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Luce Guilbeault : une actrice qui cherche à recadrer l’image du modèle féminin

Luce Guilbeault assise dans un bar interprète Thérèse dans la pièce de Michel Tremblay En pièces détachées en 1970.

La comédienne Luce Guilbeault est décédée le 12 juillet 1991.

Photo : Radio-Canada / André Le Coz

Radio-Canada

La comédienne Luce Guilbeault est disparue le 12 juillet 1991. Artiste féministe engagée, elle a souvent incarné, au cinéma, au théâtre et à la télévision, des personnages au caractère fort, mais aussi des femmes marginales ou émancipées qui redéfinissaient l’image du modèle féminin.

Explication d'une passion

Luce Guilbeault est associée depuis toujours aux plus belles créations du théâtre et du cinéma québécois. […] Elle a joué Gauvreau, Tremblay et fut associée aux premiers succès cinématographiques de Denys Arcand.

Une citation de :Paul Toutant, 1991

Le 10 juin 1991, la communauté artistique rend hommage à Luce Guilbeault à la Cinémathèque québécoise.

Montréal ce soir, 10 juin 1991

C’est l’occasion pour le journaliste Paul Toutant de présenter un reportage au Montréal ce soir qui inclut probablement la toute dernière entrevue de l’artiste.

Celle-ci est en effet décédée d’un cancer quelques semaines après ce tournage à l'âge de 56 ans.

Montréal ce soir est animé par Marie-Claude Lavallée.

Paul Toutant rappelle que Luce Guilbeault a souvent joué dans des pièces de dramaturges associés au théâtre moderne québécois.

Que lui apportaient les rôles qu’elle a interprétés dans les pièces de Michel Tremblay, de Réjean Ducharme ou encore de Claude Gauvreau?

Étancher sa soif pour les mots ou la poésie?

Choquer le public par l’aspect iconoclaste des images de femmes présentées sur scène? Aller au fond de soi-même et exorciser des démons?

Ce sont là, confirme Luce Guilbeault, des éléments qui expliquent sa passion du théâtre.

La comédienne et la chanteuse western

Au printemps 1971, le Théâtre de Quat’Sous présente la pièce À toi pour toujours ta Marie-Lou de Michel Tremblay.

Les 2 D, 6 mai 1971

C’est l’occasion pour l’émission Les 2 D de diffuser le 6 mai 1971 une entrevue du dramaturge et de Luce Guilbeault.

L’actrice explique qu’elle joue dans cette pièce le rôle de la chanteuse western Carmen qui vient rendre visite à sa sœur Manon.

Manon réside dans l'appartement de leurs parents Léopold et Marie-Louise Brassard.

Ces derniers sont décédés dans un accident de voiture qui, dans les faits, camouflait un suicide.

À toi pour toujours ta Marie-Lou explore les frustrations et les échecs d’un couple représentatif de beaucoup de Québécois des classes populaires avant les années 1970.

Mais, insiste Michel Tremblay, le rôle de Carmen dans cette pièce est novateur.

Être une chanteuse western, ça peut ne pas paraître très glorieux pour certains.

Mais Carmen atteint quelque chose d’exceptionnel dans les premières œuvres de son théâtre : elle réussit par elle-même à se sortir de son milieu social misérable.

Luce Guilbeault, féministe

En 1976, le Théâtre du Nouveau Monde présente une pièce collective, La nef des sorcières, écrite par Marthe Blackburn, France Théorêt, Odette Gagnon, Marie-Claire Blais, Pol Pelletier et Nicole Brossard.

Luce Guilbeault participe à l’écriture du texte et réalise la pièce sur scène.

La nef des sorcières donne l’occasion à sept voix de femmes d’exprimer leur vécu.

Luce Guilbault y joue une actrice dont un trou de mémoire révèle tout le désespoir et la folie. 

La ménopausée, l’ouvrière, l’opératrice, une jeune fille, une lesbienne et une écrivaine complètent cette galerie de personnages.

Lise Lib, 21 février 1976

Le 21 février 1976, l’animatrice de l’émission Lise Lib, Lise Payette, interviewe Luce Guilbeault à quelques jours de la première de la pièce.

Elle révèle qu’elle a été convaincue d’écrire et de jouer dans la pièce par ses consœurs.

Dans la réalisation, elle s’est voulue novatrice.

Les monologues reflètent souvent des modes de vie ou des situations considérées comme taboues.

Luce Guilbeault a aussi placé dans le jeu scénique des gestes — par exemple, une femme gardant les mains dans son dos douloureux après un accouchement — qui sont ignorés ou peu montrés au théâtre.

La remise en question des pratiques, des comportements et des codes mis de l’avant par La nef des sorcières est une des premières manifestations du féminisme militant dans le théâtre québécois.

Ce militantisme inspirera par ailleurs le travail de Luce Guilbeault lorsqu’elle coréalisera des documentaires examinant le féminisme.

Luce Guilbeault alias Claire Trudel

L’image différente du modèle féminin, Luce Guilbeault l’a aussi incarnée dans certains rôles qu’elle a interprétés à la télévision.

On pense notamment au personnage de Claire Trudel dans le téléroman Des dames de cœur écrit par Lise et Sylvie Payette.

Au jour le jour, 8 mars 1988

Luce Guilbeault a accordé une entrevue à la journaliste Ariane Émond présentée à l’émission Au jour le jour le 8 mars 1988 qui parle de son rôle dans ce téléroman.

Elle y exprime son espoir de voir l’évolution des héroïnes du téléroman Des dames de cœur influencer les femmes dans le grand public.

Des témoignages de femmes qui se reconnaissent dans l'évolution de Claire Trudel lui font croire que c’est déjà le cas.

Membre d’un groupe d’amies dans la cinquantaine, Claire Trudel, effacée et timide, sortira progressivement de sa coquille au fil des épisodes de la série.

Sans expérience, elle prend néanmoins la direction de la firme comptable que dirigeait son époux décédé.

C'est une décision qui fait grincer des dents certains mâles machistes, dont le comptable Jean-Paul Belleau, le mari de son amie Lucie.

En 1988, Des dames de cœur a reçu le prix Gémeaux de la meilleure série dramatique.

Le destin de Claire Trudel se poursuit dans le téléroman Un signe de feu de 1989 à 1991.

Comédienne militante, Luce Guilbeault a contribué à modifier l’image de la femme par son parcours artistique de plus de 35 ans.

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