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Jovenel Moïse, le destin tragique de l'entrepreneur devenu président

Le président d'Haïti, qui a nommé sept premiers ministres en quatre ans, a échoué à mener une grande réforme constitutionnelle.

Jovenel Moïse photographié devant une porte dans un rayon de lumière.

L'homme d'affaires devenu officiellement président d'Haïti en 2017 a été assassiné chez lui hier soir par un commando.

Photo : The Associated Press / Dieu Nalio Chery

Agence France-Presse

Assassiné mercredi dans son pays des Caraïbes englué dans une profonde crise, le président haïtien Jovenel Moïse a connu une fructueuse carrière d'entrepreneur avant un mandat à la présidence au cours duquel il a vu le soutien de la population s'éroder, son pouvoir étant largement critiqué.

Élu en 2016 au terme d'un marathon électoral mouvementé, il était inconnu du grand public au printemps 2015 lorsqu'il est apparu sur la scène politique.

C'est finalement très isolé, avec un parlement suspendu et gouvernant par décrets, qu'il a terminé de façon tragique son mandat unique, à l'âge de 53 ans, cible d'une attaque à son domicile.

Ce père de deux enfants a été incapable d'arrêter la spirale descendante de sa nation, la plus pauvre du continent américain, et notamment les violences qui gangrènent la vie des habitants.

Issu d'une famille modeste – un père mécanicien et agriculteur, une mère couturière et commerçante –, ce natif de Trou du Nord, dans le département du Nord-Est, poursuit des études jusqu'à la Faculté des sciences de l'éducation à l'université haïtienne Quisqueya.

Jovenel Moïse et sa femme se tiennent par la main.

Jovenel Moïse et sa femme Martine photographiés lors d'une cérémonie soulignant l'anniversaire de la mort du leader historique de la révolution haïtienne, Jean-Jacques Dessalines.

Photo : The Associated Press / Rebecca Blackwell

Sa famille s'était installée dans la capitale Port-au-Prince en 1974. En 1996, tout jeune marié avec sa camarade de classe Martine, il retourne dans son département natal avec un rêve : refaire de Haïti une contrée essentiellement agricole en développant l'arrière-pays.

Selon la biographie disponible sur son site Internet, il crée alors, grâce à des fonds de capital-investissement, un commerce de pièces détachées automobiles et une première plantation de bananes de 10 hectares.

Sa dernière bananeraie biologique est la plus vaste du pays (près de 1000 hectares). D'où son surnom après son entrée en lice dans la course à la présidence : Nèg Bannan nan, soit l'homme-banane en créole.

Sensibilisé à l'importance de l'eau potable, il noue un partenariat avec le spécialiste Culligan et ouvre en 2001 une usine de distribution dans les régions du Nord-Est et du Nord-Ouest. Puis il s'intéresse à l'électrification régionale, créant en 2008 avec des associés une société ad hoc.

En 2012, il lance la première zone franche agricole d'Haïti et y installe sa société Agritrans pour laquelle il a décroché un prêt participatif de six millions de dollars auprès du gouvernement de son prédécesseur Michel Martelly.

D'après le site de M. Moïse, ce dispositif a permis de développer des dizaines de projets agricoles et de créer près de 3000 emplois directs et 10 000 emplois indirects.

Une présidence mouvementée

Son entrée fracassante en politique, c'est d'ailleurs à M. Martelly qu'il la doit : le président sortant – qui ne pouvait briguer un second mandat – le choisit au printemps 2015 pour représenter son parti Tet Kale (PHTK), avec l'objectif d'assurer sa succession.

Avait alors débuté une campagne électorale très active centrée sur lui, notamment sur les réseaux sociaux encore sous-exploités par la classe politique traditionnelle, financée par de grands industriels et des membres de l'élite économique, la même minorité aisée qui entourait M. Martelly.

Une fois élu, Jovenel Moïse s'engage à assainir le pays, miné par la corruption. Mais, assez vite, ce sont certains de ses propres collaborateurs qui se retrouvent soupçonnés de détournements de fonds publics.

Année après année, des enquêtes parlementaires, des enquêtes d'ONG ou des enquêtes de la Cour des comptes confirment que la corruption continue d'imprégner les institutions haïtiennes, malgré la valse des ministres et hauts fonctionnaires.

Des Haïtiens, dont des professionnels de la santé, réclament la démission du président Jovenel Moïse lors d'une manifestation à Port-au-Prince, le 30 octobre 2019

Des Haïtiens, dont des professionnels de la santé, réclament la démission du président Jovenel Moïse lors d'une manifestation à Port-au-Prince, le 30 octobre 2019

Photo : Getty Images / Valérie Baeriswyl

Comme une bonne partie de la classe politique, y compris avant lui, M. Moïse peine notamment à rendre des comptes sur la façon dont a été utilisé l'argent prêté dans le cadre du programme Petrocaribe lancé par l'ancien président vénézuélien Hugo Chavez, qui permet à plusieurs pays d'Amérique latine et des Caraïbes d'acquérir des produits pétroliers à un coût avantageux.

Jovenel Moïse a nommé sept premiers ministres en quatre ans et a échoué à mener une grande réforme constitutionnelle qu'il appelait de ses vœux, suscitant des critiques et de l'incompréhension jusque dans son propre camp.

Sa fin de présidence a été marquée par une autre vive controverse, lui estimant que son mandat prendrait fin le 7 février 2022, alors que pour l'opposition et une partie de la société civile, celui-ci s'était achevé le 7 février 2021.

Ce désaccord tenait au fait que M. Moïse avait été élu à l'issue d'un scrutin annulé pour fraudes, puis réélu un an plus tard.

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