•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Moins de 3 % des Canadiens ont été infectés dans la première année de la pandémie

Des gens qui portent un masque se promènent dans un marché extérieur.

Le nombre de Canadiens qui ont été infectés par la COVID-19 est beaucoup plus élevé que les bilans officiels. Plusieurs des personnes infectées étaient asymptomatiques, mais pouvaient transmettre le virus.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Environ 2,6 % de la population au Canada a contracté la COVID-19 entre le début de la pandémie et le mois d'avril 2021, indiquent de nouvelles données de Statistique Canada. Et bon nombre de ces personnes ne savaient probablement pas qu'elles avaient contracté le virus.

Statistique Canada a envoyé des trousses à 48 000 Canadiens pour effectuer des prélèvements sanguins et détecter la présence d’anticorps contre la COVID-19. Environ 12 000 d'entre eux ont accepté de se piquer le doigt pour récolter un échantillon de sang, qui a été analysé au Laboratoire national de microbiologie à Winnipeg.

La proportion de personnes qui développent des anticorps est appelée la séroprévalence d'anticorps contre le SRAS-CoV-2. Il est possible de déterminer si les anticorps se sont développés à la suite d’une infection ou d’un vaccin.

En plus des 2,6 % de Canadiens infectés, 1 % ont développé des anticorps à la suite d'un vaccin. Ainsi, 3,6 % des Canadiens avaient développé des anticorps au début de 2021, indique Statistique Canada.

Précisons que les échantillons de sang ont été recueillis entre novembre 2020 et avril 2021, mais que la majorité des données ont été collectées en janvier et février 2021. La campagne de vaccination ne faisait que commencer et le Canada a connu une importante vague d'infections en avril et mai. Ainsi, le taux de séroprévalence à ce jour est plus élevé, précise Statistique Canada.

Statistique Canada indique qu'un Canadien sur trois ayant développé des anticorps contre le SRAS-CoV-2 à la suite d'une infection n'avait jamais été testé auparavant. Ainsi, la majorité de ces personnes ne savaient probablement pas qu'elles avaient eu la COVID-19.

En fait, 76,6 % des personnes qui avaient des anticorps causés par une infection disent ne jamais avoir eu de symptômes. Selon Statistique Canada, cette donnée permet de confirmer que la propagation asymptomatique a contribué aux taux d'infection.

Les infections asymptomatiques sont bien réelles, ajoute dans un communiqué de presse la Dre Catherine Hankins, coprésidente du Groupe de travail sur l’immunité face à la COVID-19, qui a participé à cette enquête. De nombreux Canadiens [...] auraient très facilement pu transmettre [la maladie] à d’autres, bien que les chiffres ne nous disent pas combien de cas de transmission il y a eu. Cela renforce le fait que les mesures de distanciation physique et le port de masques ont été les meilleurs moyens de contrôler le virus, surtout avant la distribution généralisée de vaccins.

C'est en Alberta (4 %) et au Québec (3,2 %) que le taux de séroprévalence à la suite d'une infection est le plus élevé. En Colombie-Britannique, moins de 2 % des personnes ont été infectées, selon les estimations de Statistique Canada. Dans les provinces de l'Atlantique, le taux de séroprévalence d'anticorps à la suite d'une infection est très faible (0,5 %), signe des mesures sévères de santé publique mises en place pour freiner la pandémie.

Dans les régions de l'Atlantique et des territoires, environ une personne sur cinq aurait développé des anticorps à la suite d'une vaccination.

La séroprévalence d'anticorps à la suite d'une infection antérieure est similaire chez les hommes et les femmes.

Toutefois, le nombre de femmes qui ont développé des anticorps en raison d'une vaccination (1,5 %) est presque quatre fois plus élevé que chez les hommes (0,4 %). Statistique Canada rappelle qu'au début de la campagne de vaccination, les femmes – dont plusieurs travaillent dans le domaine de la santé – étaient beaucoup plus susceptibles que les hommes d'avoir été vaccinées, ce qui pourrait expliquer cet écart.

