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« Ici, ce ne sont pas les jobs qui manquent »

La pénurie de main-d'œuvre frappe encore une fois cette année les régions touristiques du Québec, populaires en ces temps de pandémie mondiale.

Pierre-André Nadeau devant l’Hôtel-Motel Castel de la mer.

Depuis 1996, Pierre-André Nadeau dirige l’Hôtel-Motel Castel de la mer à La Malbaie dans la MRC de Charlevoix-Est. Le taux d’emploi de la région s’établissait à 49,7 % contre 59,5 % pour l’ensemble du Québec en 2016, selon Statistique Canada.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Dion

Dans le décor à couper le souffle de Charlevoix, l’une des destinations touristiques les plus prisées du Québec, le manque de travailleurs désenchante parfois.

Selon les dernières données disponibles de Statistique Canada, le secteur des services d'hébergement et de la restauration atteignait à la fin de 2020 le taux de postes vacants le plus élevé du Québec, à 6,6 %.

Ça me fait peur, reconnaît le propriétaire de l’Hôtel-Motel Castel de la mer, à La Malbaie. J'aurais pu prendre de l’expansion. On avait des projets. C’est la crainte qu'on a, le manque de main-d'œuvre.

Avant la pandémie, son hôtel fonctionnait avec une vingtaine d'employés pendant la saison estivale. Il en compte maintenant une quinzaine, soit l'effectif minimum. Heureusement pour lui, les mesures sanitaires forcent une réduction des services aux chambres.

Au quotidien, c'est un stress. Si quelqu'un tombe malade ou démissionne, comment on va procéder?

Une citation de :Pierre-André Nadeau, propriétaire, Hôtel-Motel Castel de la mer de La Malbaie

Castel de la mer, bonjour! Malheureusement, nous sommes complets pour ce week-end. Charlie, le préposé à la réception, doit répéter cette phrase plusieurs fois par jour aux clients à la recherche d’un endroit pour poser leurs valises le temps d’une ou de quelques nuits.

D’ici la mi-août, il reste très peu de chambres disponibles. On s'est fait dévaliser, dit Pierre-André Nadeau. Même les agents du gouvernement qui viennent souvent ici pour travailler dans la région ne parviennent plus à réserver des chambres.

Un coup de pouce de l'immigration

Sa situation serait beaucoup plus complexe s'il n'avait pas été en contact avec une main-d'œuvre immigrante qui, autrefois, n'était pas dans ses plans.

On a été chanceux, ça nous est tombé du ciel, s’exclame M. Nadeau.

Un couple d'immigrants récents est venu frapper à sa porte l'été dernier. Il s’agit de Tae, d’origine japonaise, et de Charlie, un Français biologiste de formation. Ils sont tous deux en attente de leur résidence permanente.

C'est génial, c'est trop beau et, ici, ce ne sont pas les jobs qui manquent, souligne Charlie.

L'expérience s'avère jusqu'ici concluante de part et d'autre. Tae et Charlie espèrent pouvoir s'établir à long terme à La Malbaie et y faire grandir leur fillette.

Mais certains n'ont pu s'empêcher de sourciller quand le premier ministre a déclaré en mai souhaiter des immigrants ayant une rémunération de plus de 56 000 $ par année. C’est de créer de la richesse, de s'assurer que les Québécois gagnent de meilleurs salaires, avait précisé François Legault.

Sur le coup, ça m'a sincèrement choqué, se souvient Pierre-André Nadeau. On n'a pas les moyens d'offrir ça ici.

Pour retenir ses travailleurs – qui peuvent gagner plus de 30 000 $ annuellement –, il dit avoir augmenté leur salaire de 2 $ de l'heure pour l'été.

Ça reste que le client veut payer le moins cher possible. On essaie d'offrir des prix raisonnables et de donner les meilleurs salaires dans notre domaine.

Une citation de :Pierre-André Nadeau, propriétaire, Hôtel-Motel Castel de la mer de La Malbaie

Je les ferai peut-être un jour, affirme Charlie, mais d'arriver et de faire 56 000 $ directement en arrivant, ça va concerner peu de gens. Déjà, il faut faire les équivalences de diplômes!

Des besoins presque partout

La préfète de la MRC de Charlevoix-Est, Odile Comeau, évoque des besoins dans presque tous les secteurs. C'est sûr que l'immigration devient inévitable dans certains domaines et ils seront [les] bienvenus.

Il y a des emplois à couvrir dans une panoplie plus grande que seulement des emplois à 56 000 $. Ça, c'est certain.

Une citation de :Odile Comeau, préfète de la MRC, Charlevoix-Est
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Odile Comeau est préfète de la MRC de Charlevoix-Est. Le revenu d’emploi annuel médian de la MRC atteignait 38 704 $ en 2019 contre près de 45 000 $ pour tout le Québec, selon l’Institut de la statistique du Québec. On y comptait alors 5506 travailleurs.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Dion

En plus du secteur de l'hébergement et de la restauration, celui des soins de santé a lui aussi des besoins criants. À la fin de 2020, ce secteur affichait d’ailleurs le plus grand nombre total de postes vacants au Québec : plus de 25 000.

L’un des plus importants employeurs de la région de Charlevoix, Produits forestiers Résolu, peine à pourvoir ses postes quand ils sont disponibles. On n’en a plus de CV qui rentrent, du tout, du tout, soutient la directrice des ressources humaines de l’usine de Clermont, Mélanie Simard. Et pourtant, le salaire d’un manœuvre à l’entrée peut dépasser les 55 000 $ par année.

Cette situation ouvre néanmoins des possibilités. Auparavant, dans un couple, quand un des deux trouvait un emploi, l'autre conjoint n’en trouvait pas, explique Odile Comeau. Maintenant, il y a tellement d'offres. Ça aide!

Mais en attendant, l'accès aux services est parfois difficile. Les propriétaires Éric et Julie Tremblay du Resto-Pub Belles et Bum ont dû faire le choix de fermer les dimanches et lundis cette année, faute de personnel.

Évidemment, les travailleurs étrangers vont devenir une option, mais il faut prendre l'hiver pour être capable de les avoir au printemps, avance M. Tremblay. Sa conjointe ajoute cependant qu’avec tous les avantages sociaux créés par le gouvernement fédéral [prestations de soutien du revenu], on sent qu'il y a une main-d'œuvre qui pourrait prêter main-forte et qui préfère attendre l'argent.

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Julie Tremblay est copropriétaire du Resto-Pub Belles et Bum à La Malbaie.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Dion

Au Fairmont Le Manoir Richelieu, la directrice aux ventes et marketing, Caroline Ouellette, indique avoir dû faire affaire avec des agences pour obtenir de la main-d'œuvre et offrir des primes aux employés qui réfèrent des amis, par exemple. On a aussi été capable d’aller chercher de la main-d'œuvre à l’extérieur du pays, non sans difficultés, souligne-t-elle en référence aux démarches administratives laborieuses et aux contraintes sanitaires.

Pas qu’on ne veut pas de Québécois, ils n’appliquent pas sur ces postes.

Une citation de :Caroline Ouellette, directrice aux ventes et marketing, Fairmont Le Manoir Richelieu

Les postes de préposés aux chambres ou en cuisine sont des emplois peu recherchés. Tous services confondus, le Fairmont aurait besoin de 10 % de travailleurs supplémentaires à La Malbaie.

À court de renforts, les employeurs de la région doivent se faire créatifs, mais l'immigration leur semble de plus en plus incontournable.

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