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États-Unis : l'industrie des opiacés pour la première fois devant un jury

Un montage montrant des comprimés bleus et un couloir d'hôpital.

En 2019, les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC) des États-Unis estimaient que 70 % des Américains ayant succombé à une surdose avaient consommé des opiacés.

Photo : Radio-Canada

Agence France-Presse

Des producteurs, distributeurs et vendeurs d'opiacés se sont retrouvés mardi pour la première fois devant un jury pour répondre de leur responsabilité dans les ravages causés par ces médicaments antidouleur, à l'origine de plus de 500 000 surdoses en 20 ans aux États-Unis.

Ce dossier porte sur un sujet : l'avarice des entreprises. C'est ainsi que débute la plainte à l'origine de ce procès hors norme devant la justice de l'État de New York.

Elle a été déposée en 2017 par plusieurs comtés de cet État, qui disent avoir dépensé des sommes astronomiques pour faire face à l'épidémie d'opiacés et qui ont été rejoints depuis par d'autres collectivités.

Elle visait à l'origine tous les acteurs de la chaîne, mais le laboratoire Purdue Pharma, au cœur de la crise, s'est placé sous la protection de la loi des faillites en 2019.

D'autres compagnies ont conclu des accords in extremis avec la justice pour éviter de comparaître.

Le laboratoire Johnson & Johnson a ainsi accepté dimanche de payer 230 millions de dollars américains, soit l'équivalent de près de 285 millions de dollars canadiens, et d'arrêter la production et la vente de ces substances. Mardi matin encore, les procureurs ont abandonné les poursuites contre les pharmacies Walgreens, selon une source judiciaire, un accord étant sur le point d'être conclu.

Le procès oppose finalement 70 entités publiques à 7 géants du secteur, dont les groupes pharmaceutiques Teva, Allergan ou les distributeurs Cardinal Health et Amerisource.

Les accusés devront justifier les stratégies de marketing adoptées à la fin des années 1990 et qui ont, selon les plaignants, encouragé les médecins à prescrire ces médicaments antidouleur malgré leur nature très addictive.

Les producteurs ont induit les médecins et les patients en erreur en assurant que le risque de dépendance était rare, a lancé à l'ouverture des débats Jayne Conroy, qui représente le comté de Suffolk. Je veux que vous pensiez à Pinocchio, à son nez qui s'allonge, quand vous entendrez leurs mensonges, a-t-elle ajouté à l'adresse des jurés.

Leur priorité n'était pas de savoir si la drogue était dangereuse, mais l'argent qu'ils pourraient gagner, a renchéri Hunter Shkolnik, pour le comté de Nassau, en déplorant que les médicaments antidouleur aient créé un cercle de dépendance.

Devenus dépendants, de nombreux consommateurs ont augmenté leur consommation et se sont finalement tournés vers des drogues illicites comme l'héroïne et le fentanyl, un opiacé de synthèse très puissant.

Les accusés rétorquent que ces médicaments avaient été approuvés par les autorités de régulation et que leurs activités faisaient l'objet de contrôles.

De tels arguments ont été avancés dans d'autres juridictions. Un procès fédéral contre des distributeurs est en cours en Virginie-Occidentale, et des producteurs sont actuellement jugés devant un tribunal de Californie.

Mais c'est la première fois qu'un jury, constitué de six titulaires et six suppléants, a été constitué pour trancher. Et peu de dossiers réunissent autant d'acteurs, tous entourés d'un grand nombre d'avocats.

Faute de salle d'audience suffisamment grande, la justice new-yorkaise organise d'ailleurs le procès dans l'auditorium d'une université, à Central Islip sur Long Island. Les audiences devraient durer au minimum de six à huit semaines.

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