Les plus jeunes ont également un taux de séroprévalence d'anticorps à la suite d'une infection antérieure plus élevé que les aînés. Le taux est de 3,3 % chez les 1 à 19 ans, comparativement à 1,4 % des 60 ans et plus. Ces chiffres n'incluent pas les personnes habitant dans une résidence pour aînés ou dans un établissement de soins de longue durée.

L’une des constatations les plus intéressantes est le fait que les personnes âgées — celles qui ne vivent pas en établissement de soins de longue durée — n’ont pas été les plus atteintes par le SRAS-CoV-2 au Canada, explique la Dre Catherine Hankins. Les groupes d’âge plus jeunes — en particulier les enfants et les adolescents — présentaient des taux plus élevés d’anticorps dans le sang, suggérant une infection antérieure au SRAS-CoV-2.

Chez les jeunes, la quasi-totalité des anticorps est survenue à la suite d'une infection à la COVID-19. Rappelons que ce groupe d'âge n'est pas encore admissible à la vaccination.

Parmi les adultes canadiens âgés de 20 ans et plus ayant développé des anticorps, environ un adulte sur trois les avait développés à la suite d'une vaccination.

On estime par ailleurs que la proportion de Canadiens appartenant à une minorité visible (4,3 %) et qui ont développé des anticorps après une infection est presque le double des Canadiens n'appartenant pas à une minorité visible (2,1 %). De plus, le pourcentage de personnes appartenant à une minorité visible qui ont développé des anticorps à la suite d'une vaccination est deux fois moins élevé que chez les groupes n'appartenant pas à une minorité visible.

Deux études qui démontrent un bas taux de séroprévalence

Deux hommes et une femme marchent près du parlement du Canada.

Les mesures de santé publique ont aidé à réduire le nombre de Canadiens infectés, estime le Dr Jha.

Photo : La Presse canadienne / PATRICK DOYLE

Le taux de prévalence calculé par Statistique Canada est un peu moins élevé que celle de l’étude Ab-C en cours par le Dr Prabhat Jha, en collaboration avec le Forum Angus Reid.

Le Dr Jha et son équipe ont demandé à près de 10 000 Canadiens de fournir un échantillon de sang – un peu comme l'a fait Statistique Canada. L'épidémiologiste explique que les deux études ont été faites sur une période de temps différente, donc les taux peuvent varier. Ils sont tout de même arrivés à plusieurs constats similaires.

Nous n’avions aucune idée au début de la pandémie si 25 % ou 15 % des Canadiens avaient été infectés, dit Dr Jha, qui est directeur du Centre for Global Health Research, à l'Hôpital St. Michael, et professeur d'épidémiologie à la Dalla Lana School of Public Health, de l'Université de Toronto.

Pour assurer une meilleure représentation de la démographie canadienne, l’équipe du Dr Jha s’est assuré de sélectionner des participants provenant de chaque circonscription fédérale au pays.

Sylvie Lemieux est l’une des participantes de cette enquête.

Je me suis dit que ça serait intéressant de savoir si j’avais eu la COVID-19 sans avoir de symptômes et je me disais que ça aurait une valeur pour la recherche, dit-elle, en ajoutant que le processus a été simple. La Québécoise a envoyé deux échantillons et à deux reprises, son test lui a indiqué qu’il était peu probable qu’elle ait été infectée. Je fais du télétravail et j’ai fait tellement attention que je ne sais pas comment je l’aurais attrapée!

Lors du premier échantillonnage - qui correspond au printemps, à l'été et à l'automne 2020 - le Dr Jha a déterminé que 2 % des Canadiens avaient été infectés par la COVID-19.

Nous avons été un peu surpris par ce bas taux de séroprévalence, mais ça concorde avec le fait que nous étions en confinement.

