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La Défense nationale veut mieux comprendre les sites contaminés de North Bay

Une étude de la zone souterraine des sites concernés a lieu du 6 juillet au 11 août.

Excursion géologique nord-côtière faite dans le cadre d'un cours de Technologie minérale au cégep de Sept-Îles.

Lors d'un levé géophysique, une méthodologie sismique est utilisée pour cartographier la zone entre la surface et le roc. (Archives)

Photo : Bocar Diagana

Le ministère de la Défense nationale (MDN) fera une étude de la structure géologique de sites contaminés par des substances perfluoroalkyles (SPFA) dans la région de North Bay afin de mieux comprendre comment celles-ci se déplacent sous terre.

Les travaux auront lieu à la 22e Escadre North Bay, à l’aéroport Jack-Garland, sur le long de tronçons du chemin Airport, sur la promenade Carmichael, le chemin Lees, la promenade Tower, le chemin Trout Lake et le chemin Northmount.

Carte de Google Earth, avec relief satellite.

Les travaux auront lieu dans la zone contaminée environnant la base militaire de North Bay.

Photo : Canadian Environmental Law Association

La présence de SPFA sur ces sites a été dévoilée en 2016. À certains endroits, le niveau de contamination était beaucoup plus élevé que la limite recommandée par le gouvernement fédéral.

Que sont les SPFA?

  • Un groupe de plus de 6 000 substances chimiques d'origine artificielle omniprésentes dans le quotidien. On les trouve dans les emballages, la nourriture, les produits d'entretien domestiques, l'eau, les meubles, les vêtements, les produits de cosmétiques, la mousse extinctrice de feu, etc.
  • Ces substances prennent des centaines, voire des milliers d’années à se désintégrer, d'où leur surnom, « contaminants éternels ».
  • Ils ont été bannis des chaînes de production au Canada et aux États-Unis en 2006, mais sont encore utilisés à certains endroits dans le monde.

Ces substances ont été introduites en raison d'activités militaires qui se sont déroulées dans la région.

En réponse à la découverte de ces contaminants, le ministère de la Défense nationale a livré de l’eau aux maisons branchées sur les puits contaminés.

Les SPFA posent-ils un risque pour la santé humaine?

  • Il existe un certain niveau d'incertitude dans la communauté scientifique quant aux risques et aux effets de l’exposition aux SPFA sur la santé humaine.
  • Des études menées sur les animaux de laboratoire suggèrent que les PFOA et les PFOS (deux substances perfluoroalkyles) ont des effets négatifs sur le développement cognitif et reproductif, le foie, les reins et le système immunitaire.

Selon un rapport du Bureau de santé du district de North Bay Parry-Sound, l’aqueduc principal de la ville demeure sécuritaire malgré la présence de SPFA dans les cours d'eau environnants.

L'armée pointée du doigt

Il y avait une forte présence de SPFA dans la mousse extinctrice d’incendie utilisée par les militaires lors d’exercices de 1970 à 1998. À l’époque, les Forces canadiennes agissaient selon la réglementation en vigueur.

J’ai passé ma jeunesse à les regarder tester ces substances sur de grosses piles de pneus enflammés. Nous pouvions tout voir de notre maison, témoigne Dustin Ashford, qui a grandi dans une des résidences les plus touchées par les contaminants.

La vue de bâtiments gris à partir d'une maison.

Depuis le porche de la résidence des Ashford, on peut apercevoir les bâtiments de la base militaire.

Photo : Dustin Ashford

Je me souviens de leurs gros camions verts et de la mousse qui en sortait.

La famille Ashford a bu l'eau du puits contaminé tous les jours pendant 35 ans. On se souvient d’une année où des centaines de grenouilles mortes ont été trouvées dans les étangs autour de la propriété.

Mon voisin est décédé du cancer, ma mère est en rémission, et mon père à des problèmes de santé chroniques.

