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Chibougamau en mode solution devant la crise du logement

Presque tous les immeubles à logements affichent complet à Chibougamau.

Développement Chibougamau évalue que le taux d'inoccupation est de -3 % à -6 % alors que le taux d'équilibre est de 3 %.

Photo : Radio-Canada / Catherine Paradis

Il manque tellement d’appartements à Chibougamau que la scierie locale prévoit de construire ses propres maisons pour loger ses travailleurs. Pour plusieurs, cette pénurie est un frein au développement économique et l’innovation est de mise en matière d’hébergement.

Quand Alain Landry a quitté son emploi en Beauce pour accepter le poste de directeur général de la Ville de Chibougamau en juin, il était loin de se douter qu’il s’enracinerait si rapidement dans sa communauté d’accueil. Il a acheté une maison dès son arrivée.

Le couple installé au comptoir de la cuisine dans sa nouvelle maison encore vide.

Le nouveau directeur général de la Ville de Chibougamau, Alain Landry, et sa conjointe, Sylvie Berthelot, ont acheté une maison parce qu'ils n'arrivaient pas à trouver un logement.

Photo : Radio-Canada / Catherine Paradis

Notre premier plan avait toujours été de se trouver un loyer pendant environ un an, le temps de s'acclimater à l’endroit, de voir quel quartier on aimait, de voir si on allait se faire construire une maison ou en acheter une déjà en place. Mais ici, ce n’était pas possible, puisqu’il n’y a presque pas de loyers disponibles, raconte-t-il.

La directrice générale de Développement Chibougamau, Lyne Choquette, confirme ses dires : le taux d’inoccupation oscille entre -3 % et -6 % dans la ville en ce moment. C’est bien au-dessous du seuil d’équilibre immobilier de 3 %.

« Développement Chibougamau tient une liste des logements qui est mise à jour mensuellement, et une semaine après la publication, la liste est désuète tellement la crise du logement est profonde. »

— Une citation de  Lyne Choquette, directrice générale, Développement Chibougamau

Selon une étude de préfaisabilité technique et financière du Groupe de ressources techniques de l’Abitibi-Témiscamingue-Ungava menée en 2020, il faudrait 60 à 90 nouveaux logements à Chibougamau. Aujourd'hui, le besoin est encore plus grand puisqu’en un an, une quinzaine d’appartements ont été détruits par un incendie.

Un frein au développement

Si Chibougamau a longtemps été une ville minière, elle est aujourd’hui une cité forestière. Les Chantiers Chibougamau emploient le quart de la population active. 

L’entreprise prévoit d'augmenter sa production de 15 % cette année pour répondre à la demande accrue de bois transformé. Au cours des prochaines semaines, 20 nouveaux employés feront leur entrée à la scierie de Chibougamau.

En plus de les recruter, l’entreprise met les bouchées doubles pour les aider à se loger dans ce contexte de pénurie.

Frédéric Verreault dans l'usine de sciage des Chantiers Chibougamau.

Le directeur exécutif des Chantiers Chibougamau, Frédéric Verreault, soutient que le manque de logements nuit au recrutement de personnel.

Photo : Radio-Canada / Catherine Paradis

Notre métier, c’est de transformer des arbres, et là, on doit consacrer des dizaines d’heures toutes les semaines à essayer de trouver des logements, s’étonne lui-même le directeur exécutif des Chantiers Chibougamau Frédéric Verreault.

Il affirme que des candidats intéressants se sont déjà désistés à Chibougamau et à Lebel-sur-Quévillon parce qu’ils n’avaient pas réussi à se trouver un logement convenable.

« On n’a pas le choix. Si on ne construit pas nous-mêmes d’ici quelques mois des unités d’habitation confortables, on va devoir renoncer à des commandes, dire non à des clients. Si on commence ça, c’est le début de la fin. »

— Une citation de  Frédéric Verreault, directeur exécutif des Chantiers Chibougamau

La scierie possède déjà une dizaine de logements qu’elle loue à des travailleurs, mais Frédéric Verreault veut éviter de créer une surchauffe dans le marché chibougamois.

D’ici l’hiver, la compagnie prévoit de construire un nouveau quartier de maisons modulaires qui seront louées à de futurs employés durant leur période de probation ou en attendant le financement nécessaire à l’achat d’une maison. Chantiers Chibougamau est prête à investir des millions de dollars pour ouvrir les rues et faire les raccordements aux réseaux d'aqueduc et d’électricité dans le secteur.

Le terrain où 35 maisons modulaires pourraient être construites.

Les Chantiers Chibougamau veulent construire un nouveau quartier résidentiel en prolongeant la 7e rue à l'angle du chemin Merrill.

Photo : Radio-Canada / Catherine Paradis

On fait le pari que ça coûtera moins cher que les frais de navettage. On fait aussi le pari humain que nos employés viendront ici avec leur famille pour consolider la vitalité et l’équilibre social de la communauté, sinon ça va devenir un village-dortoir, affirme Frédéric Verreault.

Sa proposition a été soumise en consultation publique au conseil municipal de Chibougamau, qui pourrait modifier le zonage en conséquence dès la prochaine séance.

La mairesse Manon Cyr voit là un projet encourageant pour attirer plus de gens dans sa ville.

Normalement, avec toute l’activité économique qui se passe, on devrait avoir une augmentation notable [de la population], mais ce n'est pas le cas. En ayant des logements supplémentaires, je pense que ça va aider à la croissance de notre communauté et ça va peut-être mettre un frein au roulement du personnel dans certains secteurs.

Absence des entrepreneurs privés

Avec autant de besoins en matière de logement, une question se pose : où est le secteur privé?

Ça n’a pas été une étape facile de convaincre tout le monde, admet la directrice générale de Développement Chibougamau Lyne Choquette.

Elle affirme qu’une douzaine de promoteurs immobiliers ont été abordés, sans succès. À son avis, les coûts de construction et les contraintes de financement refroidissent tout le monde.

Quand t’as des projets de construction à Montréal, ce sont des sociétés d’investissement. Ici, quand un promoteur arrive seul et essaie de bâtir un immeuble à appartements, c’est très difficile, souligne-t-elle.

Cette situation fait en sorte que le parc immobilier vieillit à Chibougamau. Plus de 90 % des immeubles à logements ont été bâtis avant 2001.

Les deux membres du C.A. discutent près d'un rapport sur l'état du marché immobilier à Chibougamau.

Le conseiller municipal Luc Michaud et la directrice générale de Développement Chibougamau siègent au conseil d'administration des Pavillons du 49e.

Photo : Radio-Canada / Catherine Paradis

Nouvelles constructions pour 2022

Malgré tout, deux nouveaux immeubles à appartements devraient voir le jour l’an prochain. Les Pavillons du 49e seront la propriété d’un organisme à but non lucratif (OBNL) que préside le conseiller municipal de Chibougamau Luc Michaud.

L’avantage avec un OBNL, c’est que la période d’amortissement est plus longue et que le seuil de rentabilité est plus bas. On bâtira deux immeubles de 20 logements sur des terrains ciblés par la Ville. On veut faire revenir la famille dans le nord.

Le projet est évalué à 14,7 millions de dollars et devrait bientôt être admissible à des subventions gouvernementales.

Terrains vagues défrichés entre une route et un boisé où seront bâtis les immeubles à logements.

Deux immeubles à logements abordables seront érigés au coût de 14,7 millions de dollars par un organisme sans but lucratif.

Photo : Radio-Canada / Catherine Paradis

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