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Les forces étrangères quittent la plus grande base d'Afghanistan

Un homme marche le long d'un haut mur en béton coiffé de barbelés.

L'aérodrome de Bagram, la plus grande base aérienne de l'Afghanistan, est désormais entre les mains du ministère de la Défense après le retrait des troupes étrangères.

Photo : afp via getty images / ZAKERIA HASHIMI

Agence France-Presse

Les États-Unis ont assuré vendredi que la totalité de leurs troupes seraient parties d'Afghanistan d'ici fin août, quelques heures après l'annonce du départ de l'ensemble des militaires américains et de l'OTAN de la base aérienne de Bagram, la plus grande du pays.

Ce retrait intervient avant la date butoir fixée du 11 septembre sans pour autant être aussi rapide que ceux qui comptaient sur la date symbolique de la fête nationale américaine du 4 juillet.

Les talibans se sont réjouis du départ des troupes étrangères de ces installations situées à 50 km au nord de Kaboul qui ont été le pivot des opérations américaines tout au long de la guerre déclenchée en 2001.

C'est de là qu'étaient effectuées les frappes aériennes contre les talibans et leurs alliés d'Al-Qaïda et qu'était organisé le réapprovisionnement des soldats.

L'aérodrome de Bagram a été officiellement remis au ministère de la Défense. Les forces américaines et de la coalition se sont complètement retirées de la base, et désormais les forces armées afghanes la protégeront et l'utiliseront pour combattre le terrorisme, a tweeté le porte-parole adjoint du ministère afghan de la Défense, Fawad Aman.

Un responsable américain de la Défense avait auparavant confirmé, sous couvert d'anonymat, que toutes les forces de la coalition étaient parties de Bagram.

Nous nous réjouissons de ce départ, a déclaré à l'AFP le porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid. Leur retrait complet [d'Afghanistan] permettra aux Afghans de décider eux-mêmes de leur avenir.

Des hommes réunis lèvent leur fusil en l'air.

Des miliciens afghans ont rejoint les forces de sécurité du pays lors d'un rassemblement à Kaboul, le 23 juin 2021. Le ministère de la Défense travaille avec les chefs de guerre pour mobiliser les milices locales, surtout dans le nord, pour tenter d'endiguer les dernières avancées des talibans, qui y contrôlent plusieurs districts clés.

Photo : Associated Press / Rahmat Gul

Les derniers soldats américains quitteront le territoire afghan d'ici fin août, a indiqué vendredi la porte-parole de la Maison-Blanche Jen Psaki, soit avant la date butoir qui était celle du 20e anniversaire des attentats de 2001.

Nous sommes exactement sur la trajectoire programmée, a affirmé le président Joe Biden au cours d'une conférence de presse.

Une situation chaotique

Les talibans ont quant à eux partout multiplié leurs offensives depuis que ce retrait final a débuté en mai, s'emparant de dizaines de districts ruraux, pendant que les forces de sécurité afghanes consolidaient leurs positions dans les grandes villes.

La capacité de l'armée afghane à conserver le contrôle de l'aérodrome de Bagram pourrait être l'une des clés pour préserver la sécurité aux abords de la capitale Kaboul et pour maintenir la pression sur les insurgés.

Joe Biden a à cet égard souligné vendredi que le gouvernement afghan devait désormais être capable lui-même de protéger en particulier la capitale.

Le départ des troupes étrangères de Bagram symbolise le fait que l'Afghanistan est seul, abandonné, et contraint de se défendre seul contre l'assaut des talibans, estime l'expert Nishank Motwani, basé en Australie.

De retour chez eux, les Américains et les forces alliées verront de loin être réduit en cendres ce qu'ils se sont battus si durement pour construire, en sachant que les hommes et les femmes afghanes avec lesquels ils se sont battus risquent de tout perdre.

Une citation de :Nishank Motwani, directeur de l'Unité de recherche et d'évaluation de l'Afghanistan à Kaboul

Selon des informations de presse, le Pentagone devrait néanmoins maintenir près de 600 soldats en Afghanistan pour garder la vaste ambassade des États-Unis à Kaboul.

Nous continuerons à fournir des systèmes de sécurité, de l'assistance humanitaire et d'être des partenaires du gouvernement de l'Afghanistan dans les prochains mois, a ainsi précisé Jen Psaki.

Une femme voilée est assise au milieu d'une route avec un enfant.

Une femme quête de l'argent sur l'autoroute qui relie Bagram à Kaboul, le 25 juin 2021.

Photo : Associated Press / Rahmat Gul

Les habitants de Bagram, pour leur part, s'attendent à ce que la situation sécuritaire se dégrade après le départ des troupes étrangères.

La situation est chaotique [...] Il y a beaucoup d'insécurité et le gouvernement n'a pas [assez] d'armes et d'équipement, a affirmé à l'AFP Matiullah, qui tient un magasin de chaussures sur le marché de Bagram.

Depuis qu'ils ont commencé à se retirer, la situation a empiré. Il n'y a pas de travail [...] les affaires ne marchent pas, a constaté Fazal Karim, un mécanicien pour vélos.

Une cible de choix

Au fil des ans, des centaines de milliers de militaires américains et de l'OTAN, ainsi que des sous-traitants, s'étaient établis dans la base de Bagram, qui ressemblait à une ville miniature.

À une certaine époque, elle a même compris des piscines, des cinémas et des spas ainsi que des chaînes de restauration rapide comme Burger King et Pizza Hut.

La base abrite aussi une prison dans laquelle ont été enfermés des milliers de talibans et de djihadistes.

Elle avait été construite par les États-Unis pour leur allié afghan pendant la guerre froide dans les années 1950 afin de le protéger de l'Union soviétique au Nord.

Des personnes fouillent un amas de débris sous le soleil.

Des Afghans fouillent parmi les affaires laissées derrière par les troupes occidentales dans un vaste dépotoir, près de la base de Bagram.

Photo : afp via getty images / Adek Berry

Ironiquement, elle a été utilisée et considérablement étendue par les Soviétiques après qu'ils eurent envahi en 1979 l'Afghanistan.

Quand ils s'en sont retirés en 1989, elle est devenue un enjeu majeur de la guerre civile qui a suivi. Il semble même que les talibans soient à un moment parvenus à contrôler un bout de la piste longue de trois kilomètres, leurs ennemis de l'Alliance du Nord étant alors à l'autre bout.

Ces derniers mois, Bagram est devenue la cible de tirs de roquettes revendiqués par le groupe armé État islamique, faisant craindre qu'elle ne soit rapidement l'objet d'une attaque en règle.

En mai, il restait près de 9500 soldats étrangers en Afghanistan, dont 2500 Américains. Jusqu'à présent, ce retrait a été mené tambour battant.

Pour le moment, seules l'Allemagne et l'Italie ont confirmé avoir retiré leurs dernières troupes.

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