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Analyse

Joe Biden, à la recherche de la route qui mènera au pont

Le président Biden après un discours sur les infrastructures en Louisiane, en mai.

Depuis quelques mois, Joe Biden tient des événements dans tout le pays, comme ici en Louisiane, pour promouvoir son plan d'investissements dans les infrastructures.

Photo : afp via getty images / BRENDAN SMIALOWSKI

Le président américain parviendra-t-il à faire adopter un plan d’investissement en infrastructures qui conviendra à la fois à certains élus républicains et aux membres les plus progressistes du Parti démocrate? L’issue des tractations autour de ce dossier pourrait être révélatrice de la suite de la présidence de Joe Biden.

Selon l'American Automobile Association (AAA), plus de 43 millions d'Américains envahissent les routes cette fin de semaine pour profiter d'un long congé.

De l'avis de la Maison-Blanche, plusieurs des routes et des ponts qu'empruntent les automobiles sont dans un état d'effritement. D'où le besoin, selon l'administration Biden, d'investir massivement dans les infrastructures.

Fin mai, le président démocrate a dévoilé un ambitieux plan d'investissement promettant d’aller au-delà de la définition traditionnelle des infrastructures. Son administration envisageait notamment des dépenses dans la recherche et le développement, un meilleur accès à Internet et des formations pour les travailleurs.

La lutte contre les changements climatiques occupe aussi une place centrale dans cette stratégie. Joe Biden a promis que son plan contribuerait à transformer l’économie américaine.

La facture envisagée : 2000 milliards de dollars. Un montant beaucoup trop élevé aux yeux des républicains, et même de certains démocrates centristes.

Au cours des dernières semaines, dix sénateurs, des démocrates et des républicains, ont entrepris d’intenses négociations pour en venir à un compromis qui aurait des chances d’être adopté dans un Congrès politiquement divisé.

Jeudi 24 juin, ces élus sont sortis de la Maison-Blanche en compagnie du président Biden qui, sourire aux lèvres, n’a pas caché sa satisfaction. Nous avons une entente, a-t-il déclaré.

Joe Biden accompagné de sénateurs démocrates et républicains.

Joe Biden n'a pas caché sa satisfaction après être parvenu à une entente avec un groupe de sénateurs des deux partis.

Photo : Getty Images / Kevin Dietsch

Mais plus d’une semaine plus tard, le sort de cette entente demeure incertain.

Difficile de savoir quand et même si le texte atteindra le Bureau ovale pour recevoir la signature présidentielle.

Un pont entre les partis?

C’est que, peu après son annonce en compagnie des sénateurs des deux partis, Joe Biden a précisé ses intentions.

Pour le président, l’entente de 579 milliards de dollars en nouvelles dépenses, qui est significativement plus modeste que son projet initial, devra être accompagnée d'une seconde proposition. Cet autre texte législatif devra contenir des mesures, notamment sociales, qui ont été abandonnées dans les négociations.

En ayant recours à la procédure de la réconciliation, les démocrates pourraient faire adopter ce deuxième projet sans qu’aucun appui républicain ne soit nécessaire. Cette stratégie est évoquée depuis un moment par les dirigeants du parti au Congrès.

C’est la seule manière dont ça viendra à moi, sinon je ne signe pas, c’est un tandem, a écrit le président Biden, avant de se rétracter quelques heures plus tard, après que des élus républicains eurent fait part de leur mécontentement.

Mes commentaires ont donné l’impression que j’étais prêt à opposer mon veto sur le plan que je venais d’approuver, ce qui n’était certainement pas mon intention, a précisé Joe Bien.

Cet épisode illustre à lui seul tout le défi de gouvernance auquel Joe Biden est confronté.

En ouvrant la porte à un compromis, le président, qui a promis d’être un chef d’État rassembleur, souhaite montrer qu’il est capable de tendre la main à ses adversaires.

Mais négocier vient avec la possibilité d’abandonner des promesses chères à la base démocrate qui permettraient de faire de Joe Biden un président réformateur.

À Washington, des manifestants ont demandé à l'administration Biden plus d'investissements en matière de changement climatiques.

À Washington, des manifestants ont demandé à l'administration Biden plus d'investissements en matière de changements climatiques.

Photo : Getty Images / Kevin Dietsch

D’ailleurs, rapidement après l’annonce de l'entente bipartite, la représentante progressiste Alexandria Ocasio-Cortez n’a pas hésité à déplorer un projet qui, à son avis, n’en fait pas assez pour la classe ouvrière, les femmes et les minorités.

Joe Biden et ses alliés au Congrès réussiront-ils à bâtir le pont qui permettra de réunir à la fois les démocrates progressistes de la Chambre et les républicains et démocrates centristes du Sénat?

Chose certaine, ces efforts pourraient s’annoncer déterminants pour la suite du mandat présidentiel du 46e président.

Surtout que règle générale, les Américains, quelle que soit leur allégeance politique, sont plutôt en accord avec le besoin d’investir dans les infrastructures vieillissantes du pays. Un sondage Ipsos réalisé à l’automne 2020 avançait que 65 % de la population jugeait que le pays n’en faisait pas assez pour répondre aux besoins en matière d’infrastructures.

Politiquement parlant, la question n’est par ailleurs pas la plus risquée pour les élus. Peu importe leur parti, ils pourront tous trouver un pont, une route ou un aéroport dans leur district ou leur État qui bénéficiera d’investissements et dont ils pourront vanter les mérites auprès de leur électorat.

Donc, si même ce dossier ne rallie pas suffisamment d’élus, des questions légitimes peuvent se poser sur la capacité de l’administration et du Congrès de s’entendre à propos de questions épineuses comme le droit de vote, le port d’armes ou les réformes policières.

S’il veut bâtir d'autres ponts, Joe Biden devra d’abord s’assurer que la base de celui des infrastructures est bien solide.

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