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La lutte pour le pouvoir en Haïti s'enclenche

Des Haïtiens marchent devant une murale qui dépeint l'ancien président Jovenel Moïse.

Une lutte pour le pouvoir se dessine en Haïti entre le premier ministre nommé, Ariel Henry, et le premier ministre sortant, Claude Joseph.

Photo : Reuters

Radio-Canada

Au lendemain de l'assassinat du président haïtien Jovenel Moïse, Ariel Henry, celui qu'il avait nommé premier ministre mais qui n'était pas encore entré en fonction, conteste la légitimité du premier ministre sortant Claude Joseph.

Alors que la traque des assassins se poursuit, M. Joseph semble vouloir remplir le vide laissé par la mort du dirigeant. Flanqué des têtes dirigeantes des forces de l'ordre, c'est lui qui s'est adressé mercredi à la population haïtienne pour tenter de la rassurer.

Mais il devait normalement quitter son poste, qu'il occupe par intérim depuis avril dernier. Son successeur, le docteur Ariel Henry, a été nommé par Jovenel Moïse deux jours avant que ce dernier ne tombe sous les balles de ses assaillants.

En entrevue avec le quotidien haïtien Le Nouvelliste, Ariel Henry a affiché sa détermination à faire valoir son droit à diriger le pays.

Selon moi, [Claude Joseph] n'est plus premier ministre.

Une citation de :Ariel Henry, premier ministre d'Haïti nommé par Jovenel Moïse

Je suis un premier ministre nommé, Claude a été un premier ministre intérimaire qui a repris ses positions de ministre des Affaires étrangères. Je pense qu’il faut qu’on se parle. Claude était censé rester dans le gouvernement que moi j’allais avoir. Il a ajouté que, selon lui, M. Joseph fait désormais partie de son gouvernement.

Un gouvernement démissionnaire est un gouvernement démissionnaire, à ma connaissance. Ce n’est pas un gouvernement de plein exercice, a-t-il fait valoir. S’il n’y avait pas la nécessité d’avoir un autre gouvernement, je pense que le président Jovenel Moïse n’aurait pas été me rechercher ni faire les consultations. Il ne faut pas croire que le climat est devenu brusquement un climat apaisé.

La Constitution haïtienne, modifiée en 2012, prévoit qu'en cas de vacance de la présidence, la direction du pays serait assurée par le premier ministre en fonction.

C'est d'ailleurs l'argument mis en avant par l'émissaire de l'ONU dans ce pays, Helen La Lime.

Claude Joseph dirigera Haïti jusqu'à la tenue d'élections parlementaires et présidentielles, prévues à l'automne, a-t-elle dit au cours d'une entrevue virtuelle avec divers médias, à l'issue d'une rencontre du Conseil de sécurité de l'ONU.

Le premier ministre sortant l'a assurée de son intention de respecter le plan électoral, qui prévoit la tenue d'un premier tour de scrutin le 26 septembre et un second tour, en novembre, a dit Mme La Lime.

Il y a certainement des tensions. Il y a certainement des gens qui ont des interprétations différentes sur cette question, a-t-elle déclaré, appelant les parties au dialogue.

Les parties doivent mettre de côté leurs divergences et tracer une voie commune pour aller de l'avant et surmonter ce moment difficile de manière pacifique, a ajouté la responsable onusienne.

Nommé le 5 juillet, Ariel Henry n'a pas eu le temps de former son gouvernement avant les événements du 7 juillet. J’étais en train de choisir les membres de mon Cabinet, on était même très avancé, a soutenu le premier ministre nommé.

Il faut que je continue, mais dans le contexte actuel, je pense qu’il y a une opportunité de dialogue pour arriver à un accord qui nous permettra d’aller dans un meilleur climat aux élections et d’avoir un gouvernement aussi qui pourrait créer ce climat.

M. Henry a notamment critiqué l'imposition de l'état de siège déclarée par le premier ministre sortant, jugeant la décision un peu précipité[e].

Claude Joseph n'a pas donné d'indications quant à une éventuelle passation du pouvoir. Ariel Henry affirme toutefois que les deux hommes sont en contact constant.

Pendant la journée, le premier ministre sortant a dit avoir ordonné la réouverture de l'aéroport international de Port-au-Prince et a appelé à la réouverture des entreprises.

L'aéroport, de même que les magasins, les banques, les stations-service ainsi que les transports en commun de la capitale sont fermés depuis la veille.

Le secrétariat général de la primature a en outre demandé aux employés de l'administration publique de reprendre le travail dès vendredi, a indiqué en entrevue à ICI RDI Jean Daniel Sénat, journaliste au Nouvelliste et à la radio Magik9.

Le journaliste a en outre fait état d'une reprise timide des activités liées au commerce informel.

Mercredi, Claude Joseph a déclaré l'état de siège pour 15 jours dans le pays qui est en deuil national. Cette mesure spéciale permet entre autres aux autorités de procéder à des perquisitions sans mandat ainsi que d'instaurer des mesures de sûreté spéciales.

La situation dans les rues est relativement calme. Il n'y a pas pour l'instant de conflit entre partisans et opposants de l'ancien président de 53 ans, qui était particulièrement impopulaire dans les derniers moments de son règne.

La République dominicaine, pays voisin d'Haïti, a par ailleurs annoncé mercredi la fermeture de sa frontière.

Des policiers, des scientifiques et des membres de l'armée cherchent des indices.

Des membres du corps policier en Haïti étaient à la recherche d'indices près de la résidence présidentielle le 7 juillet 2021.

Photo : AFP / VALERIE BAERISWYL

Séance d'urgence du Conseil de sécurité

À la demande des États-Unis et du Mexique, le Conseil de sécurité de l'ONU a tenu jeudi matin une séance d'urgence à huis clos.

Dans un communiqué de presse, les membres du Conseil ont enjoint à tous les acteurs politiques en Haïti [de] s'abstenir de tout acte de violence et de toute incitation à la violence et de rester calmes, faire preuve de retenue et éviter tout acte qui pourrait contribuer à accroître l'instabilité. Ils ont également exprimé leur soutien indéfectible au dialogue.

Selon Mme La Lime, les discussions ont essentiellement tourné autour de la requête des autorités haïtiennes d'obtenir une assistance sécuritaire supplémentaire. Haïti doit spécifier exactement ce qu'elle recherche, a-t-elle cependant déclaré.

Une mission de maintien de la paix de l'ONU, censée rétablir l'ordre après qu'une rébellion eut renversé le président Jean-Bertrand Aristide en 2004, s'est terminée en 2019, alors que le pays était toujours en plein désarroi.

Le meurtre de Jovenel Moïse a créé une onde de choc sur la scène internationale. Depuis mercredi, les dirigeants de plusieurs pays ont dénoncé le crime.

Mercredi, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a condamné le meurtre du président et offert à la population haïtienne toute l'aide dont elle pourrait avoir besoin.

Sur Twitter, l'ambassade du Canada en Haïti invite les ressortissants canadiens à suivre les directives des autorités. Elle les prévient également que celles-ci pourraient imposer un couvre-feu sans préavis.

Avec les informations de Le Nouvelliste, Agence France-Presse, et Reuters

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