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Montréal : des milliers de personnes marchent à la mémoire des enfants disparus

Deux femmes autochtones se serrent, les larmes aux yeux.

La cérémonie et les performances artistiques qui précédaient le début de la marche ont ému de nombreux manifestants.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Des milliers de personnes ont défilé à Montréal jeudi pour rendre hommage au millier d’enfants autochtones disparus dont les sépultures ont été retrouvées au cours du dernier mois. Elles répondaient ainsi à l’appel du mouvement #CancelCanadaDay, qui visait à annuler les célébrations de la fête du Canada.

Des enfants comme des aînés, allochtones et autochtones, suivaient la cadence vêtus en orange à la demande des organisateurs. La couleur représente le feu qui brûle en nous tous, a expliqué Kevin Deer, un aîné mohawk natif de Kahnawake, au point de ralliement, le parc Jeanne-Mance.

Sur leurs pancartes, on peut lire Justice doit être rendue, Chaque enfant compte ou encore Ramenez nos enfants à la maison. Plutôt que de scander de tels slogans, les manifestants chantaient en chœur, dansaient et jouaient des instruments de musique en gardant le pas.

Des milliers de personnes dans les rues, dont plusieurs portent un chandail orange ou ont une pancarte.

Des milliers de personnes se sont rassemblées dans les rues de Montréal pour rendre hommage aux enfants autochtones disparus et demander justice.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Avant d’entamer la marche, des artistes autochtones se sont succédé pour offrir des performances tantôt émouvantes, tantôt revendicatrices. Au même moment se déroulait une cérémonie autour d'un feu sacré, dans lequel certains lançaient du tabac et de la sauge.

Norman Achneepineskum, des Buffalo Hat Singers, a livré un témoignage touchant au sujet de ses parents et de ses sept frères et sœurs, qui ont été envoyés de force dans des pensionnats. Le joueur de tambour anichinabé a dit espérer que tous les esprits de ces enfants puissent retourner à la maison.

Elisapie Isaac sur scène.

L’autrice-compositrice-interprète originaire du Nunavik Elisapie Isaac a demandé aux Québécois de reconnaître leur part de responsabilité dans cette triste partie de l’histoire.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La foule a aussi été grandement émue, parfois aux larmes, par la performance d’Elisapie Isaac. ​C’est important que les Québécois tournent le miroir vers eux-mêmes, a-t-elle affirmé. Je ne dis pas ça pour diviser mais pour qu’on puisse se rassembler.

Vous devez êtes prêts à faire preuve d’autant de courage que celui dont nous faisons preuve chaque jour. Ça nous offrirait un énorme répit.

Une citation de :Elisapie Isaac

Des événements similaires se sont tenus partout au pays.

Plus d’un millier de tombes anonymes découvertes en un mois

Le 28 mai, la Première Nation Tk'emlups te Secwépemc a annoncé avoir découvert les restes de 215 enfants sur le site d'un ancien pensionnat à Kamloops, en Colombie-Britannique.

Le 27 juin, la Première Nation de Cowessess a retrouvé 751 tombes anonymes à proximité de l’ancien pensionnat pour Autochtones de Marieval, en Saskatchewan.

Le 30 juin, la Première Nation de Lower Kootenay a trouvé 182 sépultures non marquées près de l'ancien pensionnat St. Eugene, en Colombie-Britannique.

Je ne connais pas ma grand-mère, je ne connais pas mon grand-père, je ne connais pas mon père, a confié Mia Fischlin, pour qui l'événement est bien plus que symbolique. Mes frères et sœurs et moi étions la première génération de notre famille à ne pas fréquenter les pensionnats. Ce système a déchiré toute notre famille.

Mia Fischlin et son amie à la marche du premier juillet, à Montréal.

Mia Fischlin (à gauche) n'a pas connu sa grand-mère, ni son grand-père, ni son père à cause du système des pensionnats pour Autochtones.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Juste à cause de ce système, ma famille a eu des problèmes de santé mentale, on a été éloignés de notre spiritualité, explique-t-elle, la gorge nouée. On a une sorte de sentiment vide de ne pas avoir de famille.

Elle a ajouté vouloir faire partie de ce mouvement, car les peuples autochtones ont traversé de terribles épreuves. Ça fait du bien de sentir que les gens comprennent enfin, admet Mia Fischlin. Mais on a dû trouver des sépultures dans le sol pour qu'on nous écoute et qu'on comprenne la douleur à laquelle on fait face.

Je suis fière d'être Canadienne

Il était temps que ça sorte, affirme Karolane Ducharme, une journaliste de quatrième génération mohawk. Je suis ici parce que 1000 corps ont été retrouvés et qu’on sait qu’il y en a d'autres qui s'en viennent. Il est temps qu’on se réveille.

Je suis fière d'être Canadienne. Je suis fière d'appartenir à ces montagnes-là, à ces eaux-là, à ce vent-là. Notre monde est beau. Est-ce qu’on peut se le partager?

Une citation de :Karolane Ducharme

Elle s'est dite touchée, mais par-dessus tout très fière des Canadiens. Cet événement démontre qu’on peut avancer ensemble, être solidaires et sentir que les gens ont entendu notre message.

Chantale Chartrand et Georgette Rock à la manifestation du premier juillet à Montréal, vêtues de orange.

Chantale Chartrand et sa mère, Georgette Rock, elle-même survivante d'un pensionnat pour Autochtones, marchent côte à côte pour rendre aux hommages aux enfants disparus.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Chantale Chartrand s'est dite fière elle aussi, mais triste. Elle marche aux côtés de sa mère, Georgette Rock, de la communauté innue de Uashat-Maliotenam, près de Sept-Îles.

Elle participe d’abord à l'événement pour honorer la résilience de sa mère, qui est une survivante des pensionnats. Ce qui l’a sauvée, c’est qu’elle a été envoyée à l’hôpital à cause de la tuberculose, lâche-t-elle.

On souligne une partie de l’histoire qui est tragique, c’est un génocide. Mais marcher comme ça, ça fait partie de la guérison, ça me donne de l’espoir qu’on va bâtir un futur qui est meilleur, pour tout le monde.

Une citation de :Chantale Chartrand

Je serais dévastée

Irene Qavavauk est née à Arctic Bay, au Nunavut, et vit aujourd’hui à Montréal. Elle s’est rendue à la manifestation accompagnée de ses deux filles, Lea, 16 ans, et Serena, 9 ans, dans le but de les éduquer sur le passé sombre du Canada.

C’est crucial d’être ici parce que c’est extrêmement triste de voir tous ces enfants qui sont portés disparus pendant si longtemps. C’est réel et ça s’est produit.

Une citation de :Irene Qavavauk

Elle a avoué, les larmes aux yeux, qu’elle serait dévastée de perdre ses filles comme les parents des enfants retrouvés à proximité des pensionnats. Je ne peux pas imaginer envoyer mes enfants à l'école et ne plus jamais les revoir.

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