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Pensionnats pour Autochtones : où sont les documents des communautés catholiques?

Des tombes dans un cimetière (archives).

Plusieurs communautés catholiques ont promis d'ouvrir leurs archives sur les pensionnats autochtones. D'autres demeurent hésitantes à le faire, selon des experts.

Photo : Radio-Canada

Les récentes découvertes de restes de 215 enfants à Kamloops, de 751 tombes anonymes à Marieval et de 182 tombes non marquées à Cranbrook seront suivies de recherches afin de repérer d’autres lieux de sépulture à proximité de pensionnats pour Autochtones à travers le Canada.

Le travail de recherche devra passer par une étude des archives, qui sont en grande partie celles de congrégations catholiques.

Ce travail de documentation sur le sort infligé aux nombreux enfants autochtones disparus est extrêmement complexe, explique Emma Anderson, professeure titulaire en sciences des religions à l’Université d’Ottawa.

La structure décentralisée de l’Église complique la tâche

D’abord, toutes les archives ne sont pas à la disposition des experts et des Premières Nations qui souhaitent étudier le sujet.

La grande majorité des documents disponibles actuellement sont conservés au Centre national pour la vérité et la réconciliation, à l’Université du Manitoba et à l’Université de la Colombie-Britannique.

Cependant, L’Église n’a pas fourni beaucoup de ces archives même lors de la Commission de vérité et réconciliation du Canada (CVR), déclare Mme Anderson, qui est spécialisée dans les rapports entre l’Église catholique et les Premières Nations.

L'Église catholique a géré environ 70 % des 139 pensionnats du Canada.

La Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) dit ne détenir aucun dossier sur le sujet parce que l’Église dispose d’une structure décentralisée au pays.

La décision de donner accès aux documents relatifs aux pensionnats tenus par l’Église catholique relève donc de chacun des 16 diocèses impliqués au Canada (sur un total de 59) et des différentes communautés religieuses.

Des élèves et une religieuse posent dans une salle de classe du pensionnat pour Autochtones Cross Lake, à Cross Lake, au Manitoba, sur une photo d'archives.

Entre la fin du 19e siècle et 1996, plus de 150 000 enfants autochtones ont été placés dans des pensionnats.

Photo : Bibliothèque et Archives Canada

Si deux communautés, les Oblats de Marie Immaculée et la congrégation des Sœurs de Sainte-Anne, ont tour à tour annoncé la semaine dernière être prêtes à dévoiler tous leurs documents liés à leur participation et à la gestion des pensionnats pour Autochtones au Canada, d’autres organisations religieuses ne font pas de même, malgré de multiples appels à cet effet.

La CECC encourage vivement tous les diocèses et les communautés religieuses à coopérer et à travailler avec les communautés autochtones et les gouvernements dans un esprit d'ouverture et de vérité concernant les archives historiques des pensionnats.

Une citation de :Conférence des évêques catholiques du Canada, dans un courriel

Les gouvernements de l’Ontario, de l’Alberta, du Manitoba, de la Saskatchewan, de la Colombie-Britannique ainsi qu'Ottawa (Nouvelle fenêtre) se sont chacun engagés à allouer plusieurs millions de dollars au financement des recherches dans le but de retrouver les restes d’enfants disparus.

Si notre tâche est de révéler l’identité de tous ces petits squelettes à Kamloops, Marieval ou ailleurs, nous avons besoin de toutes les informations, affirme Emma Anderson.

Pour le député néo-démocrate ontarien Sol Mamakwa, de la Première Nation de Kingfisher, l'Église catholique a beaucoup de documents, mais elle a hésité ou refusé d’y donner accès. Pourquoi disent-ils non? Que cachent-ils?

Des manques dans les archives données à la CVR

Un premier pas a été fait lors de la CVR, au cours de laquelle le Canada et les églises ont promis de donner tous les documents pertinents relatifs aux pensionnats, rappelle Thomas McMahon, qui était avocat général de la commission.

L’entente est ordonnée par les tribunaux, il y a un statut juridique [...] selon moi, le Canada et l’Église catholique n’ont pas respecté l’entente et ça continue toujours.

Une citation de :Thomas McMahon, ancien avocat général de la CVR

Le problème, selon M. McMahon, vient de la définition floue de l'expression documents pertinents, qui a fait en sorte que les congrégations catholiques pouvaient sélectionner quelles archives elles allaient partager.

Selon lui, l’Église maintient sa structure décentralisée pour nier l'accès aux documents pertinents, pour gaspiller notre temps et prolonger les négociations sur les questions de ce que signifie "pertinent".

Publié en 2015, le rapport final de la CVR, fort d’une documentation très diversifiée, s’est néanmoins heurté à plusieurs difficultés pour identifier les victimes des pensionnats. Nous ne connaîtrons sans doute jamais le nombre d’élèves qui ont trouvé la mort dans les pensionnats, y ont écrit ses commissaires.

Il manque beaucoup de choses dans ce rapport : le nombre d’élèves morts, filles ou garçons, comment ils sont morts, où ils sont enterrés, constate Emma Anderson.

L’experte assure que les archives catholiques que la commission a pu feuilleter sont de piètre qualité, ce qui complique les recherches. Le récit de chaque mort n’est pas tout à fait clair.

Des recours en justice à venir?

Mais d’autres trous dans l’histoire pourraient être comblés grâce aux archives qui n’ont pas été dévoilées. Les deux spécialistes gardent espoir que les futures enquêtes pourront s’appuyer sur de nouvelles traces du passé, même si cela doit passer par les tribunaux.

C’est impossible de savoir ce que nous ne savons pas, continue M. McMahon. Alors, il faut passer par le tribunal et chercher une ordonnance qui va permettre aux tierces parties, aux archivistes d'accéder à ces archives.

Début juin, Justin Trudeau a donné ce qui semblait être un ultimatum en ce sens. Avant qu'il faille amener l'Église catholique devant les tribunaux, j'espère que les dirigeants religieux comprendront qu'il est préférable que cela se fasse en partenariat et en accord, avait-il déclaré à propos de l’accès à des documents relativement aux mauvais traitements infligés aux enfants.

Si vous ou quelqu’un que vous connaissez souffrez en lisant ce texte, il existe ligne nationale d’écoute téléphonique bilingue d'appui pour les survivants des pensionnats pour Autochtones au 1 866 925-4419.

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