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Le Chili lance le processus de rédaction de sa nouvelle Constitution

Un ordinateur portable allumé dans une salle.

L'ancien édifice du Congrès à Santiago où la nouvelle constitution du Chili sera élaboré.

Photo : Reuters / IVAN ALVARADO

Agence France-Presse

Le Chili débute dimanche le processus de rédaction de sa nouvelle Constitution, avec l'installation officielle de l'Assemblée chargée de l'élaborer : 155 citoyens élus à l'issue d'un processus démocratique inédit, après des mois d'une vive contestation sociale.

Cette assemblée, qui va plancher sur la nouvelle Loi fondamentale pendant neuf mois minimum, douze maximum, est entièrement paritaire et dix-sept de ses sièges ont été réservés à des représentants des peuples indigènes.

Dans l'histoire du Chili,c'est la première fois que les citoyens ont pu élire un corps pour écrire une Constitution, souligne auprès de l'AFP Claudio Fuentes, professeur à l'Université Diego Portales (UDP).

À l'issue du vote des 15 et 16 mai, les nouveaux Constituants sont apparus comme très hétérogènes. Les candidats indépendants représentent 40 % des élus, au détriment des listes montées par les partis traditionnels.

Pour de nombreux analystes, cette Constituante ressemble au Chili réel, avec des militants écologistes, des dirigeants communautaires, des avocats, des professeurs, des journalistes, des économistes, mais aussi des femmes au foyer.

Les représentants des partis politiques traditionnels sont minoritaires et aucune force politique ne dispose du tiers nécessaire pour opposer son veto, les délibérations devant être approuvées aux deux tiers.

Il y a une rupture très profonde entre la société et les institutions, une remise en question du rôle des partis politiques, analyse Marcela Rios, du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) au Chili.

Mobilisation sans précédent

Parmi les membres de la Constituante, une vingtaine faisaient partie des Chiliens spontanément descendus dans la rue pour exprimer leur ras-le-bol lors de la fronde sociale qui a éclaté le 18 octobre 2019.

Ciblant d'abord une hausse du prix du ticket de métro à Santiago, la contestation s'est vite transformée en un mouvement sans précédent contre les inégalités sociales.

Face à l'ampleur des manifestations, qui ont culminé le 25 octobre 2019 avec 1,2 million de Chiliens dans la rue à Santiago, les partis politiques avaient conclu un accord historique pour un référendum sur un changement de Constitution, finalement plébiscité à 79 %.

De nombreux manifestants pointaient alors du doigt le texte, voté en 1980, comme le pivot du système économique ultralibéral mis en place sous Augusto Pinochet (1973-1990) et un frein à toute réforme sociale de fond.

C'est une lumière d'espoir et un synonyme de la lutte dans la rue, explique à l'AFP Ingrid Villena, une avocate de 31 ans, spécialisée dans la violence contre les femmes, qui dit avoir été élue par des gens du peuple comme elle.

Du peuple, c'est-à-dire savoir ce que cela signifie de se lever tous les jours à 6 h du matin, travailler plus de 12 heures par jour, avoir deux emplois pour survivre en s'endettant et ne pas pouvoir payer des choses aussi basiques que la nourriture ou la santé, résume-t-elle.

Pour Jaime Bassa, 44 ans, élu dans le centre-ouest du pays, et qui promeut depuis des années en tant qu'avocat spécialiste un changement de Constitution, cette dernière doit garantir la protection des droits sociaux, car derrière ces droits sociaux, il y a aussi la volonté de répartir plus équitablement les richesses du pays.

À l'autre bout du spectre idéologique, la candidate de la droite conservatrice, Marcela Cubillos, ex-ministre du gouvernement du président Sebastian Piñera et qui a fait campagne pour le NON au référendum, veut défendre le bilan de trois décennies de démocratie, les meilleures de l'histoire du Chili.

La droite a accepté en silence le discours de la gauche qui veut nous faire croire qu'elles ont été les 30 années les pires, a déclaré la deuxième candidate la mieux élue du pays, même si son parti a été un des grands perdants du scrutin.

Dimanche, les nouveaux élus prêteront serment dans les jardins de l'ancien Parlement à Santiago, en raison des contraintes sanitaires liées à la pandémie. Ils procéderont à l'élection de leur président et vice-président.

Par la suite, les sessions auront lieu dans l'ex-Parlement ou dans un autre édifice public du centre de la capitale.

À l'issue de leurs travaux, la nouvelle Constitution sera soumise à un nouveau référendum en 2022. En cas de rejet, le texte actuel restera en vigueur.

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