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De la mécanique pour ne pas oublier son passé

Michel Bonneau, souriant, qui démonte un appareil médical

Malgré sa paralysie, chaque fois qu'un atelier de mécanique est offert, Michel Bonneau met la main à la pâte pour démonter des appareils médicaux désuets.

Photo : Radio-Canada / André Vuillemin

Ils étaient concierge, homme à tout faire ou pompier quand ils encaissaient des chèques de paye. Aujourd'hui, huit résidents du Centre d'hébergement Argyll de Sherbrooke renouent avec leur passé grâce à une activité originale pensée par la technicienne en loisirs de l'endroit.

C'est une activité pour les résidents bricoleurs, qui travaillaient manuellement, qui avaient des ateliers à la maison. Ils démontent des appareils médicaux désuets. Après, on trie les matériaux et on les récupère, explique la technicienne en loisirs, Véronique Dubreuil.

Un homme âgé démonte un appareil médical.

Il a peut-être 98 ans, mais Gérard Richard n'a pas son pareil lorsqu'il est question d'outils, de boulons et de circuits électriques. On n'hésite pas à faire appel à ses compétences pour savoir comment démonter un appareil ou pour réparer des jeux brisés.

Photo : Radio-Canada / André Vuillemin

Ce n'est certainement pas leur handicap ou leurs pertes cognitives qui allaient empêcher Michel Bonneau et Marcel Poulin de manier à nouveau les tournevis étoile et clés à molette lors des ateliers de mécanique offerts depuis la dernière année.

Ces bricoleurs ont de 62 à 98 ans. Certains sont atteints de troubles cognitifs ou de démence. D'autres sont en perte d'autonomie ou la vie les a amochés physiquement. Ils ont tous en commun l'amour de dévisser, de déconstruire, mais surtout... d'être utiles.

Un gros plan de Véronique Dubreuil devant des portes vitrées.

C'est Véronique Dubreuil, la technicienne en loisirs au Centre d'hébergement Argyll qui a eu l'idée de l'atelier de mécanique.

Photo : Radio-Canada / André Vuillemin

S'ennuyer... d'un coffre à outils!

Même si leur dextérité n'est plus celle de leurs belles années, plusieurs résidents disaient s'ennuyer de leur coffre à outils. Plusieurs me demandaient pourquoi ils ne pouvaient pas en avoir un ici. C'est là que j'ai eu l'idée de leur offrir l'opportunité de pratiquer, ajoute Mme Dubreuil.

Un appel a donc été lancé au service de génie biomédical du centre d'hébergement. Lorsque les appareils médicaux arrivent en fin de vie ou qu'ils sont défectueux, on se doit de les démonter proprement. On sépare le métal, l'électronique, les choses dangereuses, le plastique. Ça s'empilait dans notre atelier. Maintenant, les résidents le font pour nous, mais on ne les force pas!, rigole le coordonnateur au Service du génie biomédical du CIUSSS de l'Estrie-CHUS, Alain Lacasse.

Deux hommes qui rigolent ensemble. Des outils sont présents sur la table devant eux.

C'est toujours avec un grand sourire qu'Alain Demers, 68 ans, participe aux ateliers de mécanique. Des moments de bonheur qu'il partage avec le bénévole, Charles Michel Tremblay.

Photo : Radio-Canada / André Vuillemin

Michel Bonneau travaille fort pour démonter un appareil servant à mesurer le taux d'oxygène dans le sang. Cet ancien pompier est complètement paralysé du côté gauche à la suite d'un AVC survenu en 2018, mais sa main droite est encore très habile avec les pinces coupantes. C'est très agréable. Ça tient les résidents bien occupés parce que les journées sont longues dans notre chambre. C'est très important d'avoir quelque chose à faire. On oublie qu'on est handicapé.

Un homme âgé qui démonte un appareil médical à l'aide de pince.

Si le bras gauche de Michel Bonneau est paralysé, son bras droit n'a pas perdu de son agilité.

Photo : Radio-Canada / André Vuillemin

Si c'était un projet pilote au départ, devant l'engouement de participants, Véronique Dubreuil n'a eu d'autres choix que de récidiver. Neuf ateliers ont eu lieu dans la dernière année. Maintenant, je peux l'offrir en individuel à ceux qui veulent le faire. C'est moi qui dois les arrêter parce qu'ils feraient ça toute la journée!

Un homme âgé trie des écrous en compagnie d'une dame qui est de dos.

M. Prévost a la tâche de démêler des centaines d'écrous par grandeur. Avec patience, l'homme de 82 ans effectue ce travail qui lui rappelle son enfance passée sur une ferme où il devait souvent réparer de la machinerie.

Photo : Radio-Canada / André Vuillemin

L'ancien concierge de 82 ans, Marcel Poulin, adore ces ateliers qui le ramènent dans les années où il travaillait dans les écoles. J'aime ça faire ça, jouer après ça, démancher des affaires. Où je travaillais, c'était très manuel. Ça m'occupe.

Un bénévole explique à un participant ce qu'il doit faire avec une pièce d'équipement.

Parce que plusieurs ont des difficultés physiques ou cognitives, les participants n'utilisent pas d'outils électriques par mesure préventive. Des bénévoles supervisent également l'activité.

Photo : Radio-Canada / André Vuillemin

Les bricoleurs du Centre d'hébergement Argyll travaillent tellement bien -et vite- qu'ils sont passés au travers la réserve d'appareils qu'il fallait démonter qui s'accumulait dans l'entrepôt de l'hôpital. Un appel a donc été fait aux autres établissements de la région pour renflouer les stocks dans l'entrepôt.

Les familles ont aussi été mises à contribution. Elles ont apporté des grille-pain, de vieux téléviseurs, ajoute Mme Dubreuil.

Un homme démonte une pièce de métal remplie de vis.

« Certains résidents sont meilleurs que moi pour nommer le mouvement des engrenages! Ils ont un bagage diversifié. Ils sont excellents », soutient le directeur du Service du génie biomédical du CIUSSS de l'Estrie-CHUS, Alain Lacasse.

Photo : Radio-Canada / André Vuillemin

Et comme à la maison, après une « bonne journée d'ouvrage », Marcel Poulin aura droit à sa « petite bière » après l'atelier. C'est un milieu de vie ici et j'ai l'âge pour! rigole-t-il visiblement heureux de sa matinée.

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