de rue est prévue du 8 juillet au 5 septembre, du jeudi au dimanche. Près de 800 artistes participeront à la programmation, avec des spectacles extérieurs de drag queens, de danse et de cirque.

Des problèmes liés à l'itinérance

Le principal défi du quartier, selon l'entrepreneur Mathieu Ménard, est la sécurité. Ces dernières années, plusieurs services aux personnes itinérantes ont été regroupés dans ce secteur de la métropole. Des sans-abris aux prises avec des problèmes de consommation ou de santé mentale sont nombreux à traîner dans les rues ou dans les entrées des commerces.

Une femme et un agent d'accueil.

La Société de développement commercial Village Montréal a embauché des « agents d'accueil » pour désamorcer certaines situations problématiques.

Photo : Radio-Canada

Il faut trouver des solutions, mais ces solutions-là passent essentiellement par la Ville. Parce que les commerçants n'investiront pas dans un lieu qui n'est pas sécuritaire, fait valoir Mathieu Ménard, qui est aussi vice-président de la SDC Village Montréal.

La SDC a embauché des agents d'accueil, dans le cadre d'un projet pilote financé par l'arrondissement Ville-Marie, pour désamorcer les situations problématiques à court terme. En équipe de deux, ces civils circulent dans le secteur et contactent les ressources appropriées au besoin.

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