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Renverser la statue de la reine : acte politique ou simple vandalisme?

Regards croisés sur le déboulonnement de la statue de Victoria à Winnipeg.

Le socle sur lequel se trouvait la statue de la reine Victoria devant le palais législatif du Manitoba, à Winnipeg, est vide et des mains rouges apparaissent dessus.

Le socle sur lequel se trouvait la statue de la reine Victoria devant le Palais législatif du Manitoba, à Winnipeg, est maintenant vide.

Photo : Radio-Canada / Thibault Jourdan

La statue de la reine Victoria, qui a été déboulonnée le 1er juillet, n’est pas le premier acte de vandalisme à survenir à la suite d'une manifestation au Manitoba. Un simple retour dans l’histoire permet d’établir des similitudes avec le passé.

Dans une chronique du Winnipeg Free Press (Nouvelle fenêtre), parue le 2 juillet, l'universitaire autochtone Niigaan Sinclair s’est interrogé sur les monuments de commémoration manitobains.

M. Sinclair a rappelé le tramway déséquilibré emblématique lors la grève générale de Winnipeg de 1919, qui est symboliquement de retour dans la capitale manitobaine depuis 2019. Or, comme certains autres Manitobains, il voit un parallèle entre le tramway et la statue de la reine Victoria.

Visualisation de la sculpture du tramway devant lequel se trouve un passant.

La sculpture du tramway est installée dans le centre-ville de Winnipeg.

Photo : Noam Gonick

Pendant que le gouvernement du Manitoba indique que les statues ont été déplacées et qu’une évaluation des dégâts est en cours, plusieurs voix, dont celle de M. Sinclair, se sont élevées contre l’utilisation du terme vandalisme.

Vandalisme et politique, deux choses bien distinctes

L’historien Yves Frenette, de l’Université de Saint-Boniface, ne considère pas le déboulonnement de la statue de la reine Victoria comme un acte de vandalisme, mais plutôt comme un acte politique.

« Dans le cas des déboulonnements de statues [...] dans le contexte de la relation entre Blancs et Autochtones, ce sont des actes politiques. »

— Une citation de  Yves Frenette, professeur à l’Université de Saint-Boniface et titulaire de la Chaire de recherche du Canada de niveau 1 sur les migrations, les transferts et les communautés francophones

Mais, lorsqu’une foule est en liesse après la victoire d’une équipe de hockey, par exemple, l’historien n’y voit pas de politique. Lorsqu’on gagne ou qu'on perd une série de matchs de hockey et que là, en fêtant, on détruit des vitrines [...], ça, c’est gratuit, ajoute-t-il.

Une autopatrouille du SPVM est vandalisée.

Une autopatrouille de la police de Montréal a été renversée et vandalisée par des gens à proximité du Centre Bell après une victoire des Canadiens.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Yves Frenette considère la dégradation du tramway en 1919 comme étant aussi un acte politique, qui est illustré, dans l’espace public manitobain, par le symbole qu’est la sculpture du tramway installée en 2019 dans le centre-ville de Winnipeg.

M. Frenette ne croit pas que le fait de déboulonner des statues va contribuer à la réparation des erreurs du passé, mais il comprend la tentative de soulager la douleur à l'origine de l’acte.

Ils ne sont pas nombreux, mais il existe, encore aujourd’hui, des groupes qui considèrent que Louis Riel est un traître. Alors, imaginons qu’un groupe dise : "Louis Riel est anti-Canadiens’’. Quelle serait notre réaction?, s'exclame l’historien.

La dégradation de la statue, un acte de vandalisme selon Arlen Dumas

De son côté, Arlen Dumas, le grand chef de l'Assemblée des chefs du Manitoba, qualifie le déboulonnement de la statue Victoria d’acte de vandalisme.

Malheureusement, cet acte de vandalisme a été commis par un petit groupe. [...] Le déboulonnement a détourné l’attention de la vague de solidarité [envers les peuples autochtones] qui s’est produite le 1er juillet, déclare-t-il.

Arlen Dumas ne tolère ni le vandalisme ni la violence et ne passerait pas lui-même à l’acte, mais il rappelle que la découverte des sépultures non marquées est difficile pour les communautés autochtones.

Arlen Dumas.

Le grand chef Arlen Dumas croit qu'une meilleure collaboration entre les leaders autochtones et le gouvernement fédéral donnerait lieu à des changements systémiques plus importants.

Photo : CBC / Jeff Stapleton

Cependant, il note une certaine nuance dans les relations entre la Couronne du Canada et les Premières Nations. Il existe une relation entre la reine et nos nations, notamment par la signature des Traités autochtones. C’est une discussion complexe, mais nous avons besoin d’un dialogue, affirme-t-il.

Le regard d’Arlen Dumas reste tourné vers l’avenir.

« Maintenant que l’acte a été commis, il est nécessaire d’avoir des discussions sérieuses afin de déterminer comment on remplace les statues et à quoi ressembleront les futures statues. »

— Une citation de  Arlen Dumas, grand chef de l'Assemblée des chefs du Manitoba

Quel avenir pour l'emplacement de la statue?

Sur les prochaines démarches à suivre, Sarah DeLaronde, gardienne du savoir autochtone, s’oppose au retour de la statue Victoria comme option.

[Le gouvernement et les personnes qui oppriment les Autochtones] ne s’attendaient pas à ce que nous agissions [ni] que nous leur répondions. [...] La statue de Victoria est un rappel de la colonisation. Pourquoi avons-nous besoin de la restaurer?, se demande-t-elle.

Elle pense que le gouvernement provincial remettra la statue sur son socle.

« Si [le gouvernement manitobain] ne remet pas en place la statue, son inaction fera acte de sa reconnaissance de son rôle dans la colonisation. Le gouvernement serait alors dans l’obligation de s’excuser. [...] Je suis sûre qu’on va remettre la statue en place, car le gouvernement ne veut pas être tenu pour responsable. »

— Une citation de  Sarah DeLaronde, gardienne du savoir autochtone

Elle souhaite plutôt qu'un tout nouveau monument commémoratif soit érigé. Elle a d’ailleurs aperçu, sur les réseaux sociaux, une esquisse d’un projet qui l’interpelle.

Conçue et présentée par l’artiste Kenneth Lavallee, l'œuvre illustre la glycérie, aussi appelée foin d'odeur, une herbe utilisée dans la médecine traditionnelle autochtone. De la fumée de la glycérie émane une odeur qui aiderait à purifier et à éliminer les pensées négatives.

L’auteur considère que sa sculpture, si elle se concrétise, rendrait l’entrée de l’Assemblée législative plus inclusive pour tous les Manitobains.

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