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Les maires ontariens réclament la décriminalisation des drogues

Zoom sur des mains sales qui utilisent une seringue pour extraire de la drogue d'un petit contenant.

Le gouvernement ontarien a déjà donné la directive aux procureurs fédéraux d'éviter de lancer des poursuites criminelles pour des délits de possession simple de stupéfiants.

Photo : Spencer Platt/Getty Images

Radio-Canada

Les maires de plusieurs villes ontariennes, dont Toronto, Windsor et le Grand Sudbury, demandent au gouvernement fédéral de décriminaliser les drogues et de financer des unités d’intervention en cas de crise de santé mentale. Ces actions s’imposent, selon les leaders municipaux pour lutter de manière efficace contre la crise des opioïdes.

Dans un communiqué publié récemment, les maires de 29 municipalités rappellent que l’Ontario a connu une hausse de 60 % des surdoses mortelles d'opioïdes en 2020 par rapport à 2019, selon l’Ontario Drug Policy Research Network.

En entrevue à Radio-Canada, le maire de Barrie, Jeff Lehman, qui préside aussi le regroupement des maires des grandes villes de l’Ontario, indique que le but de la sortie publique était de souligner que la santé mentale et les dépendances font partie des enjeux les plus urgents auxquels sont confrontées la plupart des municipalités.

Nous demandons au gouvernement fédéral de décriminaliser certaines drogues et de plutôt voir la lutte contre les opioïdes et d’autres drogues illégales comme une crise de santé publique qui doit être vue ainsi pour les consommateurs, explique-t-il. 

Jeff Lehman sourit portant sa chaîne de maire autour du cou.

Le maire de Barrie, Jeff Lehman

Photo : Facebook/Jeff Lehman

Le maire rappelle que plusieurs villes ont connu une hausse des admissions aux urgences liées aux surdoses d'opioïdes surtout pendant la pandémie. Dans ce contexte, estime-t-il, la décriminalisation s’impose parce que la crise des opioïdes n’est pas un problème qu’on peut simplement éliminer en procédant à des arrestations grâce à la police et au système judiciaire.

L’été dernier, l’Association canadienne des chefs de police a, elle aussi, appelé à la décriminalisation de la possession simple de drogues illégales.

Des avancées jugées insuffisantes

En février, le gouvernement fédéral a annoncé son intention d’assouplir le Code criminel en ce qui concerne la possession de drogue. Le projet de loi en ce sens, qui est toujours à l’étude, ne prévoit toutefois pas la décriminalisation, mais plutôt l’abrogation de certaines peines minimales pour éviter l'emprisonnement automatique de certains toxicomanes.

Pour Jeff Lehman, c’est un bon début, mais il soutient que la décriminalisation, ce n’est pas simplement une question de réduction des peines, mais de rediriger les gens vers des centres de traitement.

C’est le traitement qui permet aux personnes de venir à bout de leur dépendance et de réduire le taux de récidivisme, note le maire.

Un homme de face avec un stéthoscope autour du cou.

Alexander Caudarella, expert en toxicomanie et professeur à l’Université de Toronto

Photo : Alexander Caudarella

Le Dr Alexander Caudarella, médecin expert en toxicomanie et professeur à l’Université de Toronto, souligne également que la décriminalisation permettrait aux toxicomanes d’être plus capables d’appeler la police ou une ambulance quand ils en ont besoin, [...] et de même dire à leur médecin qu’ils sont en train d’utiliser des drogues parce que ce n’est plus un acte criminel.

Il y a la réalité que si mon ami a eu une surdose, s’il va mourir, moi j’ai peur d’appeler une ambulance parce que si j’ai des drogues à la maison, j’ai peur que quelqu’un vienne m’arrêter, illustre le Dr Caudarella.

Il note par ailleurs que la décriminalisation des drogues profiterait aux consommateurs, les plus pauvres et ceux qui souffrent le plus en société et non aux trafiquants, dont les transactions seraient toujours considérées comme criminelles.

Le financement des services de soutien nécessaire

L’été dernier, Ottawa a aussi donné l’instruction aux procureurs fédéraux d’éviter de lancer des poursuites criminelles pour des délits de possession simple de stupéfiants, sauf dans les situations où la sécurité publique est sérieusement en jeu.

Cette directive [...] a cette fragilité qu’elle est facile à changer, s’il arrive un nouveau gouvernement qui change la directive aux procureurs, alors les intervenants sur le terrain voudraient que ce soit ancré dans une loi, observe Line Beauchesne, professeure titulaire au département de criminologie de l'Université d'Ottawa.

Elle prévient toutefois que les avantages de la décriminalisation pour les personnes aux prises avec des dépendances aux drogues ne se manifestent réellement que lorsque les services d’appui sont bien financés.

On a tendance à dire qu’il faut décriminaliser la possession simple et que ça va automatiquement générer plus de soins aux usagers, plus de capacité d’agir, mais non, ce n’est pas automatique.

Une citation de :Line Beauchesne, professeure au département de criminologie de l’Université d’Ottawa
La professeure Line Beauchesne en entrevue au Téléjournal Acadie le 4 avril 2019.

Line Beauchesne, professeure en criminologie à l’Université d’Ottawa.

Photo : Radio-Canada

Lorsqu’il y a déjà de l’argent en place pour les intervenants en santé publique, pour [les] aider, alors là, la décriminalisation vient faciliter le travail parce que là, les gens ne sont pas pris avec la judiciarisation [...], ils se cachent moins et vont plus aisément chercher de l’aide, fait-elle savoir.

Dans un courriel à Radio-Canada, une porte-parole de la ministre fédérale de la Santé, Patty Hajdu, dit reconnaître que la pandémie a aggravé la crise des opioïdes et indique que tous les ordres de gouvernement doivent continuer leurs efforts pour sauver des vies.

Aisling MacKnight ne confirme pas la position précise du gouvernement par rapport aux demandes des maires ontariens, mais rappelle entre autres l’adoption en 2017 de la Loi sur les bons samaritains secourant les victimes de surdose, la création de plus de centres de consommation supervisée au cours des quelques dernières années.

Notre approche pour y arriver est fondée sur la réduction des méfaits. [...] Nous continuons ce travail pour offrir à ceux et celles qui consomment le soutien dont ils ont besoin, écrit la porte-parole.

Avec les informations de Alice Zanetta

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