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Pointe-Calumet exproprie sept propriétés pour construire sa digue

Un couple sur un balcon arrière d'une petite maison brune.

La maison de Gaëtane Trahan et de Claude Lamontagne sera détruite pour laisser place à la nouvelle digue.

Photo : Radio-Canada

Maison détruite et terrains amputés : des citoyens de Pointe-Calumet seront expropriés pour faire place à une digue qui protègera la municipalité d'inondations majeures comme celles de 2017 et 2019. En colère, ils demandent à la municipalité de revoir ses plans.

Gaétane Trahan et Claude Lamontagne ont acheté un petit chalet au bord de l’eau en 1975. Depuis, ils ont bâti une maison où la famille se réunit pour profiter du lac des Deux-Montagnes. Le havre de paix des ces octogénaires s’est transformé en cauchemar depuis qu’ils ont reçu leur avis d’expropriation. Ils se sentent victimes d’injustice.

« Se faire évincer d'un endroit où l'on demeure depuis si longtemps, qui nous a permis de rêver, de recevoir, de vivre humainement... c'est complètement inacceptable! »

— Une citation de  Claude Lamontagne, exproprié de Pointe-Calumet
Un couple de personnes âgées.

Gaëtane Trahan et Claude Lamontagne représentent le groupe de propriétaires de Pointe-Calumet touchés par les expropriations.

Photo : Radio-Canada

Ils ne sont pas seuls. Serge et Louise Fournier perdent leur plage privée. Six autres propriétés entre la 25e et la 32e avenue sont visées par des expropriations, principalement pour des servitudes.

Benoit Demers, dont la famille vit à Pointe-Calumet depuis plusieurs générations, verra cinq de ses neuf lots de terrain visés par la construction de la digue tandis qu’une autre propriétaire, Marie-Noël Dubois, perdra près de 15 % de son terrain et son accès au lac.

Dédommagement insuffisant

La maison de Marie-Noël Dubois est évaluée à environ 340 000 $. Cette jeune femme misait sur sa demeure sur le bord de l’eau pour assurer son avenir financier. La municipalité veut retrancher une partie de son terrain.

« Ils veulent m'enlever 4171 pieds carrés et ils m'offrent vraiment des peanuts en retour...1044,75 $. »

— Une citation de  Marie-Noël Dubois, expropriée de Pointe-Calumet
Une habitante de Pointe-Calumet, Marie-Noël Dubois

Marie-Noël Dubois perdra environ 15 % de son terrain au profit de la digue de Pointe-Calumet.

Photo : Radio-Canada

Benoit Demers est également insatisfait du montant de dédommagement offert par la municipalité. Il conteste, tout comme sa voisine, l’offre devant le tribunal administratif du Québec. Un tribunal sensible aux préjudices que vivent les expropriés, selon l’avocat Daniel Bouchard. L’indemnité qui est versée est généralement largement supérieure à la valeur marchande à la suite du jugement du tribunal.

Outre l’aspect financier, Benoit Demers s’indigne du manque d’écoute de la part des ingénieurs embauchés par la municipalité.

« J'ai demandé à ce qu'on puisse tasser [la digue] au moins d'un terrain. J'ai tenté par trois fois, il n'avait rien à faire. Ils ne veulent pas écouter. »

— Une citation de  Benoit Demers, exproprié de Pointe-Calumet
Un habitant de Pointe-Calumet, Benoit Demers.

Cinq des neuf terrains de Benoit Demers seront touchés par la construction de la digue.

Photo : Radio-Canada

Le groupe de riverains touchés se veut rassurant pour ces concitoyens. Aucun de ses membres n'est contre la construction de la digue. Cependant, il exhorte la municipalité à faire marche arrière et à revenir au plan initial.

« [Que Pointe-Calumet] revienne à la configuration d'une digue sur la bande riveraine sur le bord de l'eau. »

— Une citation de  Claude Lamontagne, exproprié de Pointe-Calumet

La mairesse de Pointe-Calumet, Sonia Fontaine, se désole d’avoir dû procéder à ces expropriations. Malheureusement, c'est la seule solution qui nous était offerte pour continuer.

Au départ, la municipalité envisageait la construction de l’endiguement le long de la bande riveraine, ce qui aurait protégé les personnes habitant entre la 25ème et la 32ième avenue.

Mais l'idée a été abandonnée lors de la séance de conseil en mai 2020. Pour endiguer seulement deux maisons, dont celle de Claude et Gaétane, la facture s'élevait à 2 576 000 $, soit 11,4 % des coûts totaux de la digue qui s'élève à 22,6 millions de dollars.

Sonia Fontaine, mairesse de Pointe-Calumet

La mairesse de Pointe-Calumet doit terminer les travaux d'endiguement du littoral d'ici le 15 avril 2022.

Photo : Radio-Canada

Les élus ont donc refusé de procéder aux travaux d'endiguement, puisqu’il est déraisonnable de faire assumer ces coûts des travaux à l’ensemble des propriétaires fonciers, selon la note inscrite au procès-verbal de la rencontre.

De plus, pour construire le long du littoral, une étude d’impact était exigée, précise la mairesse, ce qui aurait pris des années, selon elle.

« Attendre l'étude d'impact [...] était impossible, parce que ça n'aurait pas été prêt avant la prochaine crue. »

— Une citation de  Sonia Fontaine, mairesse de Pointe-Calumet

Urgence d'agir

Pointe-Calumet doit finaliser la digue avant le 15 avril 2022, conformément au décret gouvernemental daté du 26 mai 2021. Ce dernier permet à la municipalité de soustraire de la procédure d’évaluation et d’examen des impacts sur l’environnement le projet de construction de l’ouvrage.

C’est afin de prévenir les dommages que pourrait causer une autre crue exceptionnelle que la municipalité a été autorisée par le gouvernement à sauter par-dessus le Bureau d'audience publique en environnement.

L’obtention d’une autorisation ministérielle est cependant nécessaire préalablement à la réalisation des travaux. Une demande a été déposée pour le projet de construction d’une digue à Pointe-Calumet. Le dossier est actuellement en cours d’analyse au ministère de l’Environnement et de la Lutte aux changements climatiques.

La mairesse ajoute que l’urgence n’est pas que temporelle, mais aussi financière. Pointe-Calumet sera considérée comme étant en zone inondable tant et aussi longtemps que la digue n'aura pas été complètement érigée, explique-t-elle

« L'impact financier est énorme pour la totalité des citoyens, donc, oui, il y a urgence d'agir! »

— Une citation de  Sonia Fontaine, mairesse de Pointe-Calumet

L’élue affirme que ses citoyens paient plus cher pour leurs assurances privées et que la valeur des maisons à long terme pourrait diminuer.

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