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Le pouvoir rassembleur du Canadien de Montréal

Des partisans rassemblés au centre-ville de montreal pour le premier match de la finale de la coupe stanley.

Des partisans rassemblés au centre-ville de Montréal pour le premier match de la finale de la coupe Stanley.

Photo : Radio-Canada / Jean-Claude Taliana

Pour le bonheur de millions de partisans, le Canadien de Montréal vit sa première finale de la Coupe Stanley depuis 1993. Vendredi, il affrontera le Lightning de Tampa Bay pour le troisième match. Pour le politologue Emmanuel Choquette, la fièvre des séries représente davantage qu'un simple engouement pour le sport. Selon lui, cette effervescence est un symbole sociopolitique très fort, et un élément rassembleur particulier aux Québécois.

Intarissable lorsque vient le temps de parler de politique, Emmanuel Choquette l'est tout autant lorsqu’on lui donne l’occasion de parler de hockey. Celui qui est né au début des années 1970 garde des souvenirs mémorables de la période glorieuse du Canadien, avec les Guy Lafleur et Ken Dryden. Il se souvient des moments inoubliables à regarder les joutes avec ses frères et soeurs, et particulièrement avec sa mère, une partisane passionnée, alors que son père plutôt indifférent à notre sport national.

trois jeunes garçons portant des chandails à l'effigie de joueurs du Canadien.

Emmanuel (au centre) avec ses frères portant fièrement son chandail à l'effigie de Ken Dryden.

Photo : collection: Emmanuel Choquette

Le visage rayonnant, Emmanuel se rappelle particulièrement une des conquêtes du précieux trophée alors que de jeunes joueurs, comme Patrick Roy, arrivaient à peine dans le grand club. La Coupe Stanley en 1986, je l’ai gagnée avec ma mère. Je me rappelle encore [être] devant la télé, à sauter au plafond, à se serrer dans nos bras. C’était de grands moments.

Ces sentiments de joie partagés, Emmanuel et sa mère ne sont pas les seuls à les avoir vécus... et à les vivre de nouveau. Aujourd'hui, il se réjouit de retrouver ses favoris à ce grand rendez-vous qui galvanise toute une nation, et permet de réactualiser le nous, observe-t-il.

Les politiciens sont à la recherche de thèmes rassembleurs. Le fameux nous, il n’est pas simple à trouver en 2021, mais le Canadien de Montréal est un vecteur. C’est un liant qui permet aux politiciens d’avoir un discours rassembleur.

Une citation de :Emmanuel Choquette, politologue et chargé de cours à l'Université de Sherbrooke

Emmanuel voit plusieurs parallèles entre la politique et le hockey, ne serait-ce qu'au niveau des métaphores comme la joute, la game, la lutte, la bagarre. Une équipe de hockey repêche des joueurs comme le fait un parti politique. Une campagne électorale, c’est comme une série éliminatoire menant à une grande finale; l'aboutissement pour l'un est l'élection d’un gouvernement, pour l'autre, c'est l'obtention de la coupe.

un homme pose devant sa maison.

Emmanuel Choquette, politologue et grand amateur de hockey.

Photo : Radio-Canada / DANIEL MAILLOUX

Au même titre qu'un nombre restreint de joueurs de la LNH atteint la grande finale, en politique, il y a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus. Pour arriver à ce que ton équipe soit élu, il faut faire tous les efforts requis. Il faut avoir un programme qui se tient, faire le moins de gaffes possible, jouer en équipe, insiste-t-il.

Au niveau de la partisanerie et de la stratégie politique, la présence du Canadien en grande finale du tournoi de fin de saison est du bonbon pour les politiciens. Les élus multiplient les publications #gohabsgo. Le premier ministre François Legault porte son chandail du Canadien. Même à Sherbrooke, Évelyne Beaudoin, candidate à la mairie, travaille fort [dans les coins] pour organiser une rencontre collective pour que les gens puissent regarder le match en plein air. C’est un symbole extrêmement positif et payant pour les politiciens.

Emmanuel souligne aussi que présentement, le club de hockey montréalais crée une éclipse médiatique qui occulte d’autres enjeux politiques. Les chefs de tous les partis en sont bien conscients, et en profitent en s'associant à cette frénésie.

C’est difficile de trouver une conjoncture aussi fructueuse sur le plan sociopolitique. Après un an et demi de pandémie, tout le Québec passe au vert. Non seulement les gens sont contents, mais ils peuvent exulter et partager.

Cette pression collective de ne plus être reclus et renfermé est libérée. Au même moment, le Canadien est en finale de la Coupe Stanley. C’est un alignement des astres assez exceptionnel.

Une citation de :Emmanuel Choquette, politologue et chargé de cours à l'Université de Sherbrooke
L'hôtel de ville de sherbrooke aux couleurs du canadien de montreal.

L'hôtel de ville de Sherbrooke s'est mis aux couleurs du Canadien de Montréal, un autre symbole pour rassembler les Sherbrookois.

Photo : Radio-Canada / MARIE-CLAUDE LYONNAIS

Un symbole rassembleur pour toutes les cultures

Emmanuel Choquette fait aussi remarquer que le Québec de 1993, moment de la conquête de la dernière coupe Stanley, était bien différent de celui d’aujourd’hui. Dans le passé, le Canadien permettait aux francophones et aux anglophones de s'unir autour d’un même objectif. Les Canadiens de Montréal ont un ancrage historico-politique extrêmement important. Ils sont construits sur la lutte pour la survie des Canadiens français, rappelle-t-il.

Désormais, il regroupe les multiples couleurs d'une province beaucoup plus diversifiée. Quels traits les Québécois ont-ils en commun? Les Canadiens de Montréal, dit-t-il sans équivoque.

Des gens qui viennent de partout développent un intérêt pour le hockey et vivent au diapason de l'enthousiasme suscité par les succès du Tricolore.

Une citation de :Emmanuel Choquette, politologue et chargé de cours à l'Université de Sherbrooke
Des partisans du Canadien assis à un bar lèvent un verre.

Les partisans du Canadien se réunissent un peu partout pour célébrer en groupe les victoires de la Sainte-Flanelle.

Photo : Radio-Canada / André Vuillemin

Les grands moments ont un pouvoir unificateur, et une finale de la Coupe Stanley sur le plan de la présence dans l’espace public, c’est fort, estime Emmanuel Choquette. Il ajoute qu'il s'agit aussi un symbole des traditions, et une reconnaissance qui rayonne à l’international.

Emmanuel me dit qu'il n'était pas de ces partisans qui attendaient avec impatience une 25e conquête de la Coupe Stanley. Conscient que la ligue a changé, que les équipes sont plus nombreuses et très compétitives, il a toutefois été souvent déçu du manque de constance et de hargne de son équipe favorite. Aujourd'hui, il retrouve cette confiance qu'il avait en la Sainte-Flanelle, lorsqu'il regardait les matchs dans la modeste maison familiale de Saint-David d'Yamaska. Ça fait du bien ça! Sur le plan sportif, c'est ce que je trouve le plus agréable en ce moment, conclut-il.

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