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Ancienne élève d’un pensionnat pour Autochtones, elle y est désormais enseignante

Vivian Ayoungman en habit traditionnel devant le collège communautaire Old Sun.

Vivian Ayoungman occupe maintenant le bureau autrefois utilisé par le directeur de l'établissement où elle était pensionnaire.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Vivian Ayoungman est enseignante dans l'établissement qui abritait autrefois le pensionnat Old Sun, où elle a été envoyée de force dans les années 1950. Alors qu'à l'époque on voulait lui faire oublier sa culture, aujourd'hui, elle aide à la préservation des connaissances et des traditions de son peuple.

Vêtue d'habits traditionnels, Vivian Ayoungman prend le micro lors d’une cérémonie en l’honneur des élèves de l'Old Sun Community College, à la fin du mois de juin, dans la Première Nation Siksika, à 100 km de Calgary.

Quelques minutes plus tôt, Maurice Manyfingers, président de l’établissement, l’encensait : Mme Ayoungman est une des premières à avoir obtenu un doctorat. Elle est un modèle pour tous. Elle est notre guide spirituelle.

De 1929 à 1971, le bâtiment abritait un pensionnat pour Autochtones. Il a ensuite été transformé en collège communautaire. Celui-ci offre maintenant à des adultes la possibilité d'étudier la culture Siksika ou de suivre des cours de rattrapage scolaire.

Cela me donne espoir, explique Vivian Ayoungman. Notre peuple acquiert des compétences et des outils pour vivre dans l'époque actuelle, mais aussi pour comprendre qui nous sommes.

Les temps ont bien changé depuis que ses six frères et sœurs et elle-même fréquentaient, de force, le pensionnat. Leurs parents, aussi, ont dû y vivre, pour être déconnectés de leur culture. On voulait faire de nous des robots institutionnalisés, silencieux et obéissants.

Pendant plusieurs années, bien que vivant sous le même toit, la fratrie ne pouvait pas se parler. Les garçons et les filles étaient séparés. Il leur était interdit de sourire ou de se saluer dans les couloirs ou à la cantine, et encore moins de parler leur langue, le pied-noir.

Un pensionnat en Alberta.

Le pensionnat a fermé ses portes en 1971.

Photo : Église anglicane du Canada

Neuf ans au pensionnat

Vivian Ayoungman est arrivée au pensionnat d’Old Sun à l'âge de 7 ans, sans connaître un mot d’anglais. Elle se souvient d’un incident durant sa première année dans la salle de jeu.

Un mot pied-noir est sorti de sa bouche. Un coup de sifflet a retenti. Nous nous sommes tous arrêtés. Nous savions que quelqu'un allait avoir des problèmes, se rappelle-t-elle. Le superviseur m'a attrapée. Je suis allée dans son bureau et on m’a punie.

Plus de 150 000 enfants des Premières Nations, métis et inuit ont été envoyés de force dans les pensionnats pour Autochtones entre 1870 et les années 1990, le but des Églises et du gouvernement canadien étant de retirer l'Indien en eux, explique Vivian Ayoungman.

Un couloir du collège communautaire Old Sun.

Le collège communautaire Old Sun offre des programmes sur la culture autochtone à des adultes.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

En 2015, le rapport final de la Commission de vérité et réconciliation du Canada a qualifié le système de génocide culturel. Vivian Ayoungman est du même avis.

Malgré les nombreuses violences qu’elle a subies et vues pendant ses neuf ans au pensionnat, Vivian Ayoungman a conservé sa culture.

Elle l’a même enseignée à d'autres en participant à la création de 37 programmes éducatifs et en mettant au point une application mobile, en 2016, pour aider le public à apprendre le pied-noir.

Conserver les bâtiments comme preuves

De son enfance volée, Vivian Ayoungman se rappelle que plusieurs enfants sont morts au pensionnat Old Sun. Les récentes découvertes en Colombie-Britannique et en Saskatchewan l’ont bouleversée, mais ne l'ont pas surprise.

Il y aura d’autres découvertes, croit-elle. Nous parlons de l’existence de ces corps depuis longtemps, mais personne ne nous a crus. L’argent du gouvernement doit aller directement aux Premières Nations qui vont savoir quoi faire.

La façade de l'édifice.

De pensionnat pour Autochtones de 1929 à 1969, l'édifice accueille aujourd'hui un collège communautaire.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Sur Facebook, elle a lu des commentaires demandant la destruction des bâtiments qui ont accueilli d’anciens pensionnats pour Autochtones. Non, nous devons garder les preuves, assure-t-elle. Des anciens disaient : "Nous devons récupérer notre langue là où on nous l’a enlevée."

Renouer avec les savoirs traditionnels

Vivan Ayoungman est enseignante depuis près de 50 ans. Elle travaille au collège communautaire depuis 2010, en collaboration avec des gardiens du savoir cérémoniel. J'ai vite compris que je ne connaissais pas mes racines, dit-elle.

Elle se souvient avec émotion de son premier jour au pensionnat. Elle a dû mettre dans un sac ses vêtements, son passé, pour endosser l’uniforme scolaire.

Aujourd’hui, la professeure qu'elle est devenue répète aux jeunes générations : Soyez fiers de qui vous êtes!

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