•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Des Autochtones imaginent de nouvelles statues pour remplacer la reine Victoria

L'artiste Kenneth Lavalee devant l'assemblée législative du Manitoba avec un plat en forme de coquille et de la sauge.

L'artiste Kenneth Lavallee devant l'Assemblée législative du Manitoba

Photo : Radio-Canada / Jaison Empson

Radio-Canada

Des artistes autochtones du Manitoba proposent des concepts pour remplacer la statue de la reine Victoria sur le terrain de l’Assemblée législative, à Winnipeg. Ils souhaitent une statue rassembleuse qui représente les gens du Manitoba.

Quand Kenneth Lavallee a su que la statue de la reine Victoria avait été renversée, il a regardé vers son bureau où était déposé un plat servant à faire brûler de la sauge en forme de coquille.

La beauté de cet objet l’a inspiré et il a conçu une statue qui représente la cérémonie traditionnelle autochtone de purification, où la glycérie remplace l'encens.

Brûler de la glycérie purifie l'esprit, l’environnement et l’espace. J’ai pensé que cet endroit aurait besoin d’un bon nettoyage, a lancé Kenneth Lavallee devant le piédestal où était installée la statue de la reine Victoria avant qu’elle ne tombe.

Un croquis d'une sculpture en argent représentant de la glycérie en train de brûler dans une coquille géante.

La maquette de la sculpture de Kenneth Lavallee proposée pour remplacer la statue de la reine Victoria devant l'Assemblée législative du Manitoba.

Photo : Gracieuseté de / Kenneth Lavallee

La statue a été renversée le 1er juillet par un groupe de participants à l'une des marches organisées en solidarité avec les peuples autochtones qui sont affligés par la découverte de tombes non marquées près d’anciens pensionnats pour Autochtones. La statue de la reine Victoria a été recouverte de mains peintes en rouge, et sa tête, jetée dans la rivière Assiniboine. Celle-ci a été récupérée plus tard.

J’ai longtemps pensé à cette sculpture. Son emplacement me semble injustifié, devant le Palais législatif, au centre. Pourquoi a-t-elle le meilleur endroit? La reine Victoria n’est jamais venue au Manitoba. Elle ne représente rien d’ici ou des Manitobains, a poursuivi M. Lavallee.

Avoir un message positif

L’artiste métisse Val Vint rêve aussi d'un concept qui représente les Autochtones pour remplacer la statue de la reine Victoria, bien que son ébauche ne soit pas encore très élaborée. Toutefois, elle essaie de canaliser la douleur qu’elle ressent en entendant parler des découvertes de centaines de tombes non marquées près d’anciens pensionnats pour Autochtones.

Habituellement, je fais brûler du tabac et je prie, parce que c’est ce qu'on a besoin de faire pour surmonter les difficultés. Toutes mes meilleures choses viennent de mes rêves, explique-t-elle.

Elle pense que la nouvelle œuvre devrait représenter les peuples autochtones.

Une femme devant une statue de bison à La Fourche à Winnipeg.

Val Vint devant son oeuvre d'art qui se trouve à La Fourche à Winnipeg.

Photo : Radio-Canada / Jaison Empson

Mme Vint a créé la sculpture Education is the New Bison, inaugurée en 2020 à La Fourche. Elle veut quelque chose qui enverrait un message positif devant l’Assemblée législative du Manitoba.

Selon l’assistante enseignante à l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard Omeasoo Wahpasiw, l'avenir de la statue de la reine Victoria et ce qui pourrait la remplacer devrait être décidé par les Manitobains d’origine autochtone.

Mme Wahpasiw s’intéresse à la question de la représentation de l’histoire canadienne dans les espaces publics. Elle croit que ces derniers ne présentent qu’une seule version de cette histoire.

Elle ajoute que le fait de garder la statue endommagée sur le site est aussi une forme d’art et que cela n’aurait pas effacé l’histoire.

Cela aurait montré une représentation spectaculaire de la souffrance et la douleur que nos peuples autochtones ont dû subir, affirme Mme Wahpasiw.

Le gouvernement manitobain n’a pas encore décidé s’il allait restaurer ou non la statue de la reine Victoria et celle de la reine Élisabeth II, toutes deux endommagées le 1er juillet. Les statues ont été déplacées, et une évaluation des dégâts est en cours.

Les statues réparables

L’un des propriétaires de l’Atelier du Bronze, à Inverness, au Québec, dit que les statues endommagées sont réparables, même celle de la reine Victoria, dont la tête a été arrachée.

Malgré le fait que cette statue a été inaugurée en 1904, ceux qui pourraient faire la réparation ne devraient pas rencontrer de difficultés en ce qui concerne les types de matériaux, même si les alliages de métaux sont différents aujourd’hui, indique ce dernier, Pierre-André Gagnon Des bronzes, ça peut être entretenu et réparé à peu près éternellement, ajoute-t-il.

Un homme barbu assis dans son bureau devant une fenêtre.

Pierre-André Gagnon estime que la réparation de la statue de la reine Victoria coûterait quelques dizaines de milliers de dollars.

Photo : Google Meet / Capture d'écran

Une réparation peut prendre quelques semaines, en utilisant les techniques modernes, comme celle de la soudure pour la tête de la reine et, ainsi, rendre le tout plus solide.

Dans le temps, pour que ça tienne en place, l’emboîtement de type mâle-femelle était utilisé, et des goujons barraient les pièces. Maintenant, on soude, on écrase le métal et avec des petits outils et on peut aller façonner pas mal plus rapidement, explique M. Gagnon.

La peinture sur le bronze peut également être retirée avec des abrasifs et des solvants doux.

Quant au coût de la réparation de la seule statue de Victoria, M. Gagnon ne veut pas s’avancer sur un chiffre exact, mais il estime que la province devrait débourser quelques dizaines de milliers de dollars, sans dépasser 100 000 $.

Avec les informations de Marina von Stackelberg et Simon Deschamps

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !