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La fête du Canada en veilleuse sur l'île Manitoulin

Des souliers et des jouets sont disposés sur les marches d'un bâtiment en ruines.

Des souliers et des jouets d'enfants ont été placés sur les marches des ruines d'une école dans la Première Nation Wikwemikong.

Photo : Radio-Canada / Ezra Belotte-Cousineau

Ezra Belotte-Cousineau

Le conseil municipal de la plus importante municipalité de l'île Manitoulin a voté en faveur de reporter ses célébrations de la fête du Canada en solidarité avec les Premières Nations lors d'une réunion spéciale.

C'est sans grand débat que le conseil de ville de la municipalité de Northeastern Manitoulin and the Islands (NEMI) a acquiescé à la demande formulée par la Cheffe Patsy Corbiere de la Première Nation Aundeck Omni Kaning.

Le maire de NEMI, Alan MacNevin explique que sa municipalité partage l'île Manitoulin avec sept Premières Nations différentes qui composent 40 % de sa population.

Il souligne la grande collaboration qui existe entre les différentes communautés.

Quand ils nous contactent et nous demandent respectueusement d'être respectueux de leur [deuil]... Je pense que nous pouvons célébrer un autre jour.

Une citation de :Alan MacNevin, maire Northeastern Manitoulin and the Islands

Monsieur MacNevin, confirme que des enjeux de sécurité ont aussi été soulevés par Mme Corbiere, constatant plusieurs échanges acrimonieux sur les réseaux sociaux au sujet des célébrations nationales.

Des insulaires majoritairement en faveur

Le long de la route 6 qui traverse l'île du nord au sud, on peut voir souvent des drapeaux canadiens marqués du nombre 215, des affiches ou des t-shirts orange avec l'inscription « Every child matter »; impossible d'ignorer le drame qui s'est joué en Colombie-Britannique et ailleurs au pays.

Un t-shirt de couleur orange avec l'inscription : Every Child Matters, est accroché à l'enseigne d'un commerce de tabac.

Plusieurs commerces de l'île Manitoulin affichent des insignes souvent orange pour manifester leur deuil.

Photo : Radio-Canada / Ezra Belotte-Cousineau

Radio-Canada a interrogé des habitants de l'île Manitoulin au sujet de la décision du conseil de NEMI :

Ray Bernstein, habitant de l'île Manitoulin.

Ray Bernstein, habitant de l'île Manitoulin.

Photo : Radio-Canada / Ezra Belotte-Cousineau

Je pense que c'est la bonne chose à faire à ce moment. Il y a un temps pour célébrer et un temps pour se souvenir.

Une citation de :Ray Bernstein
Rick Kennedy, un habitant de l'Île Manitoulin.

Rick Kennedy, habitant de l'Île Manitoulin.

Photo : Radio-Canada / Ezra Belotte-Cousineau

Je ne pense pas que nous devrions reporter. Il faut prendre le bon et le mauvais. C'est une chose horrible qui s'est passée et il faut faire quelque chose, mais je ne pense pas qu'annuler le Jour du Canada soit la chose à faire.

Une citation de :Rick Kennedy
Jaden Francis, habitante de l'île Manitoulin.

Jaden Francis, habitante de l'île Manitoulin.

Photo : Radio-Canada / Ezra Belotte-Cousineau

C'est le choix de chacun de fêter ou non, mais souciez-vous de vos voisins autochtones. C'est bien d'avoir un rassemblement en famille, mais peut-être éviter d'inviter 20 personnes et éviter les feux d'artifice, car votre voisin est toujours en deuil.

Une citation de :Jaden Francis
Alex, habitant de l'île Manitoulin.

Alex, habitant de l'île Manitoulin.

Photo : Radio-Canada / Ezra Belotte-Cousineau

Je ne sais pas encore. Je serais plutôt en faveur [de l'annulation], considérant les dernières nouvelles. Ce n'était pas vraiment un secret ce qui s'est passé, mais c'est choquant de recevoir cette nouvelle en plein visage.

Une citation de :Alex
Lyman Aguonie, habitant de l'île Manitoulin.

Lyman Aguonie, habitant de l'île Manitoulin.

Photo : Radio-Canada / Ezra Belotte-Cousineau

Il ne s'agit pas de faire en sorte que les Canadiens se sentent tristes, honteux ou coupables. Pour les Premières Nations, il s'agit d'unité et de transparence. Il n'y a pas de haine, et nous ne voulons pas de pitié. Nous voulons de l'unité.

Une citation de :Lyman Aguonie
Norm Morel, habitant de l'île Manitoulin.

Norm Morel, habitant de l'île Manitoulin.

Photo : Radio-Canada / Ezra Belotte-Cousineau

D'un côté je suis d'accord, de l'autre je ne suis pas certain. Je serais d'accord si [l'annulation] ne générait que des sentiments positifs, mais j'ai peur que certains soient ennuyés [par cette décision] et il pourrait y avoir des réactions négatives.

Une citation de :Norm Morel

Toujours sous le choc

Esther Osche, conseillère au conseil de bande de la Première Nation de Whitefish River rappelle qu'il y a encore de nombreux survivants de ces résidences de seconde et troisième génération.

Sur un morceau de papier déposé au sol dans le mémorial on peut lire : My best friend has been missing.

Des messages déchirants sont inscrits sur des collages créés par des élèves de l'école de Wikwemikong.

Photo : Radio-Canada / Ezra Belotte-Cousineau

Elle explique que la récente nouvelle concernant les tombes du pensionnat de Kamloops en Colombie-Britannique a déclenché de vives émotions chez ces survivants.

Le traumatisme est très perturbant, émotionnellement, spirituellement, mentalement et nous le voyons dans la communauté.

Une citation de :Esther Osche, conseillère au conseil de bande de la Première Nation de Whitefish River

Mme Osche souligne aussi que de nombreux aînés avaient déjà raconté combien il était difficile de ramener à la maison un enfant malade, ou encore le corps d'un enfant décédé.

Pour Esther Osche, la découverte des corps est certes un drame, mais pas une révélation.

C'est un morceau de l'histoire qui éclate au grand jour pour nous tous, indique-t-elle.

Des mocassins pour enfants mouillés sont au sol à côté d'une statuette blanche avec une ange et des chérubins.

Des mocassins d'enfants ont été déposés dans le mémorial dressé par la communauté de Wikwemikong.

Photo : Radio-Canada / Ezra Belotte-Cousineau

Sachant que la fête nationale est un événement voulant célébrer l'unité et tous les accomplissements, Mme Osche demande de la retenue de la part de tous les Canadiens en guise de soutien.

Nous demandons à nos amis et voisins, s'ils peuvent reporter leurs célébrations de façon à nous démontrer leur soutien durant notre deuil.

Une citation de :Esther Osche, conseillère au conseil de bande de la Première Nation de Whitefish River

Mme Oshe témoigne toutefois du soutien reçu depuis l'annonce de la découverte des tombes.

Elle raconte aussi que plusieurs personnes ont demandé comment ou ce qu'ils pouvaient faire dans ces circonstances.

En fait, vous devez faire ce que vous pensez qui est nécessaire de faire. Mais nous vous disons simplement, s'il vous plaît, soyez avec nous en ce moment de deuil, explique-t-elle.

Des souliers et des jouets d'enfants sont disposés sur des marches et on peut lire le nombre 215 sur une affiche.

Le nombre «215» est devenu emblématique du drame des tombes de Kamloops.

Photo : Radio-Canada / Ezra Belotte-Cousineau

La légion ne célèbrera pas

Roy Eaton, porte-parole de la Légion de Little Current district H, confirme que la fête du Canada est une célébration qui revêt un caractère particulier pour ses membres.

Portrait de Roy Eaton en uniforme de Légion du Canada

Roy Eaton se réjouit de la décision de la municipalité de NEMI de repousser les célébrations de la fête du Canada.

Photo : Radio-Canada / Ezra Belotte-Cousineau

Toutefois, sans hésitation, il se ravit de la décision du conseil de ville de NEMI.

Je pense que ça démontre du respect pour les Premières Nations qui vivent ici sur l'île. Un excellent geste!

Une citation de :Roy Eaton, porte parole de la Légion de Little Current district H

Monsieur Eaton souligne que l'ensemble des Légions du Canada ont reçu la directive de mettre leurs drapeaux en berne pour 11 jours.

Cette directive a été recommandée à la suite de la découverte de nouvelles tombes explique-t-il, et ce, indéfiniment.

Nous respectons le drapeau. [...] Mais en le gardant en berne, c'est notre façon de montrer notre soutien et c'est la façon dont officiellement nous nous souvenons, ajoute-t-il.

Le conseil de ville de NEMI propose de reporter ses célébrations à une date qui n'a pas été discutée encore.

Le conseil souligne que ce report se fera à coût nul pour la municipalité.

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