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Enquête du coroner : des pratiques risquées dans une scierie d'Irving

Un camion chargé de bois d'oeuvre passe devant une énorme déchiqueteuse qui éjecte des copeaux de bois.

L’entreprise J. D. Irving a reconnu sa culpabilité dans la mort du travailleur William Gregg dans la scierie de Sussex (archives).

Photo : CBC

Radio-Canada

Presque tous les travailleurs de la scierie Irving de Sussex, au Nouveau-Brunswick, ont déjà tenté de dégager des billes de bois coincées tandis que le convoyeur était toujours en marche. Plusieurs employés et retraités en font état dans le cadre de l'enquête du coroner qui porte sur la mort d'un ex-employé.

Six employés et anciens employés ont témoigné mardi dans cette enquête sur la mort de William Gregg. L’homme de 52 ans a succombé à ses blessures, subies dans la scierie en février 2016.

William Gregg était un travailleur chevronné. Il est mort après avoir été heurté par le levier avec lequel il tentait de dégager des billes de bois. Le convoyeur était toujours en marche.

La machinerie a projeté vers lui le levier, une barre de métal mesurant environ 1,5 mètre, selon certains témoignages faits au préalable.

William Gregg souriant.

William Gregg, travailleur de la scierie Irving à Sussex pendant 26 ans, a subi une blessure à la tête le 29 février 2016 et il est mort le jour même à l’hôpital.

Photo : Salon funéraire Wallace

L’entreprise J. D. Irving a reconnu ne pas avoir veillé à ce que ses travailleurs respectent les règles de santé et de sécurité au travail. Elle a écopé d’une amende de 80 000 $.

L’entreprise a depuis mis à jour ses règles pour limiter la durée des quarts de travail et employer plus de superviseurs.

Des primes au détriment de la sécurité selon des témoins

L’enquête du coroner se déroule au palais de justice de Saint-Jean. Elle doit mener à des recommandations dans le but de prévenir tout autre accident similaire dans les scieries. Les cinq membres du jury ont été choisis mardi matin et les témoignages ont commencé à 11 h.

Sherwin MacBurnie, un retraité qui a travaillé dans la scierie pendant 46 ans, a déclaré que les travailleurs reçoivent une prime en fonction de leur rendement. Selon lui, si un seul travailleur est lent, personne ne reçoit la prime, et ce système a entraîné le personnel à prioriser les primes au détriment de la sécurité.

M. MacBurnie juge que c’est très dangereux. Il dit avoir vu des travailleurs courir sur des passerelles pour débloquer de la machinerie parce qu’ils ne voulaient pas perdre leur prime et en porter l’odieux. Selon lui, cette pression ressentie par les travailleurs vient d’eux-mêmes, et non de la direction.

Étant donné qu’il faut environ 25 minutes pour arrêter et redémarrer la machinerie, ça dissuade les travailleurs de l’arrêter, a poursuivi M. MacBurnie. Les travailleurs utilisent plutôt des leviers ou d’autres outils pour dégager les billes coincées dans la machinerie. Selon lui, les travailleurs arrêtent la machine si les billes sont trop solidement coincées.

William Gregg découvert inanimé

Adam Snyder et Keegan Warden, qui ont témoigné à l'enquête du coroner, ont découvert William Gregg inanimé le 29 février 2016.

Ils sont entrés dans l’usine où M. Gregg s’affairait à changer un certain équipement. Ils font cela chaque jour durant la pause du midi et la machinerie est habituellement à l’arrêt à ce moment.

Mais ce jour-là, le convoyeur fonctionnait toujours à leur arrivée. Soupçonnant un oubli, ils sont allés vérifier au sommet d’un escalier.

M. Warden a alors aperçu M. Gregg couché sur le plancher. Comme ce dernier ne réagissait pas, il a demandé à M. Snyder d’aller chercher de l’aide.

Adam Snyder s’est précipité dans l’autre bâtiment de l’usine pour aller chercher Sherwin MacBurnie, qui a une formation en réanimation cardiopulmonaire.

M. MacBurnie a expliqué qu'il a effectué des compressions thoraciques et qu’on l’a dit par la suite qu’il les avait faites pendant 18 minutes. Mais, M. Gregg était toujours inanimé.

Selon M. Snyder, l’ambulance est arrivée sur les lieux de 30 à 35 minutes après l’appel.

Des heures supplémentaires

Un autre témoin, Jason Thompson, était superviseur dans l’usine en 2016. Selon lui, M. Gregg avait travaillé pendant 12 heures et il remplaçait un collègue ce matin-là.

M. Thompson a décrit M. Gregg comme étant un travailleur acharné et fidèle.

Il a précisé qu’il avait trouvé un remplaçant à M. Gregg qui devait débuter à 13 h. Ce dernier aurait donc travaillé pendant 18 heures consécutives.

Les travailleurs ont droit à une prime s’ils travaillent plus longtemps que leur quart de 12 heures, a ajouté M. Thompson.

L’enquête du coroner se poursuit mercredi.

Avec les renseignements de Hadeel Ibrahim, de CBC

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