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1er juillet 2021 : quand le jour de « l’unité canadienne » engendre la discorde

Une foule parmi laquelle plusieurs personnes tiennent des petits drapeaux du Canada.

Des municipalités au Canada annulent les festivités les unes après les autres. Certains désapprouvent.

Photo : The Canadian Press / Sean Kilpatrick

Depuis la découverte de plusieurs centaines de dépouilles d’enfants autochtones à Kamloopset à Marieval, les annulations des festivités du 1er juillet se font en cascade partout au Canada.

Le Sud-Ouest de l’Ontario n’échappe pas à ce mouvement.

Mike Bradley, le maire de Sarnia, a indiqué par courriel à Radio-Canada que le traditionnel défilé et les feux d’artifice du 1er juillet ont été annulés en raison de la pandémie. Cependant, il souligne qu'un événement virtuel est prévu, durant lequel il sera question de la tragédie des pensionnats pour Autochtones.

Dans une déclaration écrite, la Ville de Windsor explique se tenir aux côtés des peuples autochtones en ces moments de deuil et de honte au regard des horribles récentes découvertes de centaines de tombes sans noms.

La Ville dit vouloir soutenir l’éducation et l’apprentissage concernant les souffrances infligées aux Autochtones grâce à des ajouts au programme du 1er juillet.

Ainsi, l'hôtel de ville de Windsor sera éclairé d’une lumière orange plutôt que des traditionnelles couleurs rouge et blanche. De même, des ressources sont mises à la disposition des résidents qui veulent en apprendre plus sur ce qu'ont subi les peuples autochtones.

La Première Nation Walpole, dont le territoire est situé à 45 minutes au sud de Sarnia, a annoncé, via un communiqué sur sa page Facebook, qu’elle n’avait pas le cœur aux célébrations cette année.

Par respect pour les élèves des pensionnats pour Autochtones et les survivants de la Première Nation de Walpole Island, le chef Charles Sampson a déclaré que la Première Nation de Walpole Island ne célébrera pas cette année la fête du Canada, peut-on lire.

Les abus et les maltraitances qui se sont produits dans les pensionnats pour Autochtones avaient pour objectif de nous éliminer en tant que peuple.

Une citation de :Chef Charles Sampson, Première Nation Walpole Island

Le chef Charles Sampson qui est à la tête de la première nation considère que la découverte par le grand public des tombes sans noms est tardive.

Les membres des Premières Nations qui n’ont pas fréquenté les pensionnats pour Autochtones l’ont su grâce à la transmission orale, explique-t-il.

Que signifie célébrer le Canada cette année?

C’est pour honorer les victimes de cette tragédie que la Première Nation a décrété le 2 juillet jour de deuil et a décidé de ne pas célébrer le 1er juillet.

Une décision que ne peut qu’approuver Kat Pasquach, propriétaire de la boutique de bijoux Culture Shock Jewelry de Windsor.

Mme Pasquach est Crie. Elle confie ne pas avoir célébré le jour du Canada depuis des années, comme du reste plusieurs membres de sa communauté.

Certains jeunes de ma communauté se sont mobilisés contre le jour du Canada. Lorsque le Canada a célébré son 150e anniversaire, il y avait énormément de mouvements qui appelaient à s’opposer au 150e, explique-t-elle.

Kat Pasquach porte un masque chirurgical. Elle est debout face à un micro dans une boutique de bijoux.

Mme Pasquach déplore le fait que certains pensent que les pensionnats sont une affaire du passé.

Photo : Jacob Barker/CBC

Kat Pasquach précise ne pas vouloir décider à la place des autres s’ils doivent ou non célébrer le 1er juillet.

Chacun doit choisir lui-même comment il va célébrer le 1er juillet. J’espère seulement qu’ils [les gens] auront une entière compréhension de ce qui s’est passé aux origines de ce pays, indique-t-elle.

Je pense que quiconque choisit de participer aux célébrations devrait se demander pour quelle raison il célèbre et ce qu'il célèbre.

Une citation de :Kat Pasquach

Mme Pasquach pense qu’il est nécessaire que les Canadiens comprennent à quel point l’histoire des peuples autochtones et la période des pensionnats sont présentes dans le Canada actuel.

Beaucoup de gens veulent voir ce qui s’est passé dans ce pays comme des choses du passé. Mais il y a des gens qui ont le même âge que moi qui sont allés dans les pensionnats. Ma mère et ma grand-mère y ont été. Bien que nous y pensions comme de l’histoire, il s’agit encore de problèmes du présent, explique-t-elle.

Des sons de cloche discordants

Bien que les voix s’opposant à l’annulation des festivités du Canada ne soient pas très nombreuses, il en existe tout de même.

Erin O’Toole, le chef du Parti conservateur du Canada, a déclaré qu’il ne pouvait garder le silence face aux appels pour annuler la fête du Canada.

Un avis que partagent certains résidents de Windsor qui pensent que le 1er juillet doit être célébré envers et contre tous.

C’est le cas de Kevin Andrew, un résident de Windsor qui se présente comme Autochtone (à 65 % Mohawk), qui pense que le 1er juillet est une journée qui rapproche les Canadiens.

Les gens devraient célébrer le jour du Canada. [...] Je sais que de mauvaises choses sont arrivées à des enfants, des choses de ce genre, mais nous ne pouvons pas être apeurés tout le temps. Nous ne pouvons pas nous demander : si nous faisons ceci, qu’est-ce qui va se passer?, ajoute-t-il.

Ce pays est un grand pays. Ce n’est pas de notre faute, ce qui est arrivé. Vous ne pouvez pas mettre tout un pays à l’arrêt en raison de ce qui s’est passé. Les gens sont déjà tristes et malheureux.

Une citation de :Kevin Andrew, résident de Windsor.

L’idée que le Canada est un grand pays et qu’il faudrait être fier d’y vivre revient souvent chez les personnes qui veulent que les célébrations du 1er juillet aient lieu cette année.

Melissa Martin et son conjoint Scott Appleyard sont de ceux-là. Ces résidents de Windsor ont décoré leur maison, comme chaque année à la même période, aux couleurs du Canada.

Melissa Martin et Scott Appleyard sont devant une maison décorée aux couleurs du drapeau canadien (rouge et blanc).

Melissa Martin et son conjoint Scott Appleyard pensent que le Canada est un grand pays que l'on doit célébrer en dépit de tout.

Photo : Dale Molnar/CBC

Je pense que c’est OK [de célébrer]. Nous devons nous rappeler que nous sommes fiers d’être Canadiens. Nous avons beaucoup de combats à mener, mais je pense que nous sommes vraiment chanceux de vivre au Canada. Je suis vraiment fière d’être Canadienne et je vais toujours me battre pour le droit de faire ce en quoi je crois, explique-t-elle.

Et son conjoint d’ajouter : Meilleur pays dans le monde, cela va sans dire. Nous devons toujours célébrer le fait que nous sommes la plus grande nation du monde. En dépit de l’histoire du pays, elle n’enlève rien à ce que nous sommes aujourd’hui.

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