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Spike Lee, président du jury au Festival de Cannes

Spike Lee portant une statuette des Oscars

Spike Lee présidera le jury du Festival de Cannes qui s'amorce ce 6 juillet.

Photo : Reuters / Mario Anzuoni

Agence France-Presse

Le réalisateur américain Spike Lee, qui apporte son propre regard au cinéma américain depuis plus de 30 ans, sera à la tête du jury de la grand-messe du cinéma à Cannes qui s’amorce mardi. Portrait d’un artiste au cinéma à la fois exigeant et divertissant qui a ouvert la voie à beaucoup de membres de la communauté afro-américaine.

Cannes aura toujours une place importante dans mon cœur, disait, en mars dernier, le scénariste de 64 ans, puisque le festival lui avait offert – pour son premier long métrage – la reconnaissance du milieu en sélectionnant Nola Darling n'en fait qu'à sa tête (She’s Gotta Have It) à la Quinzaine des réalisateurs, en 1986.

Il s'agit d'un petit film, tourné en deux semaines dans la chaleur de l'été 1985 en noir et blanc avec, entre autres, les économies de sa grand-mère. Mais la déflagration qu'a engendrée le personnage de Nola Darling se ressent encore aujourd'hui.

Avec ce premier long métrage, lauréat du Prix de la jeunesse à Cannes, il a brisé le plafond de verre [pour les personnes de la communauté noire dans le cinéma] et ouvert les portes pour toutes celles qui sont passées après lui, affirme Michael Genet, acteur et scénariste, auteur de She Hate Me (2004).

[Le réalisateur] Ryan Coogler ne serait pas ce qu'il est aujourd'hui avec Black Panther si Spike Lee n'avait pas fait ce qu'il a fait, poursuit-il au sujet de celui qui a remporté, en 2019, l'Oscar de la meilleure adaptation pour BlacKkKlansman. Jusque là, Spike Lee avait dû se contenter d'un Oscar d'honneur, hors compétition, en 2016.

Du documentaire à la publicité

Shelton Jackson Lee, de son nom de naissance, né en Georgie en 1957, a grandi à Brooklyn, dans le quartier de Fort Greene, où se trouvent toujours les bureaux de sa maison de production, 40 Acres and a Mule.

Petit homme au regard résolu derrière ses lunettes, il a joué le rôle du coursier gouailleur Mars Blackmon dans le film Nola Darling n'en fait qu'à sa tête.

Il était réservé, mais je l'appelais l'homme idée, raconte Herbert Eichelberger, qui a été son professeur de cinéma à l'Université Clark à Atlanta et que Spike Lee présente comme son mentor.

Dès le début, c'était un grand conteur, dit l'enseignant, qui le pensait prédestiné au documentaire. Mais Spike Lee n'y viendra qu'en 1997 avec 4 Little Girls, nommé aux Oscars et suivi par beaucoup d'autres.

Entre-temps, il a affirmé son cinéma, souvent politique, avec des films comme Do the Right Thing, Jungle Fever ou Malcolm X, produits à l'écart d'Hollywood afin de rester maître de la distribution – largement ouverte aux artistes de la communauté noire – et du montage.

Même si Spike Lee n'a jamais réalisé de superproduction, il est malgré tout considéré aux États-Unis comme un réalisateur grand public.

Quand nous sommes rentrés de Cannes (en 1986), le film Nola Darling n’en fait qu’à sa tête était sorti à New York et je ne pouvais plus marcher dans la rue.

Une citation de :John Canada Terrell, acteur

Mais Spike Lee a surtout bénéficié d'un coup d'accélérateur le jour où, en 1987, Nike lui a confié la réalisation d'une série de publicités pour les chaussures Air Jordan. Ces petits films en noir et blanc, qui mettent en scène Michael Jordan et Spike Lee, de retour en Mars Blackmon (personnage du film Nola Darling n’en fait qu’à sa tête), ont transformé à jamais le marketing sportif.

Boulimique de projets, il a tourné des publicités pour différentes marques, ainsi que des vidéos musicales. Et aussi des films plus classiques, comme Inside Man (2006), un suspense qui a engendré ses plus fortes recettes à ce jour.

Quête perpétuelle d'indépendance

Spike Lee demeure farouchement accroché à son indépendance et garde le cap, à 64 ans, avec la communauté noire américaine en toile de fond. BlacKkKlansman, qui lui avait déjà valu le Grand Prix à Cannes avant un Oscar, évoque ainsi l'histoire vraie d'un Noir infiltré dans les rangs du Ku Klux Klan.

Avec Da 5 Bloods, sorti sur Netflix en 2020, il évoque le rôle majeur de la communauté afro-américaine dans tous les conflits aux États-Unis, une contribution souvent passée sous silence ou minimisée, qui n'a jamais favorisé l'émancipation de ses membres.

Entre 1985 et aujourd'hui, c'est le jour et la nuit, disait-il de la présence des personnes noires au cinéma en janvier 2018 à l'émission de la chaîne Viceland Desus & Mero.

Mais nous ne pouvons pas être satisfaits. Il ne s'agit pas seulement de faire un film. Nous devons accéder aux postes-clés pour avoir notre mot à dire sur ce qui se tourne.

Une citation de :Spike Lee

Le 74e Festival de Cannes se tiendra du 6 au 16 juillet prochain en France.

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