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Un premier pas vers la création de cellules de crise en violence conjugale à Montréal

Alors qu'une telle cellule de crise existe depuis 25 ans à Laval, Montréal en est toujours privée à ce jour.

Une jeune femme se prend la tête  dans la pénombre.

La Ville de Montréal veut se doter d'une cellule de crise en matière de violence conjugale, à l'instar de celle que possède Laval, notamment.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La Ville de Montréal, Centraide du grand Montréal et la Fondation du Grand Montréal accordent 150 000 $ à un projet pilote destiné à créer, dans la métropole, des cellules de crises en violence conjugale. La Ville espère que cette initiative incitera Québec à financer le projet à long terme.

En mai dernier, le gouvernement du Québec a annoncé l'injection de 9,1 millions de dollars pour créer – en priorité à Montréal – des cellules d'intervention rapide auprès des femmes violentées.

Présentes dans plus d'une demi-douzaine de régions, ces cellules regroupent divers intervenants prêts à agir rapidement en situation de crise conjugale.

Il est plus que temps que quelque chose comme ça se mette en place à Montréal, affirme Monica Dunn, coordonnatrice à la Table de concertation en violence conjugale de Montréal (TCVCM).

Intitulé Expérimentation et déploiement de cellules de crise en prévention des homicides en contexte conjugal à Montréal, le projet sera mis en œuvre par la TCVCM.

« L'objectif est de renforcer la sécurité des personnes victimes de violence conjugale et de leurs enfants, en plus de prévenir les situations à haut risque de dangerosité ou d’homicides. »

— Une citation de  Extrait du communiqué publié par le cabinet de la mairesse de Montréal, Valérie Plante

Ces cellules de crise prendront en compte les besoins de toutes les femmes, précise par communiqué le cabinet de la mairesse Plante, notamment les plus marginalisées, telles que les femmes migrantes, à statut précaire, en situation d'itinérance ou de pauvreté et les femmes en situation de handicap, racisées et autochtones.

L'une des priorités consiste à créer des mécanismes de collaboration entre tous ceux qui s'emploient à dénouer ce problème complexe, décrit Monica Dunn. Le tout afin d'éviter les trous de services, ces failles qui ouvrent la porte à des situations dangereuses, voire fatales.

Ce sont ces cas qu'on échappe, dit-elle.

Au Canada, 160 femmes sont mortes des suites d'un acte violent en 2020, ce qui correspond à une femme tuée tous les deux jours et demi.

À la mi-mars, cette année, le Québec avait enregistré six meurtres liés à la violence conjugale, et ce, en un peu plus d'un mois. Du jamais vu, avait affirmé Claudine Thibaudeau, de SOS Violence conjugale.

À la mi-juin, le corps inanimé d'une femme a été retrouvé à Limoilou; il pourrait s'agir du treizième féminicide à être déploré cette année dans la province.

Une affiche avec le slogan « À l'heure actuelle, la 14e est encore en vie. Agissons. »

Des membres de La Table de concertation du mouvement des femmes de la Mauricie manifestent pour éviter à tout prix qu'un 14e féminicide s'ajoute au triste bilan du Québec.

Photo : Radio-Canada / Marie-Ève Trudel

En matière de violence conjugale, une cellule de crise sert à coordonner, à séquencer les interventions de manière à ce que tous sachent ce que les uns et les autres font. Histoire de ne pas se piler sur les pieds, comme l'expliquait en mars dernier sur ICI Première Martin Métivier, directeur de la Division urgence sociale à la Ville de Laval et coordonnateur de la cellule de crise AGIR.

Considéré comme un modèle dans le genre, AGIR a été créé en 1998 à l'instigation du Service de police de Laval (SPL). Ses membres interviennent dans les cas de violence conjugale très grave, qui comportent des menaces de mort.

Ce que créera Montréal pourrait être inspiré du modèle lavallois, car la Ville poursuit le même objectif : sauver des vies, dit Monica Dunn.

Montréal, une grosse machine

Mais le projet montréalais devra être taillé sur mesure pour la métropole.

Certes, Laval et Montréal sont similaires au plan démographique. Des quatre millions d'habitants qui peuplent Montréal, 23,4 % sont des immigrants. À Laval (troisième ville en importance au Québec), 28,5 % des 423 000 habitants sont des immigrants.

Toutefois, à Montréal, la coordination s'annonce plus complexe.

Par exemple, la ville possède cinq Centres intégrés universitaires de santé et services sociaux (CIUSSS) contre un seul à Laval, 31 postes de police de quartier contre six à Laval, etc.

Il faut réfléchir pour que la structure soit efficace, insiste Monica Dunn. Et, parmi ceux qui travaillent actuellement à lutter contre la violence conjugale, tous ne seront pas forcément impliqués dans l'entente de collaboration. À elle seule, la TCVCM compte soixante partenaires, dit sa coordonnatrice.

Avec sa visée plus large, la Table elle-même ne peut être une cellule de crise, précise Mme Dunn.

La TCVCM étudiera comment créer ces cellules de crise. Puis, quelques cellules seront instaurées à l'essai. Enfin, dans trois ans, si tout va comme prévu, l'ensemble du territoire montréalais sera desservi.

Le financement tripartite est un premier coup de pouce qui couvrira les deux premières phases, affirme Gonzalo Nunez, relationniste à la Ville de Montréal.

« Ainsi nous espérons que notre soutien immédiat pour un projet pilote aura un effet levier pour assurer un financement provincial pour la continuité du projet. »

— Une citation de  Gonzalo Nunez, relationniste à la Ville de Montréal

En aucun temps [cette somme] ne permettra la pérennisation du projet, affirme pour sa part Monica Dunn. Il s'agit [...] d'un pas qu'on salue.

Sauf que, dans l'ensemble du Québec, le gouvernement investit trop peu d'argent pour couvrir l'ensemble des besoins, ajoute-t-elle.

Des miettes pour l'aide aux victimes

Des manifestantes dans les bureaux de Geneviève Guilbault.

En juin 2021, dans les bureaux de la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, des manifestantes ont dénoncé les actions insuffisantes, à leur avis, pour contrer les féminicides.

Photo : Gracieuseté du Regroupement des groupes de femmes de la Capitale-Nationale

En mars dernier, à la suite de la publication du budget du gouvernement de François Legault, des intervenants en matière de violence conjugale avaient qualifié de miettes les fonds consacrés aux maisons d'aide et d'hébergement.

Qu’est-ce que vous faites avec ça? s'était interrogée Manon Monastesse, présidente de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes; des maisons qui refusent des milliers de femmes chaque année, faute de places.

En avril, la ministre de la Sécurité publique et vice-première ministre du Québec, Geneviève Guilbault, avait annoncé un plan quinquennal de près de 223 millions de dollars pour contrer la violence conjugale et les féminicides. Depuis son accession au pouvoir, rappelle Mme Guilbault, la Coalition avenir Québec (CAQ) a consacré plus de 425 millions de dollars à ce secteur.

Savoir de quoi on parle

Si la concertation demeure le parent pauvre en matière de violence conjugale, ce n'est pas parce que les groupes impliqués refusent de se parler, tient à préciser Monica Dunn. L'explication tient plutôt au manque de ressources et au peu de disponibilité dont disposent les ressources en présence.

Ces ressources forment tout un éventail. De la police au réseau de la santé en passant par les maisons d'hébergement, les groupes d'aide aux victimes, les groupes de thérapie pour hommes violents, les centres de femmes, les centres de crise, sans oublier la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), la Cour municipale...

Pour qu'il n'y ait pas de trous dans ce filet de sécurité déployé autour des victimes, il faut que tous ces acteurs clés aient la même définition, la même compréhension de ce qu'est la violence conjugale, insiste Monica Dunn. Je ne veux lancer de pierres à personne, mais certains ont une vision trop généraliste pour bien reconnaître et dépister la violence conjugale.

De la formation est nécessaire, selon elle. C'est là un autre objectif lié à cette cellule de crise encore embryonnaire, et qui sera typiquement montréalaise.

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