Une citation de :Dustin Ashford, ancien résident de la rue Carmichael, zone contaminée

La famille Ashford a entamé des procédures judiciaires contre le MDN, celles-ci sont toujours en cours.

Une contamination sous surveillance

Nous prenons des mesures concrètes pour régler ce problème, assure André-Anne Poulin, la porte-parole du MDN.

Nous surveillons de près la qualité de l’eau potable des maisons situées à proximité de la base militaire en effectuant régulièrement des études environnementales, précise-t-elle.

Enseigne à l'entrée de la base militaire.

Près de 2 millions de dollars ont été dépensés pour le dépistage et la prévention de contamination dans la région de North Bay.

Photo : Base Militaire de North Bay

À ce jour, le MDN a réalisé plus de 35 analyses environnementales et prélevé plus de 2600 échantillons d’eau potable, d’eau de surface, d’eau d’égout, d’eau souterraine, de sédiments et de sol à la base de la 22e Escadre et dans les environs.

Un manque de transparence déploré

Brennain Lloyd est la coordinatrice de projet de Northwatch, une coalition régionale d'organismes environnementaux et de groupes communautaires.

Elle suit de près les développements dans ce dossier depuis plusieurs années. Selon elle, le public n'a pas accès à l'entièreté de l'information disponible.

Le MDN devrait être beaucoup plus transparent avec l’information qu’ils ont déjà sur l’étendue de la contamination. Nous accueillons le fait que plus d’études seront menées. Mais nous devons connaître l’information qu’ils ont déjà.

Une citation de :Brennain Lloyd, coordinatrice de projet chez Northwatch

L’organisme a déposé une demande d’accès à l’information il y a plus de 300 jours, mais n'a toujours pas réussi à obtenir les informations souhaitées.

Trout Lake constitue la principale source d’eau potable pour les résidents de North Bay dans le Nord de l’Ontario.

Trout Lake constitue la principale source d'eau potable pour les résidents de North Bay dans le Nord de l'Ontario.

Photo : Radio-Canada / Benjamin Aubé

Le problème va bien au-delà des sites de contamination identifiés par le MDN. Un des cours d’eau les plus contaminés, le ruisseau Lee, se déverse dans le lac Trout, la source d’eau de plus de 52 000 citadins.

Je ne veux pas être alarmiste, mais je pense qu’il y a des questions sans réponse sur l’impact des SPFA sur la source d’eau potable de la ville.

Une citation de :Brennain Lloyd, coordinatrice de projet chez Northwatch

Selon Mme Lloyd, la communauté mérite d’avoir accès à une évaluation rigoureuse et des réponses détaillées.

Un impact sur les Grands Lacs redouté

Fe de Leon est recherchiste à l’Association canadienne du droit de l’environnement et travaille sur un programme de surveillance de présence de SPFA dans la région des Grands Lacs.

Un homme et une femme qui regarde un grand lac debout sur une plage.

Plus de 30 millions de personnes dépendent des Grands Lacs pour l'eau potable. (Archives)

Photo : Avec la gracieuseté de L'ÉSC Embrun

Les données recueillies dans ce projet suggèrent que les sources de contamination sont dans la région environnante aux Grands Lacs.

Pour Mme de Leon, la forte présence de SPFA à North Bay indique que la région pourrait être une des sources de contamination que l’association cherche à identifier.

Une femme sourit à la caméra.

Fe de Leon est recherchiste à l'Association canadienne du droit de l'environnement

Photo : Fe de Leon

Nous ne savons pas ce qu’il y a dans notre environnement, et le temps presse. Si les bases militaires sont problématiques, alors il devrait y avoir des enquêtes plus tôt et non plus tard, même immédiatement.

Une citation de :Fe de Leon, recherchiste à l'Association canadienne du droit de l'environnement

L'association travaille également pour faire reconnaitre la toxicité de certains polluants par la loi canadienne.

Contrairement à d'autres pays, le gouvernement fédéral a émis peu de régulations quant au niveau d'acceptabilité de présence des SPFA dans les cours d'eau.

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