•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Vivre à l’hôtel en attendant de se trouver un chez-soi

une peluche sur un lit dans un hotel.

Des ménages de Sherbrooke vivent temporairement à l'hôtel en attendant de trouver un logement.

Photo : Radio-Canada / ANDRÉ VUILLEMIN

En cette belle journée de juillet, des enfants s’amusent dans la salle commune d’un motel de Sherbrooke où ils sont logés avec leurs parents. Ils dessinent, font de la peinture, de la pâte à modeler. Ils ont le sourire. C’est comme être en vacances... mais pas tout à fait! Derrière cette impression, se cache une situation anxiogène pour leurs parents qui ont été obligés, il y a quelques semaines, d’entreposer leurs biens et d’être hébergés temporairement faute d’avoir pu trouver un logement décent au 1er juillet.

Thomas est l’une de ces personnes parrainées par la Ville depuis le 29 juin. Il a accepté de raconter son histoire, mais parce qu’il a peur des jugements, il a demandé que son identité soit préservée.

Il vit avec sa conjointe et les deux filles de cette dernière dans un condotel payé par la ville jusqu’à la mi-juillet. Malgré tout, il se considère chanceux dans les circonstances d’avoir tout ce qu’il faut pour vivre un semblant de vie normale. L’espace est même suffisant pour accueillir les deux jeunes enfants de Thomas qui sont avec lui du jeudi au dimanche, une semaine sur deux.

un homme entre dans une chambre de motel.

Thomas vit temporairement avec sa famille dans un motel de Sherbrooke, le temps de trouver un logement.

Photo : Radio-Canada / ANDRÉ VUILLEMIN

Un déménagement de dernière minute

C’est à la dernière minute que le couple a dû faire ses boîtes et quitter son logement précipitamment sous l’ordre d’un huissier. Thomas raconte qu’il avait une entente verbale avec son propriétaire pour le paiement des arrérages accumulés pendant la pandémie. L’accord serait tombé, pour une raison qu’il ne s’explique pas.

Je ne sais pas ce qui est arrivé, mais le 25 [juin], l'huissier a cogné à la porte et nous a donné cinq jours pour partir.

Une citation de :Thomas

C'est la première fois que Thomas se retrouve dans une telle situation, affirme-t-il. Sa conjointe et lui étaient préposés aux bénéficiaires sur appel pour une agence de placement, mais leurs opportunités de travail se sont, un jour, évaporées, les laissant sans revenu. Avec la pandémie, on ne pouvait plus travailler d’un centre à l’autre. Les heures ont chuté d’un coup. On s’est retrouvé [avec rien].

L'homme de 30 ans raconte avoir tenté, depuis, de trouver un travail, mais ses démarches sont demeurées infructueuses. Il a aussi, dans les derniers mois, suivi un cours de commis au service à la clientèle grâce à la Prestation canadienne de la relance économique, mais n’a pas réussi à obtenir de stage. Même si son attestation n’est pas complétée, il souhaite se trouver un emploi dans ce domaine. Il attend des retours.

C’est un stress. On ne sait pas combien de temps on pourra rester ici. Il faut trouver un loyer assez grand, un 5 ½. On veut quelque chose de stable et de propre.

Une citation de :Thomas
une peinture d'enfant sur une table.

Une halte-garderie est offerte aux enfants les après-midis pour permettre aux parents de poursuivre leurs démarches pour trouver un logement.

Photo : Radio-Canada / ANDRÉ VUILLEMIN

Compétition avec 40 autres familles

Ils sont encore une quarantaine de ménages comme Thomas engagés dans ce contre-la-montre. Les sans-logis hébergés temporairement forment une sorte de communauté qui partage une même réalité. Les enfants se sont liés d’amitié et jouent ensemble. Les adultes font connaissance et y trouvent un certain réconfort. Ça enlève un poids sur les épaules de savoir qu’on n’est pas tout seul dans cette situation-là, se console-t-il.

Toutes ces personnes sans domicile sont, en même temps, inscrites dans une sorte de compétition pour mettre la main sur les rares logements disponibles avec un taux d'inoccupation estimé à 1,3 %. Il y a vraiment une pénurie de loyers à Sherbrooke. Ils sont chers aussi. Il y a plein de nouvelles constructions, mais à 1200 $ par mois, c’est quasiment le prix d’une maison, déplore Thomas.

deux femmes de l'organisme communautaire Projet APPART devant un motel.

Samantha Asselin-Watson et Marie-Eve Dugré de l'organisme communautaire Projet APPART offrent leur soutien aux familles dans leurs recherches de logement.

Photo : Radio-Canada / ANDRÉ VUILLEMIN

L'Association des locataires de Sherbrooke est sur place pour offrir un soutien constant. Des ordinateurs portables sont mis à leur disposition dans la salle commune l’avant-midi pour permettre aux familles de chercher un logement. Des intervenantes sociales, comme Samantha et Marie-Eve de l’organisme Projet APPART, offrent du coaching pour les aider dans leurs démarches.

Être armé de bons arguments

Il faut être armé de bons arguments pour convaincre un propriétaire de louer son logement quand on a une mauvaise cote de crédit, comme Thomas. Samantha Asselin-Watson et Marie-Eve Dugré sont là justement pour donner des trucs et astuces.

Rendu là, ce qu’on veut obtenir, ce sont des visites, explique Samantha. C’est plus facile de raccrocher au téléphone, de fermer ses oreilles et de ne pas écouter l’humain derrière. En face à face, c’est plus difficile de dire: je ne te louerai pas mon appartement.

Thomas, pour sa part, fonde beaucoup d’espoir sur une demande formulée à l’Office municipal d’habitation pour obtenir une subvention au logement. Cela permettrait de garantir une partie importante du paiement de son futur logement. Toutefois les demandes sont très nombreuses. Au total, 800 ménages locataires attendent une réponse, selon Alain Roy porte-parole de l'Association des locataires de Sherbrooke qui déplore par la même occasion que le coût du logement à Sherbrooke a augmenté de 12 % au cours de la dernière année.

Sans jugement

En attendant, Thomas se réjouit d’avoir toute cette aide de la Ville et des organismes communautaires. Ils ne nous jugent pas. Ils comprennent la situation dans laquelle on se trouve. Ils nous donnent de bons conseils et nous encouragent à ne pas lâcher. Ils sont comme des anges.

Une porte entrouverte.

« Peu importe la situation, personne ne devrait être contraint d’être dans la rue », s'indigne Samatha Asselin-Watson du projet APPART.

Photo : Radio-Canada / André Vuillemin

Peu importe la situation, personne ne devrait être contraint d’être dans la rue, s’indigne l’intervenante Samantha Asselin-Watson. Ce n’est pas un endroit où se trouver, encore moins pour des enfants. Moi, ça touche. Avec le taux d’inoccupation à Sherbrooke, je sais que les familles ne seront pas toutes placées au 15 juillet, souligne-t-elle. C’est difficile de voir ça, ajoute sa collègue, Marie-Eve. On ne souhaite ça à personne.

Thomas demeure positif tout de même et estime que cette expérience lui permettra, à lui et à sa famille, de repartir sur de nouvelles bases.

On n’arrête pas nos recherches. Il faut travailler pour trouver. On ne peut pas toujours vivre comme ça dans une chambre d’hôtel.

Une citation de :Thomas

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !