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Catastrophe ferroviaire : élucider un déraillement 100 ans plus tard

Un homme tient une longue tige de fer en bordure du chemin de fer.

Claude Bouchard ne rêve que d'une chose : retrouver la locomotive.

Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot

On raconte qu'entre Fauquier-Strickland et Moonbeam, dans le Nord-Est de l'Ontario, si on plante une longue tige de fer dans le sol, le bruit du métal d’une locomotive résonnera.

Si elle existe vraiment, le Canton de Moonbeam veut retrouver cette locomotive, la déterrer et l'exposer pour les célébrations de son centenaire, en 2022.

Elle se dirigeait vers chez nous et a servi à bâtir le chemin de fer qui a colonisé notre village, raconte d’entrée de jeu la mairesse de Moonbeam, Nicole Lévesque.

En mars dernier, Claude Bouchard a ravivé la légende du train disparu sur Facebook. Qui sait quelque chose à ce sujet? demandait-il.

Un homme sur une locomotive dans la boue.

En janvier 2020, une opération semblable à celle dont rêve Claude Bouchard s'est produite en Nouvelle-Zélande.

Photo : Avec la permission de Lumsden Heritage Trust

Les réactions et les pistes de réflexion l’ont amené à croire dur comme fer qu’il y avait bel et bien une locomotive engloutie dans un marécage.

Les résidents de Fauquier-Strickland, comme Yvon Grzela, ont grandi avec la légende du train qui aurait déraillé en 1912.

Le soir après l’ouvrage, les ouvriers l’ont laissé au bout de la track. Dans la nuit, il a eu de la bonne pluie, des orages, un glissement de terrain et le train a roulé en bas. Le lendemain, ils ont voulu essayer de l’arrêter de descendre, mais ils n’avaient pas l’équipement. Deux jours plus tard, le train était presque égal aux vitres dans la boue. Ça a pris cinq jours et le train était enseveli, raconte M. Grzela, qui a entendu l’histoire de la bouche de ses parents, arrivés en 1909.

Portrait d'Yvon Grzelade devant ses sculptures.

Yvon Grzela est reconnu comme une véritable encyclopédie de son village natal.

Photo : Radio-Canada

La mairesse de Fauquier-Strickland, Madeleine Tremblay, appuie la théorie avancée par M. Grzela. Son grand-père Euglebert Grzela - l’oncle d’Yvon - est mort d’une crise du cœur après avoir essayé de rattraper ses vaches dans un sol boueux de la terre rurale.

Mon grand-père venait d'acheter des vaches enregistrées. Il était très fier et il les a mis[es] dans un potager un peu plus loin sur la terre. Le lendemain, les vaches étaient calées dans un genre de sable mouvant.

Les recherches de M. Bouchard l'incitent à croire que ce serait possiblement l’une des premières locomotives du Canadien National et qu'elle devrait être surprenamment bien conservée, comme elle est engloutie, protégée contre l’oxydation.

Après avoir consulté de nombreux journaux de l’époque, Radio-Canada n’a pu trouver de preuve écrite ni de lieu précis du déraillement.

Une photo d'époque en noir et blanc d'un train. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Cette photo serait la seule qui permettrait de prouver que la date du déraillement concorde avec l'histoire que nous a racontée M. Grzela.

Photo : Avec la pemission de la bibliothèque de Fauquier-Strickland

Ce qui arrive dans les recherches que j’ai faites c’est que s’il n’y a pas de mortalité dans les accidents, ça ne fait pas les journaux, indique M. Bouchard, qui pilote le projet de recherche en partenariat avec le comité du 100e anniversaire de Moonbeam.

La seule raison pour laquelle on nous a approchés pour ce projet, c'est que ça prend des sous pour réaliser un projet d’une telle envergure, ajoute la mairesse de Moonbeam, Nicole Lévesque.

Un projet d’un million de dollars

M. Bouchard estime que le coût de l’excavation et du retrait du sol de la locomotive ainsi que la mise en place d’un endroit pour l'exposer pourrait atteindre entre 750 000 $ et 1 millions $.

Mais avant, on doit la trouver pour faire l’appel d’offres, dit-il.

M. Bouchard a d'ailleurs remis des tiges de métal aux deux mairesses afin de leur permettre de participer aux recherches. Ces tiges, insérées dans le sol, servent à identifier la présence de métal.

Je me sens comme un prospecteur qui s’en va chercher de l’or!

Une citation de :Nicole Lévesque, mairesse de Moonbeam

Ce serait comme gagner à la lotto si j’entendais le petit "ping", renchérit son homologue de Fauquier, Mme Tremblay. Je peux comprendre ceux qui font de l’archéologie, ajoute-t-elle.

Trois personnes sondent le sol d'un marécage avec de longues tiges de métal.

Les trois membres du groupe pour retrouver la locomotive cherchent dans un marécage, à quelques pas de la voie ferrée actuelle.

Photo : Jimmy Chabot

Sous un chaud soleil le lundi 28 juin, Claude Bouchard et ses deux comparses piquent, à la sueur de leur front, le sol avec leur tige métallique pour retrouver la locomotive.

C’est difficile à sonder, je pensais que c’était pour être plus facile, explique M. Bouchard tout en tentant difficilement de sortir sa tige du sol.

Puis, à un autre endroit, il découvre un vestige du passé : une vieille flèche qui pointe vers le bas, comme si on y avait marqué la présence de quelque chose sous terre.

J’ai eu un battement de cœur, il y a du potentiel ici.

Une citation de :Claude Bouchard, instigateur des recherches
Un homme tient une tige de métal près d'une vieille enseigne rouillée.

Ce vestige du passé donne espoir à Claude Bouchard.

Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot

Le périmètre de 100 mètres dans lequel l'équipe concentre ses recherches paraît difficile à couvrir à trois.

Claude a fait bien des recherches et apparemment qu'il [le train] serait là. Il aurait aimé inviter la population à assister aujourd’hui, mais la santé publique nous permettait seulement d’être 10.

Une citation de :Nicole Lévesque, mairesse du Canton de Moonbeam

M. Bouchard ne jettera pas l’éponge de sitôt, après une première journée de recherche qui s’est avérée infructueuse.

Dans le dernier recours, il y a une manière dispendieuse de le retrouver : avec un hélicoptère. Une solution qui pourrait coûter 60 000 $, mais c’est quoi 60 000 $ pour initier un projet qui va nous rassembler et qui va attirer le tourisme dans la région? suggère M. Bouchard.

La locomotive retrouvée?

Depuis la journée de recherche infructueuse, Claude Bouchard a fait appel à Yvon Grzela. Celui-ci se dit certain d'avoir trouvé la locomotive. Ça mesure à peu près 30 pieds de long et 8 pieds de large... ça ne pourrait être rien d'autre.

En attendant une fouille plus approfondie, M. Grzela ne dévoilera pas l'emplacement potentiel de la locomotive, afin de s'assurer de ne pas être devancé par d'autres personnes à la recherche du précieux artéfact historique.

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