Une citation de :Prabhat Jha, épidémiologiste, Université de Toronto

Lors de leur deuxième échantillonnage - en janvier et février 2021 - ce chiffre est monté à environ 5 %.

Seules les provinces de l’Atlantique ont enregistré une prévalence moins élevée lors de la deuxième vague, soit de 2-3 %. Le Dr Jha explique cette différence par le fait que les déplacements vers ces provinces étaient très limités, ce qui a freiné la progression du virus.

Comme l'enquête effectuée par Statistique Canada, les chiffres de cette étude montrent également que des dizaines de milliers de Canadiens étaient infectés - particulièrement les jeunes adultes - sans le savoir. La quantité de personnes asymptomatiques est assez élevée, dit le Dr Jha, en ajoutant que ces personnes ont contribué sans le savoir à la transmission du virus.

Ainsi, au 1er septembre, le Dr Jha estime qu’un million de Canadiens avaient déjà été infectés. À ce moment, le bilan officiel faisait état d’environ 130 000 infections confirmées par dépistage. En février 2021, le Dr Jha estime que plus de 1,5 million de Canadiens avaient été infectés, alors que le bilan officiel était de moins 900 000 infections confirmées.

Nos données suggèrent que les cas confirmés représentent environ la moitié de la réalité. Ça peut sembler beaucoup, mais ce n’est vraiment pas autant que d’autres pays.

Une citation de :Prabhat Jha, épidémiologiste, Université de Toronto

Les taux de prévalence varient de 1 % en Islande, à 6 % au Royaume-Uni, et à 10 % aux États-Unis (Nouvelle fenêtre) et même jusqu'à 15 % en France (Nouvelle fenêtre).

Le Dr Jha pense que le Canada a réussi à faire davantage de tests de dépistage pour confirmer les infections, ce qui expliquerait pourquoi le nombre de cas total se rapproche davantage de la prévalence estimée qu’ailleurs au monde.

Certains rapports, comme celui d’Héma-Québec, qui estiment que 10 % des Québécois ont été infectés entre le début de la pandémie et le mois de mars 2021, ne sont peut-être pas aussi précis, indique le Dr Jha. Ces échantillons proviennent de personnes qui ont fait un don de sang, et ces personnes ne représentent pas nécessairement l’ensemble de la population.

Basse prévalence, bonne nouvelle?

Prabhat Jha assis à son bureau.

Le Dr Prabhat Jha a analysé des échantillons de milliers de Canadiens pour étudier la séroprévalence de la COVID-19 au pays.

Photo : Unity Health Toronto

Le Dr Jha affirme que le bas taux de prévalence de la COVID-19 au Canada démontre que le pays a réussi à minimiser le nombre de cas grâce aux strictes mesures de santé publique.

La mauvaise nouvelle, est qu’avec si peu de Canadiens infectés et toujours susceptibles de l’être, la seule façon de se sortir de la pandémie est la vaccination de masse, dit le Dr Jha.

Une autre bonne nouvelle : parmi les personnes qui présentaient des anticorps après une infection, 60 à 95 % les avaient toujours sept mois plus tard. Cela suggère que l’infection virale qui cause la COVID-19 entraîne une réponse immunitaire durable, dit le Dr Jha.

Cette semaine, l’équipe du Dr Jha enverra de nouveaux tests aux participants dans le cadre de la troisième phase de l’étude. Est-ce que nous verrons les taux grimper à 10 %? Davantage? C’est à voir, dit-il.

Les résultats de ces nouveaux tests sanguins permettront non seulement de surveiller les anticorps, mais aussi de voir l’efficacité à long terme des vaccins.

Le Dr Jha affirme que les échantillons sanguins reçus serviront également dans les mois et les années à venir à mieux comprendre le SRAS-CoV-2 et ses effets à long terme.

Il y a encore beaucoup de choses que nous ne connaissons pas à propos de la maladie et pourquoi certaines personnes sont asymptomatiques.

L'évolution de la COVID-19 d'heure en heure.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !