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Chronique

FestiVoix : enfin revivre en festival!

Une scène extérieure de spectacle.

L'édition 2021 du FestiVoix de Trois-Rivières a débuté le 25 juin.

Photo : Festivoix de Trois-Rivières

La question m’est venue en tête quelque part sur l’autoroute 40 en direction de Trois-Rivières, afin d’assister au FestiVoix : à quand la dernière couverture d’un festival musical en plein air?

J’ai hurlé tout seul dans l’auto : 23 mois! Le festival Osheaga… en 2019. J’avais soudainement encore plus envie que jamais de renouer avec un festival estival, même si celui-là – comme tous les autres au Québec actuellement – doit composer avec des contraintes liées à la pandémie.

Pour les habitués du FestiVoix, les contraintes sont évidemment sanitaires (masques, sauf lorsqu’on est à sa place, distanciation, bulles), mais aussi logistiques. En raison de l’absence de passeports pour l’ensemble du festival, les billets pour chaque concert – exclusivement électroniques – sont vendus à la pièce. Toutes les scènes sont ainsi séparées par des grilles, ce qui entrave les allées et venues sans contraintes d’antan. Cela dit, le festival conserve son cachet.

Magnifique site

Le jardin des Ursulines, qui surplombe le fleuve avec son gazon bien vert et sa configuration de tables et de chaises digne d’une petite salle, était un lieu ravissant pour accueillir Ariane Moffatt, qui présentait son nouveau spectacle centré sur son récent disque, Incarnat. Attablé à une petite table carrée, les pieds dans le gazon, j’avais l’impression d’être à la fois en camping et au bistro.

Ariane Moffatt sur scène.

Le spectacle d'Ariane Moffatt était centré sur son plus récent album, Incarnat.

Photo : Festivoix de Trois-Rivières / Cyrille Farre

Les 400 places disponibles étaient occupées quand Moffatt est montée sur scène avec un ensemble bleu comme le ciel que l’on espérait (il y avait encore des risques d’orages) et ses lunettes soleil cuvée années 1970 pour s’installer à son piano électrique.

Doublé d’ouverture avec l’instrumentale La classe et Distance, tirées du nouvel album. D’entrée de jeu, la musicienne a imposé l’ambiance avec aisance. Dans ce spectacle nouvelle mouture, le passé côtoie le présent, mais sous d’autres formes. C’est le cas de Debout, une chanson revisitée par la COVID qui a néanmoins conservé toute sa pertinence dans un nouveau contexte.

J’ai rodé ce spectacle dans une salle de Montréal avec un nom de circonstances, Corona, mais ici, comme disait un ami, on dirait que l’on est dans la cour d’une personne extrêmement riche, a noté la musicienne dont les enchaînements entre les chansons semblent déjà bien maîtrisés.

Les mentors

Ariane Moffatt en train de chanter et de jouer du piano.

Ariane Moffatt s'est produite avec son aisance naturelle sur scène.

Photo : Festivoix de Trois-Rivières / Cyrille Farre

Seule sur scène, elle majore les notes de son piano d’autres éléments, comme notamment ces pulsions qui rappellent l’univers de Portishead dans l’exquise Décalage. L’autrice-compositrice quitte parfois son nid pour interpréter ses mentors. Version piano-voix impeccable d’Imparfait, de Daniel Bélanger, qu’elle a fait sienne depuis si longtemps, et splendide livraison de Famous Blue Raincoat, de Leonard Cohen.

La chanteuse s’est permis d’interpréter Jamais trop tard, une adaptation francophone libre de Everybody’s Got to Learn Sometimes, du groupe anglais The Korgis, sans le concours de Lou Doillon, qui l’accompagne sur disque. C’est à ce moment que les premiers rayons du soleil couchant nous sont tombés dans les yeux. On aura même échappé à la flotte…

Après avoir noté qu’elle enchaînait parce qu’il faut être devant son téléviseur à 20 heures (match du Canadien), elle est passée du petit piano électrique à son clavier format géant pour enchaîner et dynamiser Mon corps et Hôtel Amour au point que, spontanément, les spectateurs se sont mis à battre la mesure. C’est là qu'elle a mesuré tout le bonheur de concerts en présentiel. Walls et Nature ont bouclé le spectacle avant les rappels sur une note plus remuante.

Trois amis dans un enclos sur la place du festival.

Des enclos ont été installés pour permettre aux festivaliers de fêter en toute sécurité.

Photo : Festivoix de Trois-Rivières / Cyrille Farre

Pour le dessert, l’artiste est revenue sur scène avec une guitare rouge feu et une grosse caisse. Après les œuvres délicates et les chansons qui font taper des mains, Moffatt a revisité… euh... transfiguré plutôt, Réverbère, Pour toi et Je veux tout avec une guitare en mode garage. Il y avait quelque chose d’abrasif, de rageur et de libérateur. Pour l’intention, elle m’a fait penser à Courtney Love au Métropolis il y a une quinzaine d’années. Mais les comparaisons s’arrêtent là.

Au fil d’arrivée, ce nouveau spectacle, solidement charpenté, touche déjà l’âme et le cœur. Il sera probablement un peu plus physique dans les prochains mois, quand les spectateurs pourront lâcher plus librement leur fou.

Les frappes d’eXterio

Après la beauté et la douceur d’Ariane, place aux frappes lourdes et à la musique rentre-dedans d’eXterio sur la scène qui borde le fleuve Saint-Laurent. Pour l’occasion, les 1000 places disponibles étaient réparties par quelque 250… enclos? Cubicules? Carrés? Ou 4 x4 comme l’a suggéré le vétéran batteur Daniel Mayrand. Peu importe, les structures de bois et de métal permettent – vraiment – aux festivaliers de s’éclater sans crainte du voisin.

Un homme chante sur scène avec un micro devant lui et une guitare dans les mains. Un autre homme joue de la batterie derrière lui.

Le groupe eXterio au FestiVoix de Trois-Rivières

Photo : Marc-Antoine Berthiaume

Ça n’a pas été long. Dès les premières salves de La Trace (une toute nouvelle chanson), les festivaliers s’en donnaient à cœur joie, hurlements et poings en l’air en prime. Alors, imaginez durant les interprétations des classiques 450, Whippet - et ses scouich, scouich - ainsi que de Savant fou. Une heure de défoulement rock salutaire qui a fait tellement de bien au moral.

The Sainte Catherines

On était finalement pas mal dans les mêmes eaux avec d’autres vétérans, ceux du groupe The Sainte Catherines, qui se reforme au gré de son leader, Hugo Mudie. Pour l’occasion, le groupe punk rock avait décidé de se la jouer concept, soit l’intégrale de l’album de 2010 : Fire Works en plus de morceaux choisis.

Il n’y a pas à dire, feu d’artifice ce fut dès l’ouverture bétonnée de We Used To Be In Love. Il y a un tas d’excellentes chansons sur ce disque, mais BLR vs Cancer (Fuck Off Cancer Song) est difficile à battre.

Un homme chante sur scène avec une guitare dans les mains.

Le groupe The Sainte Catherines au FestiVoix de Trois-Rivières

Photo : Marc-Antoine Berthiaume

Quel plaisir de retrouver devant du monde! Et toi, Beaudet? a lancé Mudie.

Moi? C’est le sixième jour que je sors de chez moi, a répondu le guitariste.

Objectivement, nous avions pas mal tous l’impression d’être sortis de chez nous depuis quelques jours seulement. D’un point de vue de concerts musicaux, s’entend.

Voir les centaines de spectateurs danser, sauter, chanter, hurler, bref, s’éclater, dans et sur leurs cubicules durant So Long & Thanks for Nothing, Back to the Basement That I Love et autres Maggie & Dave n’était pas loin d’être jubilatoire.

Sur le chemin du retour, avec la musique dans le tapis dans la bagnole, je me disais que, oui, peut-être, cette fois, nous sommes vraiment sur le point de revivre pleinement.

Et que ça ne prendra pas 23 mois avant que je me pointe à un autre festival en plein air…

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