•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Une fête du Canada assombrie par le drame des pensionnats

À l'occasion de la fête nationale, les célébrations ont laissé place à des marches à la mémoire des milliers d'enfants qui ont péri dans les pensionnats pour Autochtones au Canada.

Des milliers de personnes dans les rues, dont plusieurs portent un chandail orange ou ont une pancarte.

Des milliers de personnes se sont rassemblées dans les rues de Montréal pour rendre hommage aux enfants autochtones disparus et demander justice.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Radio-Canada
|

1148.

C'est le nombre de sépultures anonymes qui ont été localisées depuis un mois près d'anciens pensionnats pour Autochtones en Colombie-Britannique et en Saskatchewan. Des découvertes qui assombrissent les festivités du 1er juillet et qui appellent à la réflexion, à la modestie et à la solidarité plutôt qu'à la célébration.

On va quand même se souhaiter une bonne fête du Canada, mais c’est une journée où on sent aussi le poids de la responsabilité des erreurs tragiques et horribles d’il y a bien des décennies et qui continuent aujourd’hui à avoir un effet néfaste sur les communautés autochtones, a expliqué Justin Trudeau, en entrevue à Radio-Canada tandis qu'il se trouvait en famille au marché Parkdale, à Ottawa.

Le premier ministre a mentionné à plusieurs reprises au cours des derniers jours que, cette année, la fête du Canada devait être l'occasion de réfléchir au sort des peuples autochtones. Le drapeau de la tour de la Paix, en berne depuis le 30 mai, l'est d'ailleurs resté tout au long de la journée.

« La plus grosse erreur qu’on a faite au pays, c’est l’assimilation forcée des enfants autochtones par les pensionnats. »

— Une citation de  Justin Trudeau, premier ministre du Canada
Justin Trudeau tend la main pour prendre un panier de carottes dans un marché extérieur, entouré de ses enfants et sa conjointe.

Le premier ministre Justin Trudeau passait cette fête du Canada en famille jeudi.

Photo : Reuters / Blair Gable

À Ottawa, des personnes sont venues se recueillir près de la Flamme du centenaire – symbole de l'unité canadienne –, sur la colline du Parlement. Un endroit qui, d'ordinaire, est animé par les célébrations en ce jour de la Confédération. Certains ont prié ou observé une minute de silence. D'autres ont déposé des gerbes de fleurs, les larmes aux yeux, évoquant un jour de deuil.

La Commission de vérité et réconciliation du Canada estime qu'au moins 3200 enfants ont péri dans les pensionnats pour Autochtones, qui ont été en fonction de 1880 à 1996 au pays.

C'est vraiment triste et tragique, a affirmé une femme. Le gouvernement doit agir, surtout concernant les 94 appels à l'action [de la Commission de vérité et réconciliation]. Ils ont besoin de travailler plus fort pour que les choses changent.

Je voulais venir par respect et pour montrer au monde que nous sommes conscients de ce qui se passe, que c'est une situation tragique, a déclaré une autre femme venue se recueillir.

Dans son discours sur la fête nationale, le chef de l'Assemblée des Premières Nations (Assemblée des Premières Nations), Perry Bellegarde, qui quittera son poste à la fin de l'année, a exhorté les Canadiens à réfléchir à propos de la noirceur passée et à s'engager à faire mieux en tant que pays.

Tous les gouvernements ont l'occasion d'agir sur les priorités des Premières Nations, a-t-il ajouté. Il existe une base solide, mais il reste encore beaucoup de travail à faire. Nous devons continuer à agir pour un véritable changement, un changement qui rendra justice aux survivants des pensionnats, qui mettra fin à la violence fondée sur le sexe et au racisme systémique dont souffrent les institutions canadiennes.

Perry Bellegarde a conclu que ce changement mènera à une réconciliation réelle et durable.

Des drapeaux orange sur du gazon avec en arrière-plan le parlement.

Des drapeaux orange ont été plantés sur la colline du Parlement en mémoire des enfants morts dans les pensionnats pour Autochtones.

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Ligne bilingue d'appui pour les survivants des pensionnats autochtones : 1 866 925-4419

Solidarité et modestie

Des marches ont été organisées dans plusieurs villes, à l'initiative de leaders autochtones, pour commémorer les milliers d'enfants qui ont péri dans les pensionnats, mais aussi pour soutenir les survivants et réfléchir au sort des Premières Nations au pays.

À Gatineau, le rendez-vous avait lieu devant les bureaux du ministère des Services aux Autochtones. Le convoi s'est dirigé vers le parlement, du côté d'Ottawa, où des activités ont eu lieu tout l'après-midi, dont une cérémonie.

Les marcheurs ont pu assister à divers discours d'aînés, du grand chef de la nation algonquine Anishinabeg, John Boudrias, et de survivants des pensionnats qui souhaitaient raconter leur histoire. La cérémonie s'est conclue avec des chants et des danses.

« Ça me donne espoir que nous pouvons vraiment travailler sur la réconciliation quand je vois les autres peuples embarquer avec nous dans cette démarche, dans cette période de deuil. C'est vraiment touchant. »

— Une citation de  John Boudrias, grand chef du Conseil tribal de la nation algonquine Anishinabeg, en entrevue à RDI Matin
Des femmes en habits traditionnels.

À Toronto, le thème de la manifestation était « Chaque enfant compte ».

Photo : La Presse canadienne / Christopher Katsarov

À Toronto, une marche rassemblant plusieurs centaines de personnes a eu lieu. Les manifestants se sont dirigés vers l'hôtel de ville, qui, plus tard en soirée, a été illuminé en orange en soutien aux Premières Nations. J'ai subi le système des pensionnats et je trouve que c'est important que l'on dévoile ce qui s'est passé, a raconté un homme présent lors de l'événement.

À Fredericton, au Nouveau-Brunswick, environ 800 personnes se sont réunies pour une marche de guérison, une manifestation d'une ampleur hors du commun pour cette ville d'environ 55 000 habitants.

À Montréal, des milliers de personnes se sont rassemblées au parc Jeanne-Mance à 14 h. Un convoi a aussi quitté Kanesatake à 11 h 30 en direction de la métropole pour commémorer les victimes des pensionnats.

Des milliers de personnes marchant dans la rue, dont plusieurs portent un chandail orange.

Des milliers de personnes ont marché dans les rues de Montréal pour rendre hommage aux enfants autochtones disparus. Le rassemblement de Montréal s’inscrit dans le mouvement des protestations visant à annuler la fête du Canada (#CancelCanadaDay) partout au pays.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

À Québec une grande marche était organisée à 16 h, dont le point de départ était prévu à la place Jean-Béliveau, dans le secteur du Centre Vidéotron. Des représentants de la communauté de Mashteuiatsh, au Lac-Saint-Jean, étaient notamment sur place.

Une marche était tout de même organisée à Mashteuiatsh, où un pensionnat a exercé ses activités jusqu'en 1980. Il y a beaucoup de préjugés, déplore Caroline Lambert, directrice de Puakuteu – Comité de femmes de Mashteuiatsh et organisatrice de la marche.

Le message [qu'on veut envoyer à la population], c'est d'être sensibilisé, d'être à l'écoute et de comprendre ce qu'on vit.

À Saguenay, une veillée s'est tenue à la place du Citoyen, au centre-ville de Chicoutimi, en soirée.

Sur sa page Facebook, le premier ministre François Legault a quant à lui offert ses condoléances aux Autochtones et rappelé le rôle qu'ont joué les Premières Nations dans le développement du Canada. Il a aussi reconnu que l'histoire tragique des pensionnats autochtones vient assombrir les célébrations de la fête du Canada.

À l'Assemblée nationale, le drapeau a été mis en berne en signe de solidarité.

Avec les informations d'Estelle Côté-Sroka, Philippe L'Heureux et Stella Dupuis

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !