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Des infections passées protégeraient contre les symptômes graves de la COVID-19

Des cellules parsemées de virus.

Une photo, prise au microscope électronique à balayage, de cellules en apoptose (en vert) lourdement infectées par des particules du virus de la COVID-19 (en rose).

Photo : via reuters / National Institute of Allergy and Infectious Diseases

Radio-Canada

Les personnes qui ressentent des symptômes légers de la COVID-19 sont plus susceptibles que celles qui sont plus malades de présenter des traces d'infections passées par d’autres coronavirus moins virulents, ont constaté des chercheurs de l’école de médecine de l’Université Stanford.

L'une des principales caractéristiques de la pandémie de SRAS-CoV-2 est que certains individus tombent gravement malades ou meurent, alors que d'autres ne présentent qu'une évolution bénigne de la maladie ou sont asymptomatiques, expliquent les auteurs de l’étude publiée dans la revue Science Immunology (Nouvelle fenêtre) (en anglais).

Repères

  • Sept coronavirus en circulation peuvent infecter l'humain.
  • Quatre coronavirus sont considérés comme bénins : 229E, NL63, OC43 et HKU1. Ces virus seraient la cause de 15 % à 30 % des rhumes courants.
  • Trois coronavirus sont responsables d’infections plus graves : le SRAS-CoV (syndrome respiratoire aigu sévère de 2002), le MERS-CoV (syndrome respiratoire du Moyen-Orient de 2012) et le SRAS-CoV-2 actuel.

Souvenirs d’infections

Le Dr Mark Davis et ses collègues pensent que certaines cellules du système immunitaire des personnes qui ont déjà été infectées se souviennent d’infections antérieures par des coronavirus saisonniers, comme ceux qui sont à l'origine des rhumes courants.

Ainsi, ces cellules immunitaires sont mieux adaptées pour se mobiliser rapidement contre le SRAS-CoV-2, le coronavirus responsable de la COVID-19, si elles ont déjà combattu ses cousins plus inoffensifs.

Ces résultats pourraient contribuer à expliquer pourquoi certaines personnes, en particulier les enfants, semblent beaucoup plus résistantes que d'autres à l'infection par le SRAS-CoV-2. Ils pourraient également permettre d’anticiper quelles personnes sont susceptibles de développer les symptômes les plus graves de la COVID-19, expliquent les chercheurs dans un communiqué publié par l’université.

Les lymphocytes tueurs

Dans le corps humain, les lymphocytes T cytotoxiques (CD8+ T), dits tueurs, jouent un rôle central dans la réponse immunitaire du corps en détruisant les cellules infectées.

Les travaux de l’équipe du Dr Davis montrent que les CD8+ T prélevés sur les patients les plus malades de la COVID-19 présentent moins de traces d’une confrontation passée avec d’autres coronavirus.

Les discussions sur l'immunité contre la COVID-19 sont souvent centrées sur les anticorps, des protéines qui peuvent s'accrocher à un virus avant qu'il ne soit capable d'infecter les cellules vulnérables. Mais les anticorps sont facilement trompés, explique Mark Davis.

Ainsi, les agents pathogènes évoluent rapidement et finissent par déjouer les anticorps. Or, les lymphocytes T reconnaissent les agents pathogènes différemment, et ils sont difficiles à tromper, ajoute le scientifique.

Nos cellules produisent des "rapports" de leur état en découpant régulièrement des échantillons de chaque protéine qu'elles ont fabriquée en minuscules morceaux appelés peptides. Elles affichent ces peptides à leur surface pour que les lymphocytes T puissent les inspecter, poursuit-il.

À la guerre comme à la guerre

Lorsqu’un lymphocyte T observe un peptide étranger à la surface d'une cellule (par exemple, une protéine produite par un micro-organisme envahisseur), le lymphocyte tueur se met au combat.

Il se multiplie vigoureusement, et ses nombreux descendants ciblent tous la même séquence peptidique afin de détruire toutes les cellules portant les indications révélatrices de l'invasion de la cellule par un microbe pathogène.

Le saviez-vous?

Au moins 184 141 339 humains ont été infectés par le SRAS-CoV-2, dont 1 417 676 au Canada. De ce nombre, près de 4 millions ont perdu la vie.

Mémoire de lymphocytes

Durant cette guerre cellulaire, certains lymphocytes tueurs restent au-dessus de la mêlée. Ces lymphocytes T à la mémoire longue présentent une sensibilité accrue et persistent longtemps dans le sang, affirment les chercheurs. Cette longévité exceptionnelle, souvent sur des décennies, les garde dans un état de préparation qui permet de gagner un temps précieux si elles rencontrent à nouveau le virus ou un cousin proche.

Dans ses travaux, l’équipe américaine a d'abord confirmé que certaines parties de la séquence du SRAS-CoV-2 sont identiques à des parties d'une ou de plusieurs des quatre souches de coronavirus causant le rhume.

Elle a ensuite réuni un groupe de 24 séquences peptidiques différentes qui étaient soit uniques aux protéines fabriquées par le SRAS-CoV-2, soit également présentes sur des protéines similaires fabriquées par une ou plusieurs des souches saisonnières.

L’équipe a aussi analysé des échantillons de sang prélevés sur des personnes saines avant le début de la pandémie, ce qui signifie qu'ils n'avaient jamais été confrontés au SRAS-CoV-2, même si beaucoup d'entre eux avaient probablement été exposés à des souches de coronavirus causant des rhumes.

Cette analyse a permis de déterminer le nombre de cellules T ciblant chaque peptide représenté dans le groupe de séquences. Elle a permis de révéler que les lymphocytes tueurs des personnes non exposées qui ciblaient les peptides du SRAS-CoV-2 partagés avec d'autres coronavirus étaient plus susceptibles d'avoir proliféré que les lymphocytes T tueurs ciblant les peptides présents uniquement sur le SRAS-CoV-2.

Les lymphocytes T ciblant ces séquences peptidiques partagées avaient probablement déjà rencontré l'une ou l'autre des souches de coronavirus les plus douces, et avaient contre-attaqué, a estimé M. Davis.

Les chercheurs ont aussi établi que beaucoup de ces cellules T tueuses étaient en mode mémoire.

Ces cellules mémoires sont de loin les plus actives dans la défense contre les maladies infectieuses. C'est ce que vous voulez avoir pour combattre un pathogène récurrent. C'est ce que les vaccins sont censés générer.

Une citation de :Mark Davis

Les lymphocytes tueurs dont les récepteurs ciblent les séquences peptidiques propres au SRAS-CoV-2 doivent proliférer pendant plusieurs jours pour atteindre leur vitesse de croisière après une exposition au virus. Ce temps perdu peut faire la différence entre ne jamais s'apercevoir que l'on a une maladie et en mourir, conclut le Dr Davis